Une entreprise vendue : youpi !

Faut-il se réjouir de voir un géant comme Intel devenir propriétaire de PasswordBox, une jeune entreprise technologique québécoise, ou déplorer le fait qu’une boîte prometteuse soit vendue à des intérêts étrangers ?

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Illustration : Getty Images

Faut-il se réjouir de voir un géant comme Intel devenir propriétaire d’une jeune entreprise (startup) technologique québécoise, ou déplorer le fait qu’une entreprise prometteuse soit vendue à des intérêts étrangers ?
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Dans le milieu technologique, cette question est résolue depuis longtemps, et c’est pourquoi la communauté des entrepreneurs du Web et autres nerds professionnels ont applaudi la transaction qui a fait passer PasswordBox dans le giron d’Intel.

Pour d’autres, la nouvelle de la vente a été l’occasion de saluer l’arrivée, à Montréal, d’un géant mondial de l’informatique, qui promet d’investir à long terme dans la métropole.

Bref, tout le monde se félicitait, lundi, de voir de voir un entrepreneur vendre sa business. Et ils ont raison de s’en réjouir.

D’abord, il aurait été difficile pour l’entreprise de réaliser de façon indépendante son plein potentiel. Mettre au point une application pour gérer les nombreux mots de passe qui affligent les utilisateurs, c’est bien. Améliorer le produit et intégrer ses fonctions dans des logiciels déjà immensément populaires, c’est mieux. Intel est mieux équipée financièrement et technologiquement pour réaliser le plein potentiel de la PME montréalaise.

Imaginons un scénario dans lequel l’entreprise décide de rester indépendante. Il lui aurait fallu beaucoup, mais alors beaucoup d’argent, et des ressources technologiques qui n’existent peut-être pas dans le marché québécois.

«Il est difficile de faire grandir au-delà d’un certain niveau une entreprise technologique montréalaise. Moi, je ne saurais pas où trouver ici les 5 000 ingénieurs qui ont assuré le développement d’une boîte comme Facebook», m’explique Martin-Luc Archambault, à la fois entrepreneur technologique et investisseur dans de nombreuses entreprises technologiques en phase de démarrage, dont PasswordBox.

La première difficulté du Web montréalais, c’est de «scaler» leurs entreprises, pour reprendre le mot anglais à la mode qui signifie les faire grossir, leur donner de l’ampleur. La bonne nouvelle, c’est que nous réussissons mieux qu’avant et que nous les amenons plus loin dans leur déploiement.

«Nous avons maintenant un écosystème de capital de risque qui permet le financement des entreprises technologiques en démarrage à plusieurs phases de leur implantation. Grâce à ce réseau, aux nombreux entrepreneurs à l’œuvre à Montréal et à des ressources toujours plus nombreuses, nous sommes aujourd’hui reconnus comme un marché de startups capables de créer et de mettre sur pied de belles entreprises. Il faudra maintenant faire la preuve que nous pouvons “scaler” nos technos», dit Martin-Luc Archambault, dans le jargon très anglicisé de son industrie.

Une transaction comme celle de lundi peut avoir un autre effet bénéfique. L’argent obtenu par l’entrepreneur et les autres actionnaires devrait permettre de financer d’autres entreprises, car la plupart des entrepreneurs technologiques mènent de front plusieurs projets et sont souvent eux-mêmes des investisseurs. Un milieu plus riche permet de porter plus loin des projets entrepreneuriaux.

C’est le cas de Martin-Luc Archambault, qui a créé une dizaine d’entreprises ; en a vendu plusieurs ; est devenu millionnaire à 25 ans ; pilote Bolidéa, un laboratoire de conception de sites sociaux sur Internet ; est associé à la Maison Notman, l’épicentre montréalais de l’économie des entreprises en démarrage, en plus de veiller la mise en œuvre de Wajam, une application qui intègre des médiaux sociaux comme Twitter et Facebook au moteur de recherche Google et qui aurait un immense potentiel.

Martin-Luc, maintenant dans la mi-trentaine, veut aussi révolutionner le modèle publicitaire sur Internet, en reliant chacune des annonces aux amis ou à des vedettes connues qui utilisent tel produit ou tel service. «Une publicité est de deux à trois fois plus efficace quand elle est recommandée par un ami», dit-il. Il profitera du CES — le rendez-vous annuel de l’électronique et de l’informatique, qui a lieu du 6 au 9 janvier, à Las Vegas — pour lancer une application qui se veut «la plus grande base de données de personnes en qui chacun de nous a confiance».

Martin-Luc Archambault veut changer le monde et rêve que son logiciel ait un jour un milliard d’utilisateurs. «Il faut penser grand», dit-il. Mais quelquefois, il faut obtenir le maximum d’une idée qu’on n’a pas les moyens de scaler — pardon, de déployer — davantage soi-même.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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Félicitations à M. Martin-Luc Archambault….

Faire ce que l’on peut faire de mieux avec les qualités et les ressources disponilbles… Il n’est pas nécessaire d’imiter les géants et vouloir tout contrôler. Même si la structure du système économique favorise l’oligarchie et la concentration du pouvoir dans de formidables entités commerciale, il n’est sûrement pas aviser de promouvoir qu’une seule idéologie de développement.

Ceci me semble valable, aussi bien à l’échelle personnelle qu’à celle d’un pays…

Bien sûr, que ce qui vient de chez nous et réussi doit nous réjouir mais ne devrions-nous pas simultanément se respecter et s’affirmer dans sa langue ! J’utilise PasswordBox depuis fort longtemps et il est vrai que nous devons en être fiers, mais nous francophones qui utilisons ce produit d’un compatriote francophone, ne pourrions-nous pas l’utiliser dans notre langue ? J’ai souligné ce fait à l’équipe de PasswordBox deux fois plutôt qu’une et rien n’est fait… ça aussi c’est à souligner. Que faut-il en penser ?

Martin-Luc Archambault a-t-il marché le week-end dernier contre l’austérité? Est-il passé à tout le monde en parle pour sauver les bélugas? Je n’ai pas la réponse, mais voilà un autre visage du Québec dont on ne parle pas beaucoup, le Québec qui travaille, qui prend des risques, qui entreprend, pas celui qui a peur que le ciel lui tombe sur le tête. Chapeau M. Archambault!