Vive les services de garde !

Le taux d’activité des Québécoises a connu une hausse époustouflante en 20 ans. Le facteur déterminant? Le programme universel de services de garde à tarif modique.

Photo : Daphné Caron

En 2016, 85 % des Québécoises de 20 à 44 ans ont occupé un emploi ou s’en sont cherché un. C’est le plus haut taux d’activité féminin observé dans les pays avancés. Les Québécoises ont maintenant rejoint les Suissesses au sommet mondial, loin devant les autres Canadiennes, à 80 %, et les Américaines, à 73 %.

En 1996, le taux d’activité des Québécoises de cette tranche d’âge était de 75 %. Comment expliquer cette hausse époustouflante en 20 ans ? Les travaux menés sur cette question sont unanimes : le programme universel de services de garde à tarif modique lancé par Lucien Bouchard il y a exactement 20 ans cet automne a été un facteur déterminant.

Même après la hausse du tarif selon le revenu introduite par Philippe Couillard en 2015, les frais de garde restent de quatre à cinq fois plus faibles au Québec que dans les autres provinces. En moyenne, en 2016, faire garder son enfant coûtait 10 dollars par jour au Québec. À Ottawa, c’était 47 dollars, à Vancouver 49, à Toronto 54.

Les avantages du système québécois sont majeurs. Dans un monde où deux revenus ne sont pas de trop et où les femmes sont plus scolarisées que jamais, la majorité des parents considèrent que des services de garde accessibles, abordables et de bonne qualité offrent un complément hautement désirable aux soins parentaux. C’est pourquoi le régime québécois a eu un effet positif si important sur l’activité des mères. Il y a 20 ans, 64 % des mères québécoises d’enfants de 5 ans ou moins étaient dans la population active ; aujourd’hui, elles comptent pour 81 %.

Le régime québécois soutient l’autonomie financière des femmes de trois manières. Premièrement, en plus de permettre au revenu total de la famille d’augmenter, il accroît la fraction de ce revenu qui est sous la responsabilité de la femme. Cela améliore l’équilibre du pouvoir dans les décisions du ménage.

Deuxièmement, un bon régime de garde permet plus de continuité et moins d’interruptions dans les carrières féminines. Les femmes peuvent ainsi obtenir des hausses de salaire plus importantes dans leur vie active, et ce, plus rapidement.

Troisièmement, à notre époque, il faut concevoir l’emploi de la mère comme une police d’assurance contre le haut risque de séparation du couple. La probabilité pour une femme de vivre une rupture moins de 10 ans après sa première union dépasse aujourd’hui 50 %. Retourner à un travail stable en accédant à des services de garde abordables à la fin du congé parental constitue une assurance efficace contre le risque financier que représente une séparation future. Des familles pauvres ne font pas des enfants forts. Il y a 20 ans, 100 000 familles monoparentales avaient recours à l’aide sociale au Québec ; aujourd’hui, on en dénombre 35 000. L’accès des mères à un emploi stable qu’a facilité le régime de garde québécois a contribué à cette heureuse évolution.

Enfin, le financement québécois des services de garde est universel. Il est ouvert à tous les enfants, et non pas réservé à ceux qui viennent de familles à revenu modeste ou faible. C’est une bonne chose pour deux raisons.

D’abord, les deux tiers des enfants qui présentent un sérieux retard de développement sont issus de familles de classe moyenne ou de familles riches. (*Voir précision)

Pour que le système de garde à l’enfance puisse s’occuper de l’ensemble des jeunes vulnérables, il est essentiel qu’ils en soient tous participants, quelle que soit leur origine socioéconomique. Seul un système universel peut parvenir à cette fin.

Ensuite, contrairement à un régime qui serait réservé aux enfants défavorisés, un régime universel s’autofinance. Il engendre un surplus budgétaire. Le coût de financement du système universel est plus que compensé par les revenus fiscaux que les nombreuses mères nouvellement attirées dans la population active versent à l’État. Non seulement le système universel ne coûte-t-il rien aux contribuables, mais le surplus budgétaire qu’il dégage peut, si on le désire, être réinvesti dans la qualité des services de garde et la réponse aux besoins spéciaux des enfants défavorisés.

