Une surprise signée Stephen Poloz

Dans un geste surprise, Stephen Poloz, le gouverneur de la Banque du Canada, a abaissé de 0,25 % son taux directeur, qui était fixé à 1 % depuis septembre 2009. Un geste qui a l’effet d’une bombe, dit Pierre Duhamel.

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Photo : Stephen Poloz/La Presse Canadienne

Dans un geste surprise, Stephen Poloz, le gouverneur de la Banque du Canada, vient d’abaisser de 0,25 % son taux directeur, qui était fixé à 1 % depuis septembre 2009.
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Il y a à peine un mois, les économistes auraient plutôt parié sur une hausse du taux directeur, mais la chute du prix du pétrole a obligé la banque centrale à aller dans l’autre direction pour essayer de stimuler l’économie canadienne.

En somme, la banque centrale nous dit que l’économie canadienne dans son ensemble souffrira de la chute du prix du pétrole et que les institutions financières canadiennes pourraient même en subir les contrecoups.

Elle n’entend donc pas rester inactive, et la baisse du taux directeur lui apparaît comme «la façon la plus fiable de réduire les risques entourant la stabilité financière».

«Stabilité financière». Voilà des mots chargés de sens, car ils font allusion aux institutions financières canadiennes, dont on a souvent vanté la robustesse.

Ces derniers jours, les banques ont fait des simulations pour voir quel serait l’effet sur elles d’un pétrole qui pourrait même descendre jusqu’à 35 dollars le baril. Elles ne sont pas inquiètes, mais le seul fait que la question soit soulevée est préoccupant.

La chute du prix du pétrole s’accompagne d’une diminution des investissements dans le secteur de l’énergie et de mises à pied. On pourrait s’inquiéter des prêts alloués aux compagnies énergétiques, mais ceux-ci ne représentent qu’une petite portion du portefeuille de prêts des banques — de 0,7 % (pour la TD) à 2,9 % (pour la Scotia).

Les prêts accordés aux consommateurs des provinces de l’Ouest sont potentiellement plus préoccupants, compte tenu du fort taux d’endettement causé par un marché immobilier frénétique. Une faiblesse soudaine dans le marché de l’emploi et un repli du marché immobilier — on s’attend à une baisse du prix des maisons à Calgary en 2015 — peut causer des dégâts.

Nous n’en sommes pas là, mais ce sont des choses dont on discute depuis la glissade de 55 % du prix du pétrole. Le fait que le ministre fédéral des Finances ait reculé la date de la présentation de son budget témoigne d’une situation volatile et troublante.

Le taux fixe de financement à un jour de la Banque du Canada — appelé taux directeur — est utilisé par les institutions financières quand elles se prêtent des fonds entre elles. Elles s’appuient sur ce taux pour établir ceux qu’elles appliqueront à leur tour à leurs clients personnels ou corporatifs. La baisse du taux directeur devrait donc provoquer une diminution des taux d’intérêt.

Cette diminution devrait à son tour encourager les consommateurs à dépenser et les entreprises à investir davantage. La banque centrale a revu sa prévision de croissance de l’économie canadienne de 2,4 % à 2,1 %, car les gains potentiels réalisés en Ontario et au Québec par un dollar plus faible et des exportations manufacturières plus élevées ne compensent pas, pour le moment, les pertes encourues à cause du krach pétrolier. En abaissant les taux, la Banque du Canada veut s’assurer que d’autres secteurs et d’autres régions prennent le relais.

Je ne suis pas sûr qu’une baisse d’un quart d’un pour cent des taux d’intérêt aura un effet prodigieux sur l’économie à court terme, mais le seul fait d’abaisser le taux directeur a fait l’effet d’une bombe.

La question est de savoir si la banque centrale s’engage dans un nouveau cycle de baisse des taux d’intérêt ou s’il ne s’agit que d’un coup de semonce pour montrer que la Banque du Canada est aux aguets et qu’elle peut réagir promptement.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes de la chaîne Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

11 commentaires
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La croissance économique a été impressionnante, même spectaculaire ces dernière années dans l’ouest Canadien, bien sûr à cause des ressources naturelles et surtout grâce au pétrole. Que ce soit pour l’emploi ou la croissance à peu près tous ce qu’il y avait de nouvelles positives ces dernières années provenait de l’Alberta et ça portait le reste du pays.

Si ça s’arrête brusquement il faut se demander si le reste du pays pourra prendre la relève pour assurer la croissance. Pour ma part j’en doute fortement, pas alors que la plupart des autres provinces sont aux prises avec un marché immobilier qui ralentit et avec des finances publiques qui les forcent à des politiques d’austérité, et en plus le fédéral ne sera dorénavant plus aussi bien placé pour compenser. Bien sûr la baisse du CAD aidera les exportations (dont la débâcle spectaculaire été en partie cachée par l’exportation de pétrole) et le tourisme mais il est peu probable que ça suffise à compenser, de plus le déclin de la devise diminuera notre pouvoir d’achat, pas nécessairement une bonne nouvelle à un moment où la consommation est déjà menacée par le vieillissement et l’endettement très élevé des ménages.

