Une victoire de la démographie sur l’économie

La croissance économique est encore molle, cinq années après la crise économique. 12 millions d’Américains sont en chômage. Le déficit budgétaire dépassera d’ici la fin décembre le cap légal de 16 394 milliards de dollars. Pourtant, c’est une victoire sans équivoque qu’a remportée hier le président américain Barack Obama. Pourquoi cette réélection et quels sont les défis qu’attendent le président américain ?

Première constatation : la coalition électorale qui avait assuré son élection il y a quatre ans a tenu le coup, malgré une conjoncture difficile. Quand tous les votes seront comptés, le président réélu devrait obtenir près de 51 % des voix contre 48 % pour son adversaire. L’écart de sept points de 2008 aura rétréci de plus de la moitié. En nombre absolu, il devrait être de l’ordre de 4 millions de votes contre 10 millions il y a quatre ans. Mitt Romney a mieux fait que John McCain.

À l’évidence cela n’a pas suffit. J’écrivais plus tôt cette semaine que Mitt Romney aurait une chance de l’emporter seulement si les électeurs blancs constituaient 75 % de l’électorat. Les sondages réalisés hier évaluent cette proportion à 72 %. Les électeurs blancs – surtout les hommes blancs – votent massivement pour le Parti Républicain. À peine 36 % de ces derniers auraient voté pour le président Obama.

Deuxième constatation : le visage démographique a beaucoup changé au cours des dernières années et le Parti républicain n’a pas été capable de rejoindre cet électorat. La proportion des électeurs hispanophones a doublé depuis 20 ans et ces derniers ont constitué 10 % de l’électorat cette année. Ils ont voté pour le président dans une proportion de 71 %.

Cela explique notamment pourquoi un État comme la Californie est devenu hors de portée d’un candidat républicain à la présidence. Bien qu’il ait obtenu 54 % des votes des électeurs blancs, Mitt Romney n’a décroché que 39 % des suffrages parce que les Afro-Américains, les Latinos et les électeurs d’origine asiatique représentent aujourd’hui 44 % des électeurs et votent massivement pour le candidat démocrate.

Troisième constatation : la machine électorale du candidat Obama a réussi à « faire sortir » son vote dans les États-pivots, ceux qui ont fait la différence. À part la Caroline du Nord, tous les États chaudement disputés sont restés dans le giron démocrate. Le président Obama a maintenu sa machine électorale intacte depuis quatre ans dans plusieurs de ces États. Contrairement à la campagne de son adversaire, le président a multiplié les locaux dans les États clés pour assurer sa présence sur le terrain et faire un profilage constant des électeurs des différents districts. Et, à la surprise générale, les jeunes électeurs et ceux de couleur ont voté dans la même proportion qu’en 2008, si ce n’est pas plus.

Quatrième constatation : le Parti républicain devrait choisir avec plus de soin ses candidats à des postes électifs. Deux sièges sénatoriaux facilement gagnables ont été perdus à cause de candidats imbéciles qui ont fait preuve d’un mépris sans nom envers les femmes violées. Faudrait pas s’étonner que la majorité des femmes finissent toujours par voter démocrate.

Cinquième constatation : nos voisins sont très libéraux, au sens américain du terme. Le Vermont est l’État le plus à gauche des États-Unis (67 % Obama) et les démocrates l’emportent toujours dans les États de New York et du Maine. Seul le New Hampshire est véritablement contesté. Dans la ville de New York, le président Obama a remporté une victoire de type soviétique : 91 % des suffrages dans le Bronx, 84 % dans Manhattan, 81 % dans Brooklyn et 79 % dans le Queens.

Sixième constatation : le paysage politique américain est exactement le même que mardi matin. La présidence reste aux mains des démocrates ainsi que le Sénat. La Chambre des représentants, qui a causé tant de soucis au président, demeure majoritairement républicaine. L’héritage politique du président Obama repose sur sa capacité de bâtir des ponts avec l’opposition et de conclure des ententes significatives. Le système politique américain en est un de contre-pouvoirs et le président réélu ne pourra pas en faire l’économie s’il veut accomplir de grandes choses dans ce second mandat.

Septième constatation : le président Obama a du pain sur la planche. L’emploi, la dette et la croissance posent toujours problème et deux immenses dossiers se retrouvent déjà sur son bureau.

Il va falloir conclure une entente avec le Congrès sur le plafond du déficit, fixé légalement à 16 394 milliards de dollars. La crise politique de l’été 2011 a failli se traduire par la principale économie mondiale se retrouvant en défaut de paiement. Les élus américains vont-ils nous épargner d’un tel psycho-drame ?

