Une révolution pour les consommateurs

Utiliser la batterie de votre auto électrique pour alimenter la maison pendant les heures de pointe? C’est une des mesures envisagées par Hydro pour réduire la consommation d’hydroélectricité des Québécois.

Éoliennes, panneaux solaires, compteurs intelligents, bornes de recharge pour voitures électriques... Le Québec est déjà le géant mondial des énergies renouvelables, mais veut faire passer de 47% à 61% de l'énergie consommée. (Photo: Rubens Abboud/Alamy)
Éoliennes, panneaux solaires, compteurs intelligents, bornes de recharge pour voitures électriques… Le Québec est déjà le géant mondial des énergies renouvelables, mais veut faire passer de 47% à 61% de l’énergie consommée. (Photo: Rubens Abboud/Alamy)

«Décarbonisation», «efficacité» et «autosuffisance» sont les maîtres mots de la nouvelle politique énergétique du Québec, annoncée en avril par Pierre Arcand, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles.

Cette politique très ambitieuse orientera le programme énergétique jusqu’en 2030. L’objectif: réduire radicalement — de 40 % — la consommation de carburants fossiles dans les transports, les maisons, les usines et les immeubles commerciaux et publics en leur substituant des énergies renouvelables. D’abord, l’hydroélectricité, mais aussi l’éolien, le solaire, la biomasse, les biocarburants. Et même le gaz naturel, qui produit beaucoup moins de GES que les autres hydrocarbures.

Le Québec est déjà le géant mondial des énergies renouvelables — elles comptent pour 47 % de sa consommation énergétique. Cela le place très loin devant toutes les économies développées, sauf la Norvège et la Suède. L’État vise à augmenter cette part à 61 %. Objectif final: réduire la consommation d’hydrocarbures de 85 % d’ici le milieu du siècle.


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«L’État veut aussi modifier les habitudes de consommation des Québécois, qui sont très énergivores, plus même que les Américains», dit Pierre Arcand, en entrevue à L’actualité. La cible est d’augmenter l’efficacité énergétique globale de 15 % d’ici 2030, soit de 1 % par an. On espère ainsi «libérer» davantage d’électricité afin de «décarboniser» l’économie. Pour y parvenir, le gouvernement rassemblera tous les programmes existants sous un seul organisme, qui aura également pour mission de coordonner les efforts de tous les producteurs, distributeurs et consommateurs d’énergie.

Les compteurs intelligents d'Hydro-Québec permettent de transmettre les données de consommation des clients directement au système de facturation d'Hydro-Québec. (Photo: Design Pics Inc/Alamy)
Les compteurs intelligents d’Hydro-Québec permettent de transmettre les données de consommation des clients directement au système de facturation d’Hydro-Québec. (Photo: Design Pics Inc/Alamy)

Hydro-Québec déploiera un train de mesures, grâce notamment aux nouveaux «compteurs intelligents». Chez ses clients, elle encouragera la production des «énergies décentralisées» — géothermie, solaire, éolien, biomasse — et rachètera leurs surplus. La société d’État instituera également un programme de commande des chauffe-eau à distance, qui lui permettra d’en abaisser la température de 60 °C à 50 °C pendant les heures de pointe hivernale. Elle envisage même pour les propriétaires d’une voiture électrique d’en utiliser la batterie pour alimenter leur maison pendant les heures de pointe! «Il y a énormément de gains à faire par la gestion active de la demande», explique Pierre-Olivier Pineau, de HEC Montréal.

Cette vaste opération de substitution coûtera des milliards, mais l’État compte se repayer en augmentant l’autosuffisance énergétique. Bon an, mal an, le Québec importe pour environ 15 milliards de dollars d’hydrocarbures. Chaque gain en matière de décarbonisation et d’efficacité réduira d’autant les importations et améliorera la balance commerciale. Dans les 23 collectivités isolées du Nord québécois et de la Basse-Côte-Nord, qui dépendent du mazout lourd et du diésel, Hydro-Québec introduira le gaz naturel liquide, les biocarburants, l’éolien et les minicentrales comme énergies de remplacement. Pour l’ensemble du Québec, la politique prévoit 100 000 voitures électriques en 2020, 300 000 en 2026 et un million — le cinquième du parc automobile québécois — en 2030, ainsi que la création d’un réseau-pilote de «stations multicarburants» (pétrole, biocarburant, hydrogène, gaz naturel, propane et électricité).

Cette politique énergétique sera coordonnée avec la politique environnementale, la politique de transport et la politique industrielle. Déjà, Investissement Québec joue la carte «énergie verte» pour attirer les centres d’hébergement de données, qui consomment les mégawattheures pour s’alimenter et se refroidir. La société française OVH en est à sa troisième installation du genre, à Beauharnois; Amazon et Microsoft viennent d’annoncer qu’elles installeraient leurs serveurs à Montréal et à Québec. «L’énergie québécoise ne sera pas seulement une énergie propre et renouvelable, dit Philippe Couillard, mais un facteur de distinction pour les entreprises.»

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Le gouvernement du Québec devrait s’attarder au développement de la rivière Grande Baleine dont le potentiel électrique est de 50% de celle de la Baie de James. La route d’accès entre LG2 et Kuujarapik (Poste de la Baleine) fut faite à 60% lors du projet de la BJ.

Les routes d’accès du projet seront les mêmes que pour la BJ, le transport électrique emprunteront les mêmes couloirs. Malheureusement les péquoistes de Parizeau ont mis la hache dans le projet en 1994 alors que la signature devait avoir lieu deux mois après l’élection. Nous pourrions conséquemment jouir de cette production aujourd’hui, les travaux étaient échelonnés sur 10 ans.

De plus, il faut penser à long terme, qu’adviendra t’il de l’électricité provenant de Churchill Falls après l’entente qui se termine en 2034. Il ne faut pas oublier que le “Upper Churchill Water Rights Reversion Act” dont Terre neuve a tenté de renverser en 1984 nous indique ce qu’adviendra le coût minimal actuel de la vente d’électricité au Québec.

Ce n’est donc que par le développement de la rivière Grande Baleine, qui dispose d’un développement presque identique à Churchill Falls pour composer avec la monté du coût de l’électricité provenant du Labrador ainsi que l’augmentation de la demande en électricité qu’exigeront les voitures électriques et l’électrification des transports en commun.

Pour certains, 2034 c’est très loin, mais les travaux comportent 10 ans de travail et plus nous attendons et plus les coûts augmenteront. De plus une nouvelle entente devra être écrite pour satisfaire les besoins actuels et futurs des autochtones, un processus qui s’avérera long, lancinant et pénible.

Les moulins à vent, tout le monde le sait, ont des coûts bien au-dessus d’un projet hydro-électrique de cette envergure. De plus c’est en Gaspésie que devraient voir naître des parcs d’éoliennes gigantesques afin de pouvoir acheminer l’électricité vers la ville de Québec.

C’est un mirage que de se faire accroire que moins on va consommer d’électricité, moins ça va coûter cher!