Je suppose que la BdC en voyant tout ça s’est dit que ça serait une bonne idée de baisser son taux pour assurer le risque que le pétrole ne remonte pas très vite à son niveau d’avant. Son problème est que les taux sont déjà très bas, le crédit fonctionne déjà à plein régime, bref la marge de manœuvre est très petite, voire insignifiante et cette baisse aura probablement peu d’effet sur les marchés. Le vrai but était donc probablement de faire baisser le CAD pour amortir la chute de productivité du Canada. Mais là encore c’est un couteau à double tranchant et dans un économie qui reste un économie de consommateur c’est loin d’être gagné d’avance.

Bref pour faire court, si le pétrole ne remonte pas bientôt on est pas sorti de l’auberge…

Pas sorti de l’auberge !!!!

Pourtant, les économistes sérieux, au XXI siècle, démontrent qu’il ne peut plus y avoir de croissance économique sérieuse sans un coût énergitique tel que nous avions connu durant les années 60 à 70. Depuis ce temps l’économie mondiale avait continué sur sa lancée QUE grâce à la croissance d’une richesse artificielle, boursière et spéculative. ( ce qui cause des bulles de + en + dévastatrices )

Les dettes magistrales des pays se remboursaient alors, facilement par le jeu de l’inflation et des taux de croissance élevé… Avec un baril de pétrôle à $100.00 ce n’était plus possible…. Donc, les stratèges pétroliers ont dû agir pour relancer le cycle PAYANT pour eux. Et cela, avant qu’une recherche » moins encouragée » par les grands investisseurs, sur de nouvelles sources d’énergie renouvelable n’arrive à se rentabiliser….

Alors je crois qu’un coût du baril autour des $60.00 est là pour rester un bon moment…. Ne déplaise aux canadiens néo-libéraux, pour qui l’enrichissement de l’élite financière pétrolière, importent plus que les mesures qui apportent de l’oxigène aux classes moyennes…..

Ne comptez plus sur des taux d’inflation ou d’intérêt élevé sans croissance plus forte. Alors, notre fameux 1% devra continuer à s’acheter des gros YATCHS qu’il enregisteront aux BAHAMAS.

Si le gouvernement était moins têtu plutôt que de permettre à un petit groupe de jouir d’allégements fiscaux il devrait hausser le seuil d’imposition de tous les contribuables.

C’est le résultat des politiques conservatrices qui ont mis tous nos oeufs dans le même panier en mettant l’emphase sur le pétrole et les pipelines et en négligeant les autres secteurs de l’économie. Nous sommes devenus un genre de royaume du pétrole où tout tombe quand le pétrole tombe et pour la première fois, le dollar canadien baisse par rapport à toutes les autres monnaies, pas seulement face au dollar US et à l’euro. Nous sommes rendus dans la même ligue que l’Arabie Saoudite, la Russie et le Venezuela…

S’il est vrai que cela pourrait aider le secteur manufacturier canadien, les consommateurs par contre doivent s’attendre à payer beaucoup plus cher tous les produits importés et comme notre pays a un hiver pas ordinaire, ça veut dire que pendant une grande partie de l’année les fruits et les légumes vont coûter beaucoup plus chers car ils sont importés.

À la veille des élections fédérales, les Canadiens devraient se souvenir de la gestion de l’économie malhabile et déplorable des conservateurs…

Il faut peut-être mettre les choses un peu en perspective, la réduction du taux directeur du Canada n’est pas une surprise absolue. En tout cas, pas pour moi.

Le taux de base de la FED (Réserve fédérale des États-Unis) est pratiquement inchangé depuis 2008, il a été fixé à 0,25%. Bien que les avis des experts soient partagés sur les causes exactes de la baisse des cours pétroliers. Il est clair que la production pétrolière des États-Unis a accru l’abondance de l’offre de produits pétroliers.

Le bas taux d’intérêt de la FED a favorisé plusieurs industries dont l’industrie pétrolière qui a pu s’endetter grâce aux bas taux d’intérêt. Actuellement l’Économie des États-Unis s’en porte plutôt mieux.

Cette logique dans l’investissement productif, s’applique aussi maintenant et plus que jamais pour l’industrie pétrolière canadienne qui devrait investir pour réduire ses coûts de production. Qu’on le veuille ou pas, le pétrole Albertain est un pétrole non seulement sale, mais cher qui doit se négocier plus ou moins 25% en-dessous de la cotation pour trouver preneurs.