La plupart des réductions d’impôts adoptées sous George W. Bush et reconduites en 2010 viennent aussi à expiration à la fin décembre. Le président veut les reconduire pour les ménages dont les revenus sont inférieurs à 250 000 dollars et les abolir pour ceux qui gagnent davantage. Il n’en est pas question pour les républicains qui s’opposent à toutes hausses d’impôts.

Avant d’inaugurer son deuxième mandat en janvier prochain, le président Obama devra régler ces deux dossiers inextricables.

Comme la couverture de Bloomberg BusineeWeek le montre, le pouvoir vieillit son homme….

 

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La démographie apportera de belles choses aux États-Unis dans les années à venir. Voici ce que je prévois

Comme dans la plupart des pays industrialisés, les jeunes américains sont de plus en plus ouverts sur le monde et mobiles dans le cadre de leur emploi. Ils ne seront pas des victimes de la délocalisation comme leurs parents, moins éduqués l’ont été.

Hier, j’ai vu un vent de liberté qui a finalement soufflé dans plusieurs états ou l’on a voté en faveur de la légalisation du mariage gai et la consommation et même la vente de marijuana. Je suis convaincu que ce vent de fraicheur et d’ouverture vient des jeunes américains, qu’ils soient démocrates ou républicains. Ils sont prêts à réclamer leur pays et prendre la relève.

Finalement, cela oblige le Parti Républicain à se réinventer. Il devra obligatoirement suivre les américains dans leur soif de liberté. Ils devront retourner aux racines de ce qu’a été le Parti Républicain, c’est-à-dire un parti non-interventionniste et fiscalement responsable et non un parti de Pasteurs extrémistes. Sur ce point, je vois plusieurs candidats intéressants comme Chris Christie ou bien Rand Paul qui ne font pas partie de la vieille garde républicaine et qui pourront relever les États-Unis dans quatre ans.

Il faut prévoir que le prochain problème qui les attend sera de l’inflation incontrôlable causée entre autre par une trop grande injection de monnaie dans l’économie.

Très bonne analyse.

Conclusion le parti républicain doit se renouveler, surtout se montrer plus accueillant pour les minorités (comme le fait très bien S. Harper au Canada). Je crois que c’est possible et ça arrivera. La relève existe déjà au parti Républicain et elle est de qualité, des gens comme Rubio, Ryan, Christie et plusieurs autres.

Et ne pas oublier, Obama a été sauvé par l`exploitation du gas et pétrole de schiste qui paie de très bon salaire et révolutionnent l`industrie Américaine :

http://www.businessinsider.com/obama-fracking-reelection-2012-9

http://www.aei-ideas.org/2012/10/americas-booming-energy-industry-has-emerged-as-the-no-1-job-creating-sector-of-the-u-s-economy/

http://blogues.radio-canada.ca/reveamericain/2012/10/25/odessa-la-ville-qui-fait-boom/

Si Obama aurait écouté les écolos-catastrophes comme ici on fait au Québec, jamais il aurait été réélu.

On pourrait aussi pour venir compléter vos propos, ajouter que c’est le choix de l’intelligence, du bon sens, de la continuité et surtout de la stabilité qui en toute fin l’a emporté. On peut encore souligner la victoire de la vitalité démocratique grâce notamment au vote féminin qui majoritairement sait choisir le pragmatisme et l’engagement positif contre les politiques « va-t’en guerre » qui ont marqué la première décennie du siècle et qui pourraient encore se décliner de la plus funeste des façons dans un bras-de-fer avec l’Iran.

J’ajouterais pour autant, qu’une majorité des américains, peu importe qu’ils aient voté rouge ou bleu, que tous se retrouvent pour aller désormais de l’avant et… autant que faire se peut désormais dans le bon sens. « Move forward » pour Barack Obama, « One step forward » pour Mitt Romney.

J’entrevois, que les américains préfèrent un peu plus le goût de la modération, qu’ils souhaitent voir l’exercice démocratique s’établir, qu’il n’existe plus de majorité qui soit prête à endosser toutes sortes de politiques marquées par une idéologie de droite, revancharde, parfois raciste violente, vicieuse et rétrograde.

Je pense que tout le monde s’accorde sur le fait que les américains souhaitent voir désormais leurs institutions fonctionner. Tous s’unir sur ce qui marche et non plus sur ce qui les divise. N’est-ce pas après tout le vœu que partagent avec générosité toutes les nations démocratiques du globe ?

