Une base de données politique 100% québécoise

Découvrez comment un entrepreneur de 27 ans change la donne au Québec.

(Ce texte est un complément de notre dossier Les partis politiques vous espionnent.)

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Alexandre Foisy, pdg de Solutions LogiK, l’une des rares, sinon la seule entreprise québécoise dans le domaine. (Photo : iStock/Portrait D.R.)

Lors de la récente course à la direction du Parti québécois, tous les candidats ont boudé le logiciel du parti, Gestion PQ — jugé trop coûteux et peu polyvalent. Ils ont préféré adopter la base de données Democratik, de la PME québécoise Solutions LogiK.

« On ne pouvait pas entrer certaines données, qui auraient permis de mieux cerner nos sympathisants, comme leurs centres d’intérêt et leurs valeurs », explique Félix-Antoine Michaud, qui a dirigé la campagne d’Alexandre Cloutier.

Solutions LogiK est l’une des rares, sinon la seule entreprise québécoise dans le domaine. Son président, Alexandre Foisy, 27 ans, refuse de dévoiler le nom de ses clients sur la scène provinciale. « Je suis un entrepreneur, je ne suis pas partisan. Je ne veux pas être étiqueté comme lié à un parti ou à un autre », dit-il, ajoutant qu’il a travaillé avec différentes formations sur une base ponctuelle depuis 2012.

Voyant que les logiciels les plus performants sur le marché étaient coûteux et provenaient des États-Unis, Alexandre Foisy a voulu remédier à la situation. Il s’est enfermé pendant des mois dans son sous-sol de Laval, en 2012, afin de créer les paramètres de sa base de données. « J’ai mangé du Kraft Dinner et je me suis endetté ! » dit-il en riant.

Son partenaire d’affaires, Frédéric Lapointe, et lui ont d’abord visé la politique municipale, à l’approche des élections de novembre 2013. « On entendait les révélations à la commission Charbonneau, alors on s’est dit qu’il était temps de faire bouger la politique municipale. Les monopoles encouragent les dérapages éthiques. Il faut que l’opposition dans les villes soit bien équipée et qu’elle commence à faire de la politique moderne », explique Frédéric Lapointe, 42 ans, qui est aussi président de la Ligue d’action civique, un organisme qui encourage la participation citoyenne en politique.

Fidèles à leur principe de non-allégeance, ils ont accepté tous les clients, petits et grands. Et ceux-ci ont été nombreux : une quinzaine de partis, notamment ceux de Denis Coderre (Montréal), Caroline St-Hilaire (Longueuil), Marc Demers (Laval) et Maxime Pedneaud-Jobin (Gatineau). À Laval et à Sainte-Thérèse, deux partis ont utilisé leurs services. Le logiciel a été vendu jusqu’à Sept-Îles.

À Saint-Bruno-de-Montarville, Martin Murray, du Parti montarvillois, a remporté la mairie par une mince majorité de 362 voix. « On a fait la différence », estime Frédéric Lapointe.

Le coût du logiciel varie de 1 000 à 10 000 dollars, et les frais mensuels de 100 à 500 dollars, en fonction de la quantité de données hébergées sur les serveurs de l’entreprise. La PME emploie de 2 à 10 personnes selon les périodes.

Plus le taux de participation à une élection est faible — ce qui est souvent le cas sur la scène municipale —, plus le parti doit avoir une base de données efficace, croit Alexandre Foisy. « Vous devez trouver ceux qui vont voter pour vous, sinon, c’est une énorme perte de temps. Un bénévole qui fait des appels au hasard et se fait raccrocher au nez 20 fois de suite se décourage », dit-il.

La santé de notre démocratie n’est pas à son plus haut niveau, avance Frédéric Lapointe. « On travaille sur une glace qui fond, note-t-il. Les gens votent en moins grand nombre et ceux qui votent “magasinent” leur parti. Les partis doivent donc s’adapter et trouver à qui parler. »

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