Le ministre fédéral Jean-Yves Duclos vient de décider d’aider financièrement les provinces, y compris le Québec, à développer leurs services de garde. Bien qu’encore modeste, cet investissement est particulièrement bienvenu. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Précision

Dans cette chronique publiée dans l’édition de novembre, j’affirme, sans plus, qu’une des raisons justifiant l’universalité du système (mais pas la seule) est que « les deux tiers des enfants qui présentent un sérieux retard de développement sont issus de familles de classe moyenne ou de familles riches ».

Il ne faut pas interpréter mon affirmation comme voulant dire que plus on a d’argent, moins on s’occupe de nos enfants !

En fait, le calcul est le suivant. Supposons que la population enfantine du Québec soit représentée par 100 enfants répartis en cinq quintiles (Q1 à Q5, avec 20 enfants dans chaque quintile) en ordre de revenu familial croissant. La littérature canadienne de recherche en psychoéducation indique que 40 % des enfants du premier quintile (Q1) sont vulnérables, c’est-à-dire qu’ils présentent un sérieux retard de développement. Cela en fait 8 (40 % des 20 enfants de Q1). Elle trouve aussi que 20 % des enfants des quatre quintiles supérieurs sont vulnérables, ce qui en fait 16 autres (20 % des 80 enfants de Q2+Q3+Q4+Q5).

Au total, il y a donc 24 enfants vulnérables (8 + 16), dont les 2/3 sont dans les classes moyenne (Q2+Q3+Q4) et riche (Q5) (16 sur 24). Un enfant a deux fois moins de chances d’être vulnérable s’il est dans l’un des quintiles Q2 à Q5 que s’il est dans le quintile Q1 (20% vulnérables contre 40%), mais les enfants des quatre quintiles supérieurs sont quatre fois plus nombreux que ceux du quintile inférieur (80 contre 20). D’où le résultat.

Les références scientifiques pertinentes se trouvent ici et ici. J’aurais dû mieux expliquer mon affirmation, qui a suscité l’étonnement de plusieurs lecteurs. Je sollicite humblement votre pardon.

Pierre Fortin

Dans la même catégorie
36 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Les Québécois se font avoir par Ottawa puisqu’ils ne peuvent déduire que le 10 dollars qu’ils paient alors que dans le ROC on « bille » jusqu’à 54$ par jour.
Résultat: les Québécois se font voler 300 millions par année (montant qu’ils retireraient d’Ottawa s’ils payaient 54$ par jour)

Il faudrait que tous les contribables québecois puissent déduire leur 10$ et même plus car ce sont eux qui payent le plus et non les familles avec enfants!!

@beauly02
En fait, il faudrait qu’Ottawa compense Québec à la hauteur de 300 millions. Ce programme a une vingtaine d’années. C’est donc 6 milliards qu’on s’est fait voler. Ca m’étonne qu’aucun parti politique n’est mis ça à son programme

Ah…les programmes québécois qui « s’autofinancent » et qui nous procurent des tonnes de « retombées économiques », le Québec en a plein. Tellement que nous sommes la province la plus…pauvre du Canada.

Me semble que si les bienfaits de la politique en question étaient si criants et flagrants, plusieurs autres endroits dans le monde se seraient fait un devoir de nous imiter rapidement non? Or, personne jusqu’à aujourd’hui ne l’a fait. PERSONNE!

Serions-nous les seuls au monde à pouvoir clairement discerner cet Eldorado? Le reste du monde civilisé serait aveugle?

@ Jack2, les propriétaires de logements au Québec n’ investissent plus dans leurs logements car la Régie du logement les empêchent d’ augmenter les loyers à des prix raisonnables pour amortir leurs investissements ! Et les revenus au Québec sont les plus bas au Canada ! Nous sommes les champions de la médiocrité ; beau ,bon , pas cher!!

@ jack2:

Vous êtes-vous déjà posé la question à savoir pourquoi le prix des maisons et des loyers étaient moins cher à Montréal qu’à Toronto ou Vancouver par exemple? Simple: parce que c’est là-bas que les gens veulent vivre.

