Victoire amère et douce défaite : pourquoi

Je lisais hier sur les médias sociaux les commentaires de certains des militants les plus passionnés du Parti Québécois. Ils étaient médusés par le résultat des élections. On sentait leur désarroi devant des résultats qui accordent pratiquement le même nombre de votes au Parti Libéral qu’au PQ et ils ne cachaient pas leur incompréhension totale de la dynamique politique qui a permis un tel scénario.

Le PQ, opposition officielle féroce et compétente et alternative naturelle à un gouvernement qu’on disait usé, fatigué et corrompu, terminait la soirée à 9 sièges d’une majorité et avec seulement quatre circonscriptions de plus que le PLQ. Parlons ici de victoire courte et de faces longues.

Comment expliquer le choix des Québécois ? J’y vois deux raisons, outre la division des votes entre trois partis et des rapports de force différents selon les régions du Québec.

Première raison. Sentant la victoire à porté de main, le PQ a demandé pendant les derniers jours de la campagne un mandat majoritaire de la population. Cela a peut-être joué contre lui. Voici mon explication.

Les libéraux traînaient un immense boulet avec une impopularité qui atteignait les 70 % des répondants aux différents sondages. Ça, tous les experts l’on bien vu et se sont empressés de les disqualifier d’emblée. À leurs yeux, une victoire libérale apparaissait plus qu’improbable.

A-t-on par ailleurs sous-estimé l’impact du faible appui à la souveraineté qui n’était que de 28 %, selon le dernier sondage CROP ? Le PQ a mené une campagne franche et directe : un vote pour lui en était un pour la tenue possible d’un référendum. Ça, les Québécois n’en voulaient pas non plus et dans plusieurs circonscriptions un vote libéral restait la meilleure façon de l’empêcher.

Porté par leur grand idéal et convaincu de la noblesse et de l’impérative nécessité de leur projet, les souverainistes ont un immense angle mort sur cette question. Ils ne comprennent tout simplement pas qu’un Québécois francophone puisse être attaché au Canada sans être une sorte de colonisé ou même de demeuré. Combien de fois ai-je vu des fédéralistes traités avec mépris « d’Elvis Gratton » dans les commentaires sur mon blogue et ailleurs.

Les péquistes scandent à toutes les occasions « on veut un pays ». Ils ne comprennent pas qu’une majorité de Québécois encore considèrent qu’ils ont déjà un pays appelé le Canada. Ils aiment ce pays à leur manière et ne sont pas toujours d’accord avec les politiques de ses dirigeants, mais une rupture du lien fédéral seraient pour eux un événement dramatique. Leur tristesse serait aussi grande que la joie des militants souverainistes à la suite d’un référendum victorieux.

Comme les souverainistes, les fédéralistes ont des convictions et des émotions. Face à l’imminence d’une victoire péquiste et au danger d’un mandat majoritaire, des centaines de milliers d’électeurs ont choisi de voter – plusieurs pensaient s’abstenir – et de rentrer au bercail.

L’économie est l’autre grand facteur qui a nuit au PQ. L’économie mondiale suscite d’énormes inquiétudes et celle du Québec fait au mieux du surplace depuis quelques mois. Les cadres financiers des partis n’ont convaincu personne. Dans une période aussi trouble, l’équipe économique du PQ était aussi mince qu’un parchemin.

Il n’y a pas au PQ de 2012 de Jacques Parizeau, de Rodrigue Tremblay, de Rodrigue Biron, de Yves Duhaime, de Yves Bérubé, de Bernard Landry ou de François Legault. Il n’y avait personne susceptible de convaincre la population que la gestion des finances publiques serait entre bonnes mains et le développement économique du Québec bien appuyé.

Il y a au PQ de 2012 de quoi faire une très bonne salle de presse, mais personne de calibre pour diriger le ministère des Finances.

Être à la place de Pauline Marois, je m’octroierait le ministère des Finances pour bien faire comprendre que cette question est centrale à toutes les suites des choses. Je nommerais Élaine Zakaïb, une ancienne du Fonds de la FTQ,  au ministère du Développement économique, de l’Innovation et des Exportations. L’économiste Nicolas Marceau ? Aux Ressources naturelles, où il ferait bien moins de dégâts que les Daniel Breton, Scott McKay ou Martine Ouellet.

Un mot enfin sur cet événement dramatique. L’attentat meurtrier commis hier soir est une tache sombre sur la démocratie québécoise. « Il y a une victime et 8 millions de blessés », ai-je lu sur Twitter. Tout est dit.

 

12 commentaires
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A mes yeux, la victime est un héros car elle a sauvé certainement plusieurs vies! On lui doit au moins des funérailles nationales!

