Acquisitions : une de perdue… et une de gagnée (peut-être)

Les récentes transactions qui touchent le producteur d’or Osisko et la compagnie pharmaceutique Valeant montrent bien une chose : les fusions et les acquisitions font partie de l’ordinaire de la vie des entreprises, qui sont successivement proies et prédateurs, dit Pierre Duhamel.

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Photo : Ryan Remiorz/La Presse Canadienne

L’achat du producteur d’or Osisko par Agnico Eagle et Yamana Gold pour 3,9 milliards de dollars met fin à une belle histoire. Le projet de la mine Canadian Malartic était un pari audacieux, et son succès avait permis le développement de la plus importante société minière à propriété québécoise.

Blogue EconomieCette aventure est terminée. La direction d’Osisko a sollicité d’autres offres après celle, non sollicitée et hostile, de l’Ontarienne Goldcorp, et l’entreprise a été vendue aux plus offrants.

Pour les actionnaires, ce n’est pas une mauvaise affaire. Ils obtiennent l’équivalent de 8,15 dollars par action — sensiblement mieux que l’offre de Goldcorp et beaucoup mieux que le plancher de 2,98 dollars atteint en juin dernier. Bonne nouvelle : les employés en profiteront, puisque les trois quarts d’entre eux détiennent des actions de la société.

Aurait-il fallu empêcher la vente ? Certains croient que les conseils d’administration n’ont pas assez de moyens à leur disposition pour empêcher une offre non sollicitée.

C’est un débat qui vaut la peine d’être mené, et le prochain gouvernement décidera ou non de donner suite aux recommandations du Groupe de travail sur la propriété des entreprises québécoises.

Ce comité préconisait notamment l’adoption par les entreprises d’un droit de vote variable en fonction de la durée de détention des actions et de mesures de restriction (ou d’interdiction) de certaines transactions d’actifs et de capital dans les entreprises faisant l’objet d’une offre d’achat rejetée par leur conseil d’administration.

Une autre transaction conclue cette semaine montre que tout n’est pas si simple, selon qu’on soit du côté des proies ou des prédateurs.

Valeant

Valeant est une société pharmaceutique dont le siège social est à Laval. Elle nourrit de grandes ambitions internationales et elle vient de poser un geste d’éclat qui fait la une de la presse financière internationale. En effet, Valeant vient de s’allier à Bill Ackerman, un investisseur américain, pour mettre la main sur la société californienne Allergan, le fabricant du célèbre traitement antirides Botox.

On parle ici d’une transaction de 45,7 milliards de dollars, soit l’équivalent de plus de 7 fois le chiffre d’affaires d’Allergan.

Le Botox va certes donner du relief aux profits de Valeant, mais la société lavalloise — déjà propriétaire de Bausch & Lomb — est par-dessus tout intéressée par les produits ophtalmologiques de la société américaine, qui ajoutent à son offre.

Comme Osisko, il s’agit ici d’une offre hostile. (Contrairement à ce que j’ai écrit plus tôt).  Le conseil d’administration d’Allergan a adopté un règlement qui accorde des droits de vote plus importants aux actionnaires actuels. L’entreprise soutient qu’elle veut surtout gagner du temps pour examiner l’offre de Valeant et de son allié.

Au final, les fusions et les acquisitions font partie de l’ordinaire de la vie des entreprises, qui sont successivement proies et prédateurs. Nous gagnons des entreprises et nous perdons.

Dans le seul domaine pharmaceutique, on comptabilise depuis le début de l’année des transactions totalisant 140 milliards de dollars.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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Imaginez maintenant si les USA avaient la même attitude d’assiégé que celle du parti québécois et qu’ils bloquaient cette acquisition par un « étranger »…