P.S.: les loyers sont encore moins chers en Bulgarie, en Hongrie et dans plusieurs pays d’Afrique qu’à Montréal… Ça vous tente?

TOUTES les statistiques le confirment et c’est même paru dans le journal séparatiste de Montréal:

http://www.journaldemontreal.com/2016/01/20/les-plus-pauvres

Extrait:

« L’importance de l’écart mérite aussi qu’on s’y attarde. Plus de 4200 $. C’est le montant en moyenne de revenu disponible que nous avons de moins dans nos poches, par habitant! Faites le calcul: cela signifie que le couple québécois moyen dispose de près de 10 000 $ de moins pour faire face à ses obligations et se payer de petites gâteries. Les garderies auront beau coûter moins cher ici, on parle d’un écart énorme dans le même pays.
Je reste estomaqué par une question existentielle: comment le discours dominant au Québec peut-il continuer d’être en faveur de la sauvegarde du supposé «modèle québécois»? »

Voilà…tout est dit!

@ beauly2:

Vous avez parfaitement raison: la Régie du logement est l’une des pires calamités qui aient pu frapper le pauvre Québec.

Quelqu’un a déjà dit ces sages paroles: Le contrôle des loyers est la meilleure façon de détruire une ville mis à part un bombardement!!!

Comptez ça comme vous voulez, mais si notre garderie coute 10$ par jour vs. 50$ par jour en moyenne dans les autres provinces, ca revient à 10 000$ de plus par année. On rattrape largement le retard de revenu de 4000$

@ Olivier Larocque:

FAUX! Le COÛT réel est de plus de $50.00 par jour. La différence entre ce que vous payez et ce que ça coûte réellement est payée par VOS impôts qui sont, au Québec, les plus lourdes et les plus exorbitantes du Canada et même d’Amérique du Nord.

Drôle de voir que ce sont seulement des hommes qui critique le système des services de garde. 🙂

M. François, lorsque vous répétez (nous sommes la province la plus…pauvre du Canada) ce que les plusieurs affirment, vous ne faites qu’agir comme caisse de résonnance à une affirmation basée sur une définition de la richesse des années 50.
Vous utilisez le même vieil argument de nos médecins qui comparent leurs salaires avec ceux de l’Ontario.
Payez-vous une petite balade dans les provinces dites riches et échangez avec leurs citoyens, vous réalisez rapidement que nous avons oublié ce que nos grands parents savaient très bien : la richesse « financière » se bâtit grâce à une différence entre nos revenus et ce qu’il nous en coute pour vivre. Non pas seulement en mesurant nos revenus.
Le Québec est un des endroits qui offre la meilleure qualité de vie en Amérique mais plusieurs ne le réalisent pas ou ne veulent pas que ce regard soit l’indicateur à tenir en compte.
M. Fortin nous fait voir la réalité avec une analyse différente. Bien sur, cette analyse ne peut être réalisée ailleurs car la décision du Québec fut prise il y a 20 ans, bien avant que les autres provinces nous imitent avec une certaine retenue.

Dites-moi pourquoi il y a plus de Québecois qui s’ en vont dans les autres provinces que des citoyens d’ autres provinces viennent s’ établir chez nous ?????? Nous avons un système ( modèle ) progressiste qui nous coûte les fesses et qui enrichit les syndiqués de la fonction publique et para publique ! Si tous les travailleurs et je dis TOUS les travailleurs québecois auraient les mêmes conditions que nos syndiqués de la fonction publique ; on ferait banqueroute demain matin !!!

Qualité de vivre au Québec , j’accepte ça , parfaitement………………………………………………On peut avoir 1,000,000.00$ dans ses poches et être pauvre………………….Et aussi on peut être nu comme un vers et Être…………….millionnaire , immensément riche.

@ André Pelchat:

Grand bien vous fasse. Pour ma part, j’aime mieux être riche et en santé qu’être pauvre et malade…

« Dans un monde où deux revenus ne sont pas de trop… » Pas de trop? essentielle vous voulez dire! Aujourd’hui, ce n’est pas par choix que les deux parents travaille, c’est une obligation! Ce qui rend le service de garderie essentielle. Ne vous y tromper pas: c’est a cause que les deux parents travail qu’on a besoin des garderie et non pas parce qu’il y a les garderie que les deux parents peuvent allez travailler.