Comment un « fédéraliste » peut-il voter modérément à gauche sans trahir son rejet d’un référendum ou d’une séparation? Le choix n’est pas très large. Si seulement on pouvait avoir un parti québécois nationaliste, mais non séparatiste…

Il faudrait aussi des experts pour conseiller les ministres. Des gens comme vous et moi qui croient en l’état entrepreneur.

– Voici pourquoi selon moi, le choix :

Ce qui caractérise l’échec cuisant de cette élection, c’est la fragmentation de la société québécoise. On pourrait écrire très longuement sur cette question ; ce qui n’est pas le but de l’exercice aujourd’hui.

L’instant fort de cette campagne électorale – ce qui vient étayer mon propos – c’est lorsque le maire de Saguenay : Jean Tremblay, a refusé en ostentation, plusieurs fois devant tous les médias de la province et celles ailleurs au Canada (ce qui fait que cela a été répercuté parmi les médias du monde), qu’il était dans l’impossibilité de prononcer le nom pourtant fort charmant de Djemila Benhabib.

Lorsque cette façon de dire est issue d’une personne qui n’a pas de mandat public et qui n’est pas instruite. On peut comprendre. Quand une personne investit d’un mandat public est incapable de prononcer le nom d’un ou d’une de ses concitoyen(ne)s québécois(e)s. Quand cette personne se dit croyante, on appelle cela en termes religieux commettre un blasphème. Si cette personne se doit par ses fonctions de respecter les chartes de liberté tant fédérales que provinciales. Se doit d’observer un code stricte mais nécessaire d’éthique et de déontologie. Dès qu’une personne ainsi faillit à des obligations qui relèvent à tout le moins de la politesse et de la bienveillance. – Que doit-on penser de la représentativité de la société québécoise ?

Seule une société très riche qui n’a besoin de personne, peut se permettre de telles fautes de goût. J’en déduis donc que nulle société au monde n’est plus riche que la notre et que puisque nous avons tout, on peut voter pour n’importe qui et n’importe comment.

Une société écervelée, dépourvu de respect de toutes conventions sociales élémentaires a peu de chances d’être expressive d’un quelconque changement. J’en conclu que cette élection scelle la volonté de l’immense majorité de faire que tout reste toujours comme avant. Plus ça change, plus ça devient pareil !

Je suis décue mais heureuse…Je suis libérale,je le dis sans honte…Je n’ai pas confiance à Pauline et sa gang…Regardez bien la chicane va éclater entre les têtes fortes…Les EGOS….. sont majoritaires Pauline va devoir patiner.Pour combien de temps???

Pour moi il n’y a qu’une seule explication aux 50 comtés libéraux: la machine.
La Big Red Manchine qui a réussi à sortir son vote. Assez pour arrachez une douzaine de comtés avec moins de 1000 votes.
Comme d’habitude ils ont assi leur vote sur les vieux, les allos et les anglos.
Rien de mystérieux. La bonne vieille recette qui fonctionne toujours

En quoi le maintient du Québec dans le statu quo constitutionnel peut être une bonne chose? Pas indépendant tout en s’étant fait imposé une constitution qu’il n’a jamais accepté, ce n’est pas ce que j’appelle une option légitime…

Il n’y a pas eu de division du vote. Les gens ont le droit de voter pour les idées auxquelles ils croient sans se voir accuser de division du vote.

Le PQ n’a que lui a blâmer. Appels aux fédéralistes, appels aux anglophones et appels aux souverainistes à la fin lorsque les deux premiers appels n’ont pas fonctionné. C’est assez pour perdre toute crédibilité et c’est le résultat que cela donne. La perte totale de crédibilité d’un parti qui a peur d’avoir peur.

Pauline Marois n’a jamais été l’égérie de la souveraineté. Elle devrait faire un bon premier ministre provincial comme Pierre-Marc Johnson aurait certainement fait.

Comme dans plusieurs élections antérieures. Le PQ ne voulait pas parler de souveraineté mais ce sont les autres partis fédéralistes qui en ont parlé et ce assez en mal pour faire disjoncter un esprit malade au Métropolis.

Les premiers responsables de cet acte ce sont Charest et Legault ne cherchaient qu’à faire peur au monde et ils ont réussi.

@ rod (# 7):

Cette explication plutôt courte vous arrange.

Elle vous permet surtout de ne pas faire le constat que 99% des Québécois ont eu la clairvoyance de faire après les élections: Pauline Marois et son Parti québécois ne passent pas dans la population. Point barre.

Son score final est à peine plus reluisant que celui de Jean Charest alors qu’elle aurait dû le laver.

Je crois que les électeurs Libéraux ont eu la finesse et la perspicacité de voir clair dans le petit jeu de Pauline Marois et ont, au final, décidé de faire confiance à l’un des plus grands Premiers Ministres de l’histoire du Québec et je puis vous assurer que si les élections étaient reprises aujourd’hui, les Libéraux passeraient en masse.