Après les Gazelles…

Il n’est pas sûr que l’expertise en affaires existe dans les ministères, et encore moins dans les CLD (centres locaux de développement), mais la présidente de l’entreprise SIM, à Shawinigan, a bien voulu y croire. 

Blogue EconomieJe n’étais pas favorable au programme des Gazelles mis sur pied par le précédent gouvernement. J’explique ici pourquoi.

Mais d’autres y ont cru, notamment les 300 entreprises qui ont été sélectionnées pour ce programme destiné à accélérer le développement de PME performantes et qui aurait été abandonné par le nouveau gouvernement.

Chantal Trépanier, présidente-directrice générale de SIM, est l’une de ces personnes déçues. Son entreprise est spécialisée dans la formation de la main-d’œuvre, notamment en santé-sécurité. Elle a mis au point une suite de logiciels qui permet aux PME de se qualifier comme sous-traitantes pour de grandes entreprises.

Cognibox — c’est le nom du système — a été adopté par plusieurs grands donneurs d’ouvrage qui l’utilisent partout dans le monde. Voilà pourquoi cette PME de Shawinigan est présente dans une quinzaine de pays, comme les États-Unis, le Brésil, le Maroc, le Bénin ou, même, la Nouvelle-Calédonie. Ces donneurs de commandes s’assurent ainsi que les électriciens, plombiers et autres sous-traitants répondent à leurs exigences professionnelles et sont donc qualifiés pour travailler pour eux.

Les affaires vont tellement bien que les ventes ont augmenté de 755 % depuis cinq ans et que l’entreprise — issue du Cégep de Shawinigan — emploie une centaine de professionnels.

SIM semble être sur un élan irrésistible. Chantal Trépanier me raconte qu’elle vient de signer des ententes avec trois grandes entreprises forestières nord-américaines, ce qui lui permettra de desservir pratiquement 100 % de ce marché. Deux grands joueurs nord-américains de l’industrie agroalimentaire viennent aussi de signer des contrats avec SIM.

Spontanément, je suis porté à croire que SIM se débrouille très bien seul et n’aurait pas eu besoin de ce programme des Gazelles. Mais Chantal Trépanier n’est pas d’accord. «Je rêvais d’une aventure qui m’aurait permis de bénéficier des meilleurs spécialistes en marketing, d’experts du marché américain capables de m’aider à franchir la barrière du protectionnisme ou de ressources de pointe en ventes ou en relations publiques».

Chantal Trépanier compare son entreprise à un athlète olympique qui peut atteindre les plus hauts niveaux, pourvu qu’il bénéficie des meilleurs entraîneurs et d’un support constant. Il n’est pas sûr qu’un tel niveau d’expertise existe dans les ministères, et encore moins dans les CLD (centres locaux de développement), mais la présidente de SIM a bien voulu y croire. «J’aurais peut-être été déçue, mais j’avais le goût et le besoin d’être aidée par les meilleurs», dit-elle.

L’aide publique est surtout destinée aux jeunes entrepreneurs et aux entreprises en démarrage, mais elle ne serait pas conséquente pour une entreprise qui s’approche de la dizaine de millions de dollars de revenus. «La croissance nous oblige à changer nos structures, à tenir compte des fuseaux horaires dans le service à la clientèle, à nouer des partenariats et bien d’autres choses que ne fait pas une petite entreprise à ses débuts», dit-elle.

Quand je lui ai parlé la dernière fois, elle allait rencontrer le dirigeant d’une entreprise qu’elle pourrait peut-être acheter. Ça aussi, c’est du nouveau pour une entreprise en pleine expansion, qui envisage pour la première fois de faire des acquisitions pour soutenir sa croissance.

On pourrait dire à Chantal Trépanier qu’il y a toute une industrie de professionnels aguerris pour ce type de problèmes et qu’un programme gouvernemental ne peut s’y substituer. Elle en est tout à fait conscience, mais elle apporte cette nuance. «Des fois, on a besoin d’une idée ou d’un conseil rapide. Je ne veux pas que le gouvernement paye un avocat pour me rédiger un contrat, mais j’aimerais bien que quelqu’un me dise si mon contrat est encore valable et s’il me protège bien.»

«J’aimerais avoir de bons conseils pour m’aider à grandir plus rapidement et plus sûrement», conclut-elle.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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3 commentaires
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Les CLD n’ont jamais eu la prétention de posséder toute l’expertise pour accompagner les gazelles. Le programme a été développé par le MEIE et non pas par les CLD. Mais l’expertise se trouve, les CLD peuvent les mettre en relation avec les gazelles de leur territoires.

M.Duhamel,
Mon expérience récente de 12 années avec Investissement Québec et plusieurs autres années en développement économique me font dire que c’est une incongruité de vouloir aider ou associer des entreprises à croissance rapide avec des fonctionnaires et des programmes gouvernementaux….
Salutations G.L.