Quand, un des parents est une femme qui choisit le plus souvent de prendre soin des enfants et de rester à la maison, c’est l’inverse qui est vrai. C’est à cause de l’existence des garderies qu’elles décident de se lancer sur le marché du travail.

Ce n’est pas parce que vous avez des besoins qu’ils sont nécessairement satisfaits.

Selon moi, l’augmentation du pourcentage des mères au travail dans les 20 dernières années n’est pas dû au fait qu’il y a des garderies à prix modique, car ce n’est pas toute les familles qui ont accès à ces garderies, mais bien au fait que le taux de divorce a monté en flèche et qu’avec les diminutions des prestations d’aide sociale, les femmes monoparentales n’ont pas le choix d’aller travailler pour subvenir aux besoins de leurs enfants. Plus de 80% des familles monoparentales sont gérées par des femmes…

@ Véronic Pilon,

Votre analyse est pertinente et je trouve dommage qu’il n’y ait pas plus de femmes qui comme vous s’expriment sur le sujet. Merci pour votre rétroaction.

Les divorces – ce qui exclue les unions de fait – touchent autant les personnes âgées, les couples sans enfant ou les couples dont les enfants sont devenus adultes. Se baser sur un « taux de divorce », n’est pas un indicateur fiable pour faire une analyse pertinente.

L’aide aux « femmes monoparentales » n’a jamais diminué.

@ Marc Sauvageau,

Je pense que vous n’avez pas très bien compris le sens des propos de madame Pilon.

Voyons voir si j’ai mal saisi les propos de Véronic Pilon. Cette dame s’imagine que la présence accrue des femmes sur le marché du travail est due à la montée des divorces. Ces mères, devenues monoparentales et chefs de famille, seraient dans l’obligation de travailler pour subvenir aux besoins de la famille. C’est cette obligation de travailler qui « boosterait » les statistiques des femmes sur le marché du travail.

Bien que je conteste son affirmation, elle aurait beaucoup de difficulté à répondre à ce questionnement : comment font les mères monoparentales dans leur obligation d’aller travailler, lorsque les garderies, comme elle le prétend, sont inaccessibles ? Pense-t-elle qu’elles abandonneraient leurs enfants sur la rue pour aller travailler ? Si les familles n’ont pas tous accès aux garderies – je le concède – il n’est pas plus facile de trouver des parents, des amis, ou une personne ressource pour garder les enfants pendant les absences, les jours de travail.

@ Marc Sauvageau,

Posez donc vos questions directement à madame Pilon. Je pense ce que je veux et je pense que vous n’avez pas bien compris le sens de ses propos. Comme d’ailleurs vous ne comprenez à peu près jamais le sens de mes propres propos.

Vous ne savez manifestement pas ce que c’est d’avoir faim, de devoir partir au travail à des heures indues du matin, d’exercer un métier qu’on n’a pas vraiment désiré et de devoir prendre soin de ses enfants (quand on en a) malgré tout. Bref, vous n’avez jamais expérimenté la pauvreté.

Est-ce que ces femmes vont sur le marché du travail par choix ? Est-ce qu’elles envoient leurs enfants dans une garderie parce qu’elles en ont envie ?

Vous vous exprimez comme font tous les nantis… soi-disant de gauche pour vous donner bonne conscience. Mais franchement réactionnaire quand il s’agit de donner à toutes et tous une chance égale de réussir dans la vie.

@ Serge Drouginsky
Pour ceux et celles qui savent lire, mes questions s’adressaient bien à Véronic Pilon. Mon intervention ici, ne s’adressait pas à vous, même, si indirectement, j’ai réagi à vos remarques. Je vous l’ai déjà écrit, je suis immunisé à votre morale de curé, vos remarques désobligeantes ne m’émeuvent pas.

