Valeant : l’ogre québécois de la pharmacologie mondiale

La nouvelle n’est pas banale : une multinationale québécoise achète pour 8,7 milliards de dollars la société américaine Bausch+Lomb, le spécialiste des soins ophtalmologiques

Ceux qui portent des lentilles cornéennes connaissent bien cette marque omniprésente en pharmacie. Ils ne connaissent pas nécessairement son acquéreur, une société dont le siège social est passé de Orange County, en Californie, à Mississauga, en Ontario, puis à Montréal et à Laval, tout cela au cours des quatre dernières années !

Il n’y a pas que le siège social qui bouge vite: Valeant est le produit de 44 acquisitions réalisées depuis la nomination de Michael Pearson à sa tête en 2008. J’en compte 25 depuis le début de 2011, soit presque une acquisition par mois. Un produit parmi tant d’autres : Cold-FX, un produit utilisé pour combattre le rhume.

mikepearsonL’histoire de Valeant est la preuve vivante de l’impact d’un bon président sur le développement d’une entreprise. Michael Pearson, qui dirigeait la pratique pharmaceutique du consultant McKinsey, a insufflé une souffle irrésistible à cette entreprise dont les revenus devraient atteindre cette année 4,4 milliards de dollars, presque six fois le total de 2008. La capitalisation boursière de l’entreprise approche les 30 milliards de dollars. Prenez la valeur en Bourse de la Banque Nationale, de Metro et de Saputo, et vous dépassez à peine celle de Valeant Pharmaceuticals International.

Le jeu des fusions et acquisitions a amené le siège social à Laval, dans les locaux qui appartenaient à Sanofi Canada, sur le boulevard St-Elzéar. À l’été 2011, Valeant avait acquis Dermik, la division dermatologique de Sanofi pour 425 millions de dollars. Elle y a investi 70 millions pour moderniser les installations et y établir son quartier général. Jacques Dessurault, le président et directeur général de Valeant Canada, compte d’ailleurs faire du site de Laval « la référence mondiale en dermatologie ». La décision du gouvernement du Québec de consentir une aide financière de 6 millions de dollars à Valeant a aussi pesé dans la décision de transférer le siège social de Mississauga à Laval.

Le pôle biotechnologique est un des secteurs phares de l’économie québécoise avec ses 400 entreprises, 25000 travailleurs et plus de 10 000 chercheurs et étudiants. Malgré les mauvaises nouvelles, les entreprises du secteur ont injecté quelque 5 milliards de dollars dans l’économie québécoise depuis six ans. À elle seule, Valeant emploie 458 personnes au Québec.

Cela reste peu comparativement aux 11 200 employés que compte maintenant l’entreprise. Il faudrait aussi atténuer l’impact pour l’économie du Québec du «siège social international», puisque la plupart des décisions stratégiques sont prises au New Jersey, près du domicile de Michael Pearson. Ce dernier n’est pas rassasié et aimerait conclure une autre transaction, cette fois avec un joueur d’une aussi grande taille que son entreprise. «Un mariage d’égaux», dit-il. Qui sait si le siège social «mobile» de Valeant déménagera à nouveau, une fois la prochaine union bénie.

Photo de Michael Pearson, président et chef de la direction de Valeant. (Presse Canadienne)

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Lorsqu’on observe la transaction, un peu dans le détail. On remarque que le groupe Valeant devra débourser 8,7 milliards de dollars pour prendre le contrôle de Bausch & Lomb, qu’il devra verser 4,5 milliards au principal actionnaire le fonds d’investissements Warburg Pincus, ce qui représente un prix plus qu’équitable pour ce que ce groupe vaut vraiment, pour compléter la transaction Valeant devra rembourser la dette de B&L qui présentement s’élève à 4,2 milliards de dollars, soit l’équivalent de la valeur de l’entreprise.

Pour financer cette « délicieuse » opération, Valeant entend émettre pour 1,5 à 2 milliards de nouvelles actions, dont la capitalisation boursière actuelle du groupe dépasse 25 milliards de dollars (environ 30 si on tient compte de la valeur actuelle du titre). Le moment peut paraître opportun pour ce groupe puisque son action caracole depuis plus de 3 ans maintenant au sommet des affaires à succès des compagnies cotées à l’indice TSX dont le titre se transige actuellement aux alentours de 95 Can$, ce qui représente un sommet historique.

La valeur boursière du titre de Valeant s’est appréciée de presque 1000% sur quatre ans (en tenant compte du sommet historique d’aujourd’hui). Reste à savoir si une telle stratégie d’investissement et de croissance par la diversification et la taille sera payante en termes de création de richesse ou bien même intéressante à long terme pour les petits porteurs qui veulent engager maintenant leurs épargnes quand la valeur actuelle du titre relève plus de l’engouement hystérique que d’une analyse fine du réel potentiel de développement du nouveau groupe en devenir ou seulement même de ses bénéfices.

Je n’ai quoiqu’il en soit que peu de doutes quant au fait que la banque d’affaire Goldman Sachs qui est partie prenante dans ce montage, qu’elle devrait quoiqu’il advienne tirer à plus ou moins long terme quelques brillants avantages du jeu. En termes de création de richesses et d’emploi pour le Québec…. On repassera.

Mais réjouissons-nous ! On garde quand même pour le moment, un siège social dans la grande région de Montréal. Avec le maintien de l’OACI, cela donne une semaine absolument exceptionnellement faste !!!