Mitt Romney peut sortir la tête haute de cette campagne ; il fera certainement un très bon prospect dans quatre ans pour se porter candidat à la présidence de la république. Accéder à un office dans lequel il ne déméritait pas. Encore faudra-t-il qu’on lui choisît un meilleur colistier avec lequel il est patent qu’il ne s’entendait pas. Le peu de charisme de Paul Ryan est tel qu’il n’a pas été même capable de capitaliser le vote dans son État du Wisconsin dont il est pourtant l’enfant du pays.

«Mitt Romney peut sortir la tête haute de cette campagne ; il fera certainement un très bon prospect dans quatre ans pour se porter candidat à la présidence de la république.»

Romney va avoir proche 70 ans. Oubliez ça. Ça va peut-être être Rubio, Christie, Rand Paul, Allen West etc… Des plus jeunes quoi.

Une chose est sûr, les US et autres pays occidentaux surendettés s`en sortiront jamais avec un état qui prend toujours plus sur ses épaules les responsabilités des gens. Seul un retour aux Responsabilités Individuels va mettre les pays en ordre économiquement. La social-démocratie à outrance est un échec.

Le parti républicain devra se débarrasser des extrémistes pour se rapprocher du centre. Au premier débat, Romney a joué un rôle de modéré, ce qui lui a permis de marquer des points. Ce n’est certainement pas en allant plus à droite avec des Rubio, Ryan ou Christie que le parti républicain a la moindre chance de reprendre la maison blanche en 2016.

60% des blancs ont voté pour Romney. 90% des noirs, Hispaniques et autres ethnies pour le Obambi. Élection raciste envers les blancs dirait le pure laine péquiste parizeau.

@ Jackwood #6,

Mitt Romney est né le 12 mars 1947, il est donc âgé de 65ans, dans quatre ans il aura 69 ans. Lorsque Ronald Reagan a été élu président, il avait 69 ans. Il est pratiquement entré en poste à 70 ans, il a pu accomplir néanmoins ses deux mandats et les scores obtenus lors de sa seconde élection sont exceptionnels.

J’ai présenté Mitt Romney comme une candidat potentiel (un prospect) puisqu’il est connu des américains, qu’il fait figure dans le Parti Républicain de modéré, simplement parce qu’un président se doit d’être le président de tous et non pas d’une minorité.

Je ne disconviens pas que d’autres personnes pourraient se distinguer, celles que vous mentionnez ou bien d’autres. Quatre années en politique, c’est assez long et bien des choses peuvent encore se passer d’ici là. Espérons que ce soit le meilleur.

@respectable

« 60% des blancs ont voté pour Romney. »

En fait ça veut dire que les démocrates ont probablement aussi un problème…

@seb

« Le parti républicain devra se débarrasser des extrémistes pour se rapprocher du centre »

Non, le parti n’a pas à remettre en question ses valeurs, surtout en ce qui a trait aux questions économiques et fiscales. Par contre il devra se montrer plus ouvert face à l’immigration et sur la question des millions d’illégaux hispaniques et moins intransigeant sur les questions sociales (un peu à la Harper).

@respectable

Retirez vos paroles svp. C’est NBCnews qui le dit

http://firstread.nbcnews.com/_news/2012/11/07/14993875-first-thoughts-obamas-demographic-edge?lite

Obama’s demographic edge: Yes, the auto bailout mattered in Ohio. Sure, Hurricane Sandy helped the president. And, yes, the economy was the No. 1 issue. But make no mistake: What happened last night was a demographic time bomb that had been ticking and that blew up in GOP faces. As the Obama campaign had assumed more than a year ago, the white portion of the electorate dropped to 72%, and the president won just 39% of that vote. But he carried a whopping 93% of black voters (representing 13% of the electorate), 71% of Latinos (representing 10%), and also 73% of Asians (3%).

Aux États-Unis parler de vote ethnique n’est pas du tout un tabou. Grâce aux exit polls on sait exactement comme les sous-groupes de la population votent. Au Québec, la seule mention de vote ethnique vous vaut un déluge d’insultes.

« Ah le vote ethnique », dirait Jacques Parizeau, « qui empêche le Québec de se séparer du Canada et les Républicains de gouverner »…

Ironiquement, si les évangéliques étaient sortis voter en aussi grand nombre qu’avec McCain, Romney aurait été élu président.

Par exemple en Ohio, Obama a augmenté de 8% son vote évangélique par rapport à 2008.

Romney a aussi fait moins bien que Bush avec les LDS.