Pour ajouter à l’absurdité du commentaire de madame, dans toutes les facultés de droit, on dira qu’il faut être marié pour pouvoir divorcer. Inutile de faire la démonstration que depuis un bon bout de temps, les Québécois ne sont pas les champions dans ce domaine. À ces couples mariés et divorcés, il faut soustraire les couples qui n’ont pas d’enfants ou qui n’ont pas d’enfants en bas âges et les couples qui sont déjà sur le marché du travail. Bref, cette dame se croit dans une autre époque où dominait la « reine du foyer » et c’est en se basant là-dessus qu’elle voit « l’augmentation du pourcentage des mères au travail dans les 20 dernières années ».

@ Serge Drouginsky:

« Je pense que vous n’avez pas très bien compris le sens des propos de madame Pilon. » (sic)

Surpris??? Pas moi.

On est -tu fin , brillant au Québec!!! 10$/jour eh!Oui seulement 10$/jour mais le coût réel et total ; on s’ en fou ! Mettez cela sur la carte de crédit et les con tribuables aux poches profondes et sans fond vous s, occuper de cela!!

Monsieur Fortin, vous devriez publier un livre de toutes vos chroniques d’affaires et d’économie, bien sûr, le lire avant de le mettre en librairie. Je crois que vous savez très bien que l’on peut faire dire ce que l’on veut démontrer par la manipulation des chiffres. Vos êtes vraiment de circonstances avec cette chronique depuis la menace de grève des CPE, cela n’aurait pas pu mieux tomber!

C’ est sûr , sûr , sûr que les employés des CPE veulent des conditions de travail semblables aux fonctionnaires et souvent ce sont eux-mêmes des mères avec enfants et monoparentales en partie ! Rien de trop beau pour la classe ouvrière !!! Un crédit d’ impôt pour gardiennage aux parents aurait suffit et on aurait pas ce gros éléphant dans la piéce !!

Je fais partie de la génération précédente où, lorsque nous avions un enfant, soit la mère demeurait à la maison et on ajustait le budget en consequence, ou soit on trouvait une gardienne dans le voisinage (on ne les appelait pas encore des « éducatrices » i.e.: gardiennes glorifiées…) à prix raisonnable et on vaquait à nos occupations. Les sommes allouées étaient déductibles d’impôt et si je me souviens bien, le gouvernement du Québec et les grosses centrales syndicales n’avaient pas encore mis leurs grosses pattes sales dans ce dossier et nous pouvions conserver les allocations familiales pour nous.

Et devinez quoi? Eh oui…nos enfants ont « survécu » à cette « détresse parentale » sans l’aide de l’État et pour moins cher qu’aujourd’hui tout compte fait.

Et il n’y avait JAMAIS de grève ou de menaces de quelque forme que ce soit de la part des « éducatrices »…

Remarques sur les données du revenu tirées du Recensement 2016 et publiées le septembre par Statistique Canada

Pour fixer les idées, voici trois tableaux comparant le Québec et l’Ontario :

Tableau 1. Répartition de la population dans les ménages, selon le genre de ménage, au Québec et en Ontario en 2016
Québec Ontario
Famille biparentale
sans enfants 261 243
Famille biparentale
avec enfants 243 287
Famille
monoparentale 92 94
Autres personnes
dans une famille 35 78
Personnes seules 369 298
Total 1 000 1 000
Source : Statistique Canada, Recensement 2016.

Tableau 2. Revenu total médian des ménages, selon le genre de ménage, au Québec et en Ontario en 2015, avec et sans ajustement pour la différence de coût de la vie (CDV) entre les deux provinces
Québec
($) Ontario
($) Ontario
($CDV) Écart en pourcentage :
QC ($) moins ON ($CDV)
Famille biparentale
sans enfants 70 280 82 047 72 079 -2,5 %
Famille biparentale
avec enfants 104 889 114 368 100 473 +4,4 %
Famille
monoparentale 52 376 53 024 46 582 +12,4 %
Autres personnes
dans une famille 94 853 111 624 98 062 -3,3 %
Personnes seules 33 546 39 525 34723 -3,4 %
Note : Le coût de la vie du Québec est estimé à 87,85 % de celui de l’Ontario en 2015 à partir des résultats de l’enquête mensuelle sur les prix à la consommation d’octobre 2015 de Statistique Canada (tableau CANSIM 326-0015). L’acronyme $CDV signifie « ajusté pour le coût de la vie ». Par exemple, dans le cas d’une famille biparentale sans enfants, on obtient que le pouvoir d’achat d’un revenu total de 82 047 $ en Ontario équivalait en 2015 à ce que pouvait acheter un revenu de 72 079 $ au Québec, puisque 82 047 x 0,8785 = 72 079.
Sources : Statistique Canada, Recensement 2016 et Prix à la consommation, octobre 2015 ; estimation PF.

