Une de perdue, deux de gagnées

Dans un environnement économique plutôt maussade (avec, entre autres, la faillite et la fermeture définitive des magasins Jacob), deux bonnes nouvelles retiennent l’attention de Pierre Duhamel ces jours-ci.

Photo: Moe Doiron/The Globe and Mail
Photo : Moe Doiron/The Globe and Mail

La journée même où l’on apprenait la faillite et la fermeture définitive (pour cette semaine, du moins !) des magasins Jacob, deux entreprises québécoises obtenaient les capitaux qui leur permettront de se propulser vers d’autres marchés et assurer des emplois de qualité.
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L’économie est ainsi faite. Des entreprises disparaissent à tous les jours, alors que d’autres naissent ou se développent. C’est pour cela que je favorise les politiques et les mesures qui favorisent l’émergence de nouvelles pousses à celles qui veulent protéger à tout prix des industries ou des entreprises à bout de souffle ou dépassées. Les unes incarnent l’avenir, tandis que les autres sont souvent les souvenirs d’une autre époque, que les nationalistes économiques leur donnent ou pas le titre obscur de «fleuron».

Quelles sont donc ces bonnes nouvelles qui jurent dans un environnement économique plutôt maussade ?

La première est au sujet de KDC, une entreprise sur laquelle j’ai écrit il y a quelques semaines et qui se spécialise dans la fabrication en sous-traitance de produits de santé et de soins personnels. On apprenait, mercredi, que la société d’investissement Novacap (son principal actionnaire), la Caisse de dépôt et de placement du Québec et d’autres partenaires venaient d’y investir 165 millions de dollars, lesquels permettront à l’entreprise de faire des acquisitions à l’étranger et de doubler ses revenus de 500 millions à 1 milliard de dollars en 2018.

On parle ici d’une entreprise manufacturière, un secteur malmené s’il en est un, qui emploie déjà près de 900 personnes à Knowlton, en Montérégie (mais dans la région touristique des Cantons-de-l’Est). Au même moment, Novacap lançait un nouveau fonds d’investissement de 425 millions de dollars pour investir dans des sociétés de taille moyenne, notamment dans le secteur industriel et manufacturier.

L’autre bonne nouvelle concerne LightSpeed, une entreprise qui conçoit et met au point des logiciels de gestion de points de vente sur iPad. Nous entrons ici dans l’univers effervescent et trop souvent furtif des sociétés technologiques qui mettent au point des applications pour le Web dans l’espoir de devenir le Facebook ou le Twitter de demain.

C’est bien parti pour LightSpeed, une entreprise montréalaise de 240 employés dirigée par Dax Dasilva. L’entreprise compte déjà 21 000 clients établis dans plusieurs pays, et qui génèrent collectivement des revenus de 8,2 milliards de dollars. L’entreprise annonçait, cette semaine, l’acquisition de la société belge POSIOS, qui a mis au point une application semblable destinée aux restaurants et au bars. Lightspeed a l’ambition d’être une grande multinationale.

Plus important peut-être, on apprenait que l’entreprise venait de terminer une nouvelle ronde de financement de 35 millions de dollars. Chris Arsenault, le patron de la société de captal de risque iNovia, confiait au collègue Julien Brault, du journal Les Affaires, que LightSpeed pourrait devenir l’une des rares entreprises en démarrage (startup) à être valorisée à plus d’un milliard de dollars.

Un tel succès a forcément des répercussions très positives sur ce millier de petites entreprises technologiques établies à Montréal et qui travaillent sans relâche à la mise au point de l’application qui percera le marché en engagera de gros revenus. On voit avec LightSpeed que tout cela est possible.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

4 commentaires
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— Petite note technique. Le lien que vous proposez pour KDC sur le site de L’actualité, n’est pas actualisé… ou du moins, il y a une petite erreur de syntaxe… Je vous propose celui-là à la place :
http://www.lactualite.com/lactualite-affaires/les-leaders-croissance/nos-champions-a-linternational-kdc/

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Pour ce qui est de votre texte proprement dit. Je trouve qu’il faut se réjouir en effet de l’émergence de nouvelles compagnies et de la consolidation de quelques autres. Si ce n’est que nombre de « start-up » d’aujourd’hui surtout dans le domaine des applications « i-quelques choses », qu’elles seront peut-être aussi le « next fall-down » de demain ; si ce devait être le cas malencontreusement de Lighspeed, on n’en parlerait plus bientôt.

