Une économie qui tire de la patte

L’économie tourne au ralenti… et ce ne sont pas les dernières données de l’enquête sur la population active de Statistique Canada qui vont nous indiquer le contraire, explique le blogueur Pierre Duhamel.

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Photo : Getty Images

L’économie tourne au ralenti, et ce ne sont pas les dernières données de l’enquête sur la population active de Statistique Canada qui vont nous indiquer le contraire.
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Le taux de chômage est en hausse non seulement au Canada (de 6,9 % à 7 %), mais aussi au Québec, où il est passé de 7,6 % en avril à 8 % en mai.

On nous dira que ce ralentissement s’explique par une augmentation du nombre de personnes à la recherche d’un emploi, et que le niveau d’emploi reste stable au Québec.

Les chiffres nous disent aussi que le Québec a perdu, au net, 27 000 emplois à temps plein en mai pour en gagner 26 000 à temps partiel. Pire, entre mai 2013 et mai 2014, la Québec a perdu 25 000 emplois, et nous nous retrouvons avec 46 000 emplois à temps plein en moins.

Les données sont peut-être meilleures du côté du Canada, mais les emplois supplémentaires — depuis août dernier — sont, pour l’essentiel, des emplois à temps partiel.

Les économies canadienne et québécoise ne sont pas en récession, mais elles passent un mauvais moment.

La croissance économique n’aura été que de 1,2 % au niveau canadien au premier trimestre. Au cours des trois premiers mois de l’année, l’ensemble des dépenses des ménages, des entreprises et de l’État — ce qu’on appelle la demande intérieure — a reculé de 0,3 %. C’est la première fois que cela arrivait depuis la récession de 2008-2009. En avril, les exportations canadiennes enregistraient aussi un recul de 1,8 % sur le mois précédent, et le solde commercial canadien devenait déficitaire.

La mollesse de l’économie explique aussi pourquoi la Banque du Canada a maintenu, cette semaine, son taux cible à 1 %, où il est figé depuis septembre 2010.

Pourquoi l’économie fonctionne-t-elle au ralenti ? Il y a d’abord une conjoncture internationale difficile.

Cette semaine, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé des taux d’intérêt négatifs pour les institutions financières qui y déposent des liquidités. Non seulement elles ne percevront pas d’intérêts, mais elles devront en payer ! La BCE veut s’assurer que l’argent disponible se trouve dans le marché et fasse rouler l’économie.

Les restrictions des gouvernements ont aussi un effet sur l’économie et l’emploi. Du point de vue des finances publiques, le gouvernement Couillard doit sans doute geler les effectifs de la fonction publique, mais cela veut aussi dire que les possibilités de se trouver un emploi sont du coup diminuées.

Il y aussi un facteur fantôme dont on ne parle pas assez. La Banque Scotia dévoilait vendredi une étude qui mesurait les effets de la hausse des dépenses énergétiques sur le pouvoir d’achat des Canadiens. Le coût de l’essence, du mazout, du gaz naturel et de l’électricité a augmenté de 5 % cette année, ce qui se traduit par 4 milliards de moins dans les poches des consommateurs pour d’autres dépenses.

Hydro-Québec a haussé ses tarifs de 4,3 % en avril, ce qui représente des coûts supplémentaires d’une centaine de dollars par année pour une maison. Cela va rapporter 418 millions de dollars de plus à la société d’État, mais cela veut aussi dire que nous aurons 418 millions de moins à dépenser chez Réno-Dépôt, Simons ou Metro.

Au total, les Canadiens ont consacré, au premier trimestre, 88 milliards de dollars pour l’énergie et pour l’eau. Cela représentait 8,5 % des dépenses des ménages — un taux plus élevé d’un point de pourcentage de plus que la moyenne historique.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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