En résumé :

Les données globales publiées par Statistique Canada sur le revenu médian de 2015 (59 822 $ au Québec, 74 287 $ en Ontario, 70 336 $ au Canada dans l’ensemble) omettent de tenir compte de trois choses :

1) Il y a beaucoup plus de ménages formés d’une seule personne (donc avec un seul revenu) au Québec qu’ailleurs, de sorte qu’on y frappe la médiane à un revenu beaucoup plus bas. C’est purement mathématique.
2) Les données publiées ne tiennent pas compte que le coût de la vie est beaucoup plus faible au Québec qu’ailleurs, alors qu’on sait pertinemment que ce qui coûte 100 $ au Québec coûte 114 $ en Ontario.
3) On mélange sans distinction les ménages de toutes les catégories en les mettant bout à bout (ménages d’une seule personne, couples avec et sans enfants, familles monoparentales).

Qu’est-ce qu’on obtient lorsqu’on corrige ces trois défaillances de la diffusion ? En comparant le Québec à l’Ontario dans le détail, on trouve qu’en pouvoir d’achat réel, 1) le revenu médian des couples sans enfants et des personnes seules du Québec est inférieur de 3 % à celui de l’Ontario, 2) le revenu médian des couples avec enfants du Québec est supérieur de 4 % à celui de l’Ontario, et 3) le revenu médian des familles monoparentales du Québec est supérieur de 12 % à celui de l’Ontario.

C’est déjà difficile d’établir chez nous l’équilibre entre les extrêmes du misérabilisme et du jovialisme. La difficulté augmente quand les données publiées elles-mêmes portent à faux. Je suis membre du Conseil national de la statistique et nous avons eu une réunion le 28 septembre dernier à Statistique Canada. Lors de cette rencontre, les collègues de S Torontotatcan ont convenu de la validité des tableaux et critiques que je viens de faire ci-dessus.

Remarques sur l’écart entre les prix du logement à Montréal et à Toronto

Quant à la question des écarts de prix du logement entre Montréal et Toronto, elle a une explication économique bien traditionnelle. L’ancien ministre du gouvernement Mulroney, Robert De Cotret, qui fut antérieurement directeur de la prévision du Conference Board (et, pour mon bonheur, un bon ami), m’a clairement expliqué la situation. À Toronto, le marché du logement est monopolisé par un petit nombre de grands propriétaires, alors qu’à Montréal il est couvert de façon concurrentielle par un grand nombre de petits propriétaires. Les prix sont toujours plus élevés sur un marché monopolistique que sur un marché concurrentiel. Quand il dirigeait la prévision au Board, Bob m’a dit : « Pierre, si je veux prévoir ce qui va se passer dans l’immobilier à Toronto au cours des 6 prochains mois, je n’ai qu’à faire 4 ou 5 appels et je sais tout. Par contre, à Montréal, impossible, il y a trop de joueurs. »

Autre élément de monopole versus concurrence : il m’a indiqué qu’à Toronto, le zonage restreint fortement la disponibilité de terrains pour le développement immobilier (grâce au lobby efficace des grands propriétaires), alors qu’à Montréal le zonage est grand ouvert. Ça se traduit par une pression supplémentaire sur les prix de l’immobilier, à la hausse à Toronto et à la baisse à Montréal.

En ajoutant à cela que les prix sont partout plus bas au Québec qu’en Ontario, et pas seulement dans l’immobilier (ce qui fait que l’écart de revenu Québec-Ontario publié par Statcan surestime considérablement l’écart de pouvoirs d’achat entre les deux provinces, comme je l’ai montré ci-dessus), vous avez l’explication complète.

Évidemment, dans la conjoncture actuelle, le marché torontois est, en plus, pris dans un engrenage spéculