Verizon: le secteur de la téléphonie sans-fil aux abois

Depuis quelques semaines, les rumeurs de la venue au Canada du géant américain de la téléphonie sans fil Verizon se font de plus en plus insistantes. Si elles se confirment, la présence de Verizon modifiera en profondeur une industrie actuellement contrôlée par trois grands noms: Rogers, Telus et Bell. Quelles sont les positions des différents intervenants?

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L’arbitre: Ottawa

Le premier ministre Harper l’a dit, le ministre de l’Industrie, James Moore, l’a répété: Ottawa veut que «toutes les régions du Canada bénéficient d’un marché compétitif fort».

Pour le gouvernement fédéral, il est inconcevable que le Canada soit l’un des endroits en Occident où les coûts de la téléphonie sans fil sont parmi les plus élevés — comme le démontre une étude récente de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Inconcevable aussi que le Canada ait la plus faible pénétration de cette technologie dans les foyers de tous les pays membres de l’OCDE.

C’est pour ces raisons que le gouvernement a multiplié les mesures pour favoriser l’émergence d’une concurrence forte. En permettant aux nouveaux venus d’acheter des blocs de fréquences au rabais, d’utiliser les infrastructures des fournisseurs de services déjà en place, ou encore en facilitant la propriété étrangère.

L’arrivée de nouveaux joueurs comme Wind Mobile ou Mobilicity a fait baisser les prix. Mais ces jeunes sociétés sont aujourd’hui exsangues… et à vendre. Seules survivent les entreprises qui offrent, en plus du sans-fil, des services de télécommunications «traditionnelles», comme Videotron ou SaskTel.

Telus a voulu acquérir Mobilicity, mais Ottawa, craignant une diminution de la concurrence, a bloqué la transaction.

Le trio Rogers, Bell et Telus

Ces trois entreprises, qui se partagent 25 millions de clients, contrôlent 93% du marché de la téléphonie sans fil au Canada. Les Canadiens ont multiplié plaintes et recours collectifs ces dernières années contre ces trois entreprises, qu’ils accusent de profiter de leur situation dominante.

Le trio se tourne aujourd’hui vers l’opinion publique pour convaincre le gouvernement de ne pas accorder de passe-droit à un géant comme Verizon. Pour ce faire, il brandit le spectre des pertes d’emplois et d’investissements.

Lors d’une récente sortie publique, George Cope, grand patron de Bell, affirmait que ça «n’a pas de bon sens» de permettre à Verizon, «une entreprise quatre fois plus importante que toute l’industrie des télécoms au Canada réunie», d’avoir droit aux mesures conçues pour aider les petites sociétés à faire leur entrée sur le marché.

Il faisait référence au processus d’attribution des nouvelles fréquences pour les télécommunications mobiles par le gouvernement fédéral, en janvier prochain. Si Ottawa y applique les nouvelles règles, il permettra à Verizon d’acquérir la moitié des nouvelles fréquences, ne laissant aux trois grands canadiens que deux blocs de fréquence par région. Au Québec, la répartition serait encore plus complexe, puisque Videotron compte prendre part aux enchères.

L’Américain: Verizon

Verizon aurait suspendu ses discussions en vue de l’acquisition de Wind Mobile et Mobilicity, selon le Globe and Mail. Le géant américain voudrait se donner du temps avant de s’engager pour de bon sur le marché canadien. Il aurait plutôt décidé de prioriser le processus d’attribution des nouvelles fréquences, en janvier prochain.

Aux États-Unis, Verizon, c’est 100 millions d’abonnés, un chiffre d’affaires de 115 milliards de dollars et un bénéfice net de 875 millions en 2012. C’est aussi des liquidités de six milliards dans des poches bien profondes…

Le Québécois: Videotron

Les prochaines enchères de fréquences sont, pour Videotron, primordiales pour demeurer concurrentiel technologiquement. C’est ce qui explique la sortie de Pierre Karl Péladeau pour demander à Ottawa de réserver un bloc de fréquences aux joueurs régionaux «sous contrôle canadien».

Et c’est ce qui explique aussi les efforts du groupe québécois pour convaincre Ottawa que, si Verizon peut recevoir de l’aide, les Videotron et SaskTel de ce monde en ont au moins autant besoin. Quitte à rompre avec les trois gros joueurs canadiens et à qualifier leurs récents efforts concertés de «tonitruante campagne de propagande» ou encore de «nouvelle entreprise d’intoxication».




 

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