Une montagne d’innovations

Un train touristique régional, un complexe hôtelier aussi vert que high-tech, des activités complètement déjantées toute l’année : le nouveau Massif de Charlevoix n’a pas fini d’étonner !

Une montagne d'innovations pour le nouveau Massif de Charlevoix
Photo : Benjamin Gagnon / Le Massif

Dans quelques années, à Petite-Rivière-Saint-François, les touristes pourront confortablement dormir dans un arbre ou dans une chambre suspendue sous un pont enjambant un ravin. Ils pourront aussi passer la nuit dans un wagon-lit converti en mini-suite ou dans une des « maisons-vent » aménagées à flanc de montagne. Équipées d’éoliennes qui les rendront autosuffisantes, celles-ci seront aussi munies d’un système transformant le vent en musique afin d’agrémenter le séjour des occupants…

Ces concepts, qui sortent de l’ordinaire, sont issus de l’imaginaire d’un homme habitué à innover : Daniel Gauthier. Après avoir vendu ses actions du Cirque du Soleil, qu’il a cofondé avec Guy Laliberté, ce Charlevoisien d’adoption s’est porté acquéreur, en 2002, du centre de ski Le Massif de Petite-Rivière-Saint-François, alors en difficulté. Puis, au fil des ans, il en a fait un des domaines skiables les plus appréciés au Québec.

Aujourd’hui, Daniel Gauthier rêve de hisser cette splendide « montagne sur mer » au rang de grande destination internationale, tout en relançant durablement l’économie régionale. En octobre dernier, il levait le voile sur les plans du Massif de Charlevoix, le plus important aménagement récréotouristique en cours de réali­sation au Québec, qui entraînera des investissements de 230 millions de dollars.

Novateur à plusieurs égards, cet aména­gement comporte trois grands éléments : un train touristique, baptisé « le Train », un complexe ouvert sur une place publique, qui portera le nom de « la Ferme », et un centre d’activités quatre saisons, laconiquement appelé « la Montagne ».

De Québec à La Malbaie, le Train, aux fenêtres panoramiques, parcourra 136 km, dont 85 le long du littoral, en suivant le même itinéraire que l’ancien Tortillard, ce petit train touristique lancé dans la foulée de Québec 1984, mais qui ne fut jamais rentable et dut être abandonné en 1996. En cours de route, le nouveau train s’arrêtera à Petite-Rivière et à Baie-Saint-Paul, 20 km plus au nord-est.

C’est là qu’on construit actuellement la Ferme, qui comprendra une gare, un marché du terroir charlevoisien, une salle multifonctionnelle de 500 places et un hôtel de 150 chambres à la fine pointe de la technologie bioclimatique (panneaux solaires, puits géothermiques, etc.).

Ces bâtiments donneront sur une vaste esplanade accessible à toute la collectivité. « La Ferme sera une sorte d’anti-resort : nous voulons en faire un milieu de vie public qui profitera à tous », explique Benoît Milord, vice-président au développement du Groupe Le Massif. À Petite-Rivière, une aire publique semblable jouxtera une auberge de 60 chambres qui sera construite dans le village, avec le même souci de voir la population s’appro­prier cet espace.

Enfin, la Montagne sera progressivement transformée en centre d’activités quatre saisons. Le domaine skiable actuel sera agrandi de 30 % et une piste de luge longue de 10 km sera aménagée. Un spa en montagne et d’autres logements seront construits, notamment des condos, lofts, gîtes, yourtes, et les fameuses maisons-arbre, maisons-pont et maisons-vent. Au total, Baie-Saint-Paul et Petite-Rivière hériteront de 600 chambres additionnelles.

Mais il y a plus. « Daniel Gauthier veut contribuer à améliorer sa région, notamment en s’impliquant socialement », dit Benoît Milord. Ainsi, le nouveau Massif promet d’intégrer un volet touchant les sciences et l’éducation. Grâce à la salle multifonctionnelle, on songe notamment à organiser des rencontres internatio­nales auxquelles seraient conviés des groupes de réflexion.

On pense également s’associer avec des partenaires pour concocter des forfaits éducatifs originaux, par exemple en embauchant des stagiaires du programme « Techniques équines » de l’Institut de technologie agroalimentaire de La Pocatière, qui organiseraient des randonnées à cheval nocturnes combinées à l’observation des étoiles. « Nous aimerions aussi parrainer des projets artistiques avec les élèves de la région pour les sensibiliser à la fragilité de l’environnement », explique Benoît Milord.