En Europe la BCE a réduit son taux directeur marginal de 0,4% à 0,3% dès le mois de septembre 2014. Quant au taux appliqué pour les dépôts, il est pratiquement négatif puisqu’il est passé de -0,1% à -0,2%.

Le taux de base de la Banque d’Angleterre, dirigée désormais par Mark Carney, n’a pas connu de changement depuis 2009, fixé à 0,5%.

Le taux directeur de la Banque du Japon est de 0,1%.

Les taux directeurs élevés, servent surtout à essayer de préserver la baisse de la valeur des devises. Ainsi c’est sans surprise si le taux d’intérêt de base de la Banque centrale de Russie est désormais fixé depuis le 16 décembre dernier à 17%. Le bond est vertigineux, pratiquement de 9 à 17%.

Ainsi la question était plutôt de savoir quel serait le moment opportun pour Stephen Poloz, pour aligner ses taux en grande partie sur ceux de ses partenaires qui à divers égards sont nos concurrents. De plus nous n’avons aucun intérêt en ce moment d’avoir un dollar canadien surévalué.

Enfin les taux LIBOR qui sont les taux d’intérêts interbancaires négociés sur le marché financiers de Londres pour toutes les devises. Ces taux en moyenne sont depuis 6 mois à un niveau historiquement bas.

— Une surprise ? Hum pas nécessairement !

***** Addendum : Dans mon texte précédent, j’ai écrit que le : « taux directeur marginal » de la BCE était de 0,3%, l’information n’était pas inexacte, puisque la BCE dispose de plusieurs taux directeurs, ici c’est le taux directeur marginal au niveau des prêts. Quant au taux directeur de base, il est à son niveau historiquement bas de 0,05%.

À noter encore que la BCE communiquait aujourd’hui, qu’elle allait racheter plus de 1000 milliards d’Euros (environ 1400 milliards de dollars canadiens) de dettes combinées jusqu’en septembre 2016.

Il est possible de comprendre aisément qu’une hausse brutale des taux d’intérêts n’est pas à envisager avant désormais quelques années. Puisque les objectifs visés sont évidemment de faciliter l’accès au crédit. De telle sorte que si les États s’endettent moins. Eh bien se seront les entreprises et les consommateurs qui s’endetteront plus pour tous relancer leurs économies respectives.

La notion de relance économique utilisée à toutes les sauces me fait bien rire. En fait cette présumée relance économique ne sert qu’à endetter toujours plus les citoyens qui sont déjà endettés 80 pieds par-dessus la tête. En fait, les gouvernements ne créent que de la misère.

La relance économique par le biais de baisses consécutive des taux directeurs ne fera qu’amplifier la correction qui tarde à venir. C’est sans doute très bon pour l’électorat aux USA et pour plusieurs pays européens mais pour l’économie c’est une autre chose.

Ils tentent de sauver la chèvre (qui est déjà morte) et le chou (qui est en décomposition avancée)!

Vous imaginez les conséquences sur les citoyens et l’économie en générale lorsque les taux augmenteront subitement. Aouch !

Je plein les nouveaux dirigeants d’après élection, un nouveau type de zombies dont la coiffe noire tournera au blanc aussitôt qu’ils ouvriront les livres.

Nous pouvons imaginer les paiements de péréquations qui seront amputés de 30% à 50%. Le gouvernement du Québec a bien fait de couper dans les dépenses car malgré le grand pas qu’il a fait du point de vue déficit, il fera face à une nouvelle baisse de revenu et ce en milliards de dollars.

Nous aurons beau regarder les chiffres et les comparer tant que l’on veut, la réalité des dettes demeure au centre même des problèmes tant du point de vue personnel, commercial, industriel que gouvernemental. Ainsi tant et aussi longtemps que tout ce beau monde ne prendront pas leurs responsabilités au sérieux nous continuront à nous diriger vers une débâcle.

Roger,

Comme ça, les taux d’intérêt DOIVENT monter subitement ??? Expliquez-nous cela… Par quel mécanisme économique ces taux seraient poussés à la hausse ???

Est-ce la FOI dans la grande logique du: ce qui descend, DOIT obligatoirement remonter ???

Ou la grande propagande » FACILE À COMPRENDRE !!! » de la comparaison du budget familiale au budget des États…. si chère à l’idéologie néo-libérale américaine

Finalement le mal hollandais qui pénalisait l’Ontario et le Québec prend une longue pose.

Baisse du taux d’intérêts, hausse des exportations.

Les industriels du Québec et de l’Ontario doivent êtres heureux.

Si c’est le mal hollandais qui pénalisait le Québec et l’Ontario comment expliquez-vous que le déclin du secteur manufacturier ait été encore plus sévère dans d’autres pays (France, E-U, etc…) qui n’en souffraient pas?