Encore que Lightspeed ne soit plus à proprement parler une « start-up » puisqu’elle fêtera bientôt ses dix ans. Qui quoique Montréalaise aujourd’hui d’adoption, a débuté si je ne m’abuse dans la Silicon Valley et tous ses employés ne sont pas basés à Montréal.

Le fait qu’elle se soit porté acquéreur de POSIOS qui s’appelle désormais maintenant Lightspeed Restaurant, montre aussi que cette compagnie avait besoin de diversifier ses applications, toucher d’autres types de marchés et d’autres localités en Europe, les marchés néerlandais et flamands notamment, pour se consolider sur sa voie.

Ironie du sort d’ailleurs, si Jacob avait pu repartir du bon pied, Lightspeed dispose de solutions qui auraient parfaitement pu convenir à ce détaillant, s’il souhaitait offrir des solutions de magasinage en ligne.

À cet effet, il serait intéressant de savoir (ce que probablement on ne saura pas) quels sont les termes exacts de cette acquisition. Un des co-fondateurs de POSIOS : Zhong Xu est comme on peut le constater d’origine chinoise. Est-ce que des intérêts chinois se trouvaient initialement dans POSIOS qui après tout était déjà présent dans 38 pays et quelques 700 restaurants ; et comment dans cette transaction se répartit le tour de table puisque les fondateurs de POSIOS restent dans cette organisation ?

— En d’autres mots : De quelle nature est le montage ; quels sont les rôles de partenaires financiers tels que iNovia Capital et encore Accel Partners, ce dernier étant partenaire de cette compagnie pratiquement depuis sa fondation en 2005, mais qui semble s’en être retiré récemment en partie du moins, comme investisseur ?

Tout cela pour dire que je trouve désolant que Jacob n’ait pas assez tôt trouvé les ressources de financement pour pouvoir assurer dignement son redressement.

Dans le domaine de la finance plus que jamais la seule chose qui compte, c’est seulement la vitesse du retour sur investissement. La chose s’explique d’autant mieux que même les financiers manquent encore et toujours de liquidités pour pouvoir réellement supporter tous leurs investissements. Preuve s’il en est que dans le domaine financier on ignore « souverainement » les erreurs passées.

Ainsi tout relève de l’illusion. Quand lorsqu’on perd une chose pour toujours ; on ne recueille en échange plus souvent qu’autrement rien d’autre que des larmes comme seule rétribution de nos déceptions.

Ça n’a pris que trois semaines à une péquiste pour mettre notre « fleuron québécois » Jacob en faillite…

I rest my case.

@ Cher François1,

Sans vouloir de quelque façon me montrer désobligeant envers votre personne. Je dois dire que vous faites là un bien « mauvais procès » à Élaine Zakaïb qui n’y est pour rien dans la fermeture du détaillant Jacob. Vous démontrez surtout que vous n’avez pas bien ou même pas du tout étudié le dossier.

D’autre part, le secteur de l’habillement est un des secteurs qui souffre le plus depuis au moins une décennie maintenant, peu importe même la gamme de produits. Je n’entrerais pas ici dans le détail. Je vous invite seulement à poursuivre votre instruction sur de tels sujets.

Techniquement parlant, Jacob aurait pu être restructuré, mais cela prenait de la patience de la part des créanciers, une vertu rare par les temps qui courent quand ce sont les créanciers eux-mêmes qui cavalent aussi après de l’argent. En économie tout est lié.

Si Élaine Zakaïb a faussé compagnie à ses électeurs (geste très sérieux et grave en démocratie!) pour Jacob, on se serait normalement attendu à ce qu’elle fasse une différence positive non? Or, c’est exactement le contraire qui s’est produit: d’une situation sérieuse, la société a basculé vers la faillite et ce, à peine trois semaines après la venue de la dame en question.

Elle a fait ce geste (abandon de ses électeurs), en parfaite connaissance de cause, autant de celle de Jacob que de celle de l’industrie dans laquelle évoluait la société et il était normal que l’on s’attende à ce qu’elle apporte avec elle toute son expérience et toute sa sagesse pour faire évoluer le dossier dans le bon sens et non vers un naufrage non?

Ça en dit long sur le jugement et sur la véritable expérience de la dame…

I rest my case.