Daniel Gauthier souhaite surtout que son aménagement crée un effet d’entraînement et fasse naître une foule de micro­entreprises dans une variété de secteurs. Le Massif est déjà un des moteurs économiques de la région ; le but est qu’il en devienne la locomotive.

Pour Tourisme Charlevoix, cet aména­gement arrive à point nommé après une année de crise économique mondiale pen­dant laquelle les touristes américains, d’ordi­naire nombreux, se sont faits rares. « Sans compter que depuis six ou sept ans, le taux d’occupation de nos hôtels stagne à 40 % », explique Alyre Jomphe, directeur de cet organisme. Il se réjouit donc de voir que la clientèle convoitée par le Massif de Charlevoix correspond à celle qu’il vise lui-même : des voyageurs qui recherchent l’art de vivre, la bonne chère, la culture, le contact avec la nature, et qu’on tentera d’aller chercher de plus en plus en Europe.

Voilà plusieurs années que Tourisme Charlevoix fait valoir ses activités sur le vieux continent. Depuis deux ans, ses efforts portent fruit. « Nous figurons maintenant dans les brochures de 243 voyagistes, dont beaucoup d’européens », explique Alyre Jomphe. Désormais, la région est mieux préparée pour combler les périodes creuses de la basse saison.

Comme dans tout projet d’envergure, des craintes naissent toutefois. « C’est sûr qu’il y a des gens qui ont peur que cet aménagement soit trop gros, que la Ville n’ait pas toujours son mot à dire, qu’on perde l’atmosphère et l’âme particulières de Baie-Saint-Paul, et qu’on se retrouve avec une flambée immobilière, explique Jean Fortin, maire de la localité. Mais j’ai confiance dans la façon de faire de Daniel Gauthier. »

La valeur foncière a fortement augmenté dans l’ensemble de la région ces dernières années. Pour permettre à des familles modestes de s’établir dans sa localité de 750 âmes, le maire de Petite-Rivière, Jean-Guy Bouchard, songe à des mesures fiscales visant à encourager les promoteurs à investir dans le logement locatif. « La décroissance démographi­que nous touche fort et j’aimerais que de jeunes familles viennent s’installer chez nous avec leurs enfants », dit-il.

Habité depuis 1675, Petite-Rivière-Saint-François est un des plus anciens lieux de peuplement du Québec. Le maire voudrait bien voir prospérer son modeste village, qui n’a pour l’instant que peu d’attraits, si ce n’est d’être paisible. C’est précisément ce qui plaît aux villégiateurs qui s’y sont établis, et qui craignent maintenant de voir leur douce tranquillité cham­boulée. Car en plus du Train, qui tra­ver­sera leur village 36 semaines par année, une navette ferroviaire le reliera à Baie-Saint-Paul plusieurs fois par jour.

Mais le développement a un prix. Tourisme Charlevoix estime que l’achalandage du Massif de Charlevoix profitera à toute la région. « À ce jour, le centre de ski bénéficie plus à Québec qu’à Charlevoix : les skieurs y dorment et ils font l’aller-retour dans la journée ! » dit Jean Authier, copropriétaire de la prestigieuse auberge La Pinsonnière, à Cap-à-l’Aigle.

Comme tant d’autres entrepreneurs, il voit d’un bon œil l’arrivée du nouveau Massif, même si son établissement est situé à 80 km de là. « Si ça marche, il n’en tiendra qu’à moi de trouver les moyens pour tirer profit de la présence de sa clientèle, dit-il. Quand le soleil brille, il brille pour tout le monde… »

LE MASSIF DE CHARLEVOIX EN CHIFFRES

BUDGET : 230 millions de dollars

100 M$ en capital (65 M$ de Daniel Gauthier, 25 M$ de la SGF à titre d’actionnaire et 10 M$ de Guy Laliberté)

65 M$ de fonds publics (37 M$ du provincial et 28 M$ du fédéral)

65 M$ en prêts bancaires

ÉCHÉANCIER : Début des travaux : été 2009

La navette : été 2011

Le Train : été 2011

La Ferme : été 2011

La Montagne : aménagement de 2011 à 2013

Info : lemassif.com

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