Une retraite assurée, autrement

Les régimes de retraite qui garantissent les rentes des employés sont considérés par le patronat comme une espèce en voie de disparition. Mais les travailleurs de la mine Niobec ont cloné le dinosaure !

Une retraite assurée, autrement
Photo : Roger Gagnon/Agence QMI

« On maîtrise maintenant notre destinée », se réjouit François Plourde, président de la section locale 616 des TCA-Québec, syndicat affilié à la FTQ qui représente les travailleurs de la mine de niobium de Saint-Honoré, au nord-ouest de Saguenay.

Depuis juin, les 260 mineurs participent à un régime de retraite par financement salarial (RRFS). Créé en 2007 au Québec, c’est une bibitte rare encore méconnue : il n’en existe pour le moment que trois spécimens.

En 2008, l’employeur Iamgold avait opposé un non catégorique à la demande du syndicat de créer un régime à prestations déterminées (RPD). « Ces régimes sont en voie d’extinction, car tous les risques reposent sur les épaules des employeurs », dit Philippe Campeau, surintendant des ressources humaines à Niobec. Dans un RPD, c’est l’employeur qui comble les déficits pour garantir les rentes, une responsabilité lourde à porter pour beaucoup depuis la crise financière de 2008.

En 2011, le syndicat est revenu à la charge avec le RRFS. Comme celles d’un RPD, les rentes à la retraite d’un RRFS sont prévisibles. Toutefois, les risques sont collectivement assumés par les travailleurs qui y participent. L’employeur n’a pas à supporter les éventuels déficits, mais il doit cotiser au régime.

« En cas de déficit, on videra d’abord la réserve pour indexation au lieu d’augmenter les cotisations. Plus personne n’aura d’indexation, les jeunes comme les retraités. C’est plus équitable entre les générations », explique Pierre Bergeron, l’actuaire qui a conseillé le syndicat.

Le RRFS est construit de telle sorte que les entrées de fonds au départ sont considérables, afin de constituer une réserve pour les rentes et indexations futures. À Niobec, il faut 8 320 dollars de cotisations annuelles, partagées moitié-moitié entre l’employeur et le travailleur, pour que ce dernier accumule un crédit de rente de 780 dollars chaque année. Ça paraît peu, mais cette somme sera indexée annuellement, avant comme après la retraite, souligne Pierre Bergeron.

Tout comme dans un RPD, un comité de retraite administre les fonds et en confie la gestion à des professionnels. À Niobec, les représentants des travailleurs sont majoritaires, mais deux sièges sont réservés à l’employeur.

L’un des deux autres régimes québécois a remporté le prestigieux prix Plan Sponsor, décerné en 2010 par le magazine Benefits Canada, publication qui traite des avantages sociaux. Le lauréat, le RRFS des groupes communautaires et de femmes, existe depuis 2008. Il compte 2 707 participants, dont 88 % de femmes, issus de 355 orga­nismes dis­persés dans tout le Québec.

« Je n’acceptais pas que des gens qui ont consacré l’essentiel de leur vie de travail à aider les autres soient acculés à la pauvreté à la retraite », déplore Lise Gervais, de Relais-femmes, une des instigatrices du régime. Le salaire moyen des participantes n’est que de 30 000 dollars.

Selon Michel Lizée, coordonna­teur du Service aux collectivités de l’UQAM qui a contribué à la création du RRFS des groupes communautaires, ce régime comporte de nombreux avantages. « Pour les employeurs, c’est comme un régime à cotisations déterminées, sans la responsabilité des déficits. Mais comme le RRFS offre une certaine sécurité du revenu à la retraite, c’est un outil de rétention de la main-d’œuvre efficace. »

À Niobec, on le pense aussi. « J’ai bon espoir que ce sera un atout dans l’embauche, dit Philippe Campeau. Le temps nous dira si on a eu raison, mais je pense que ce fut une très bonne décision. Il n’y a pas de risques pour l’entreprise et il y en a peu pour les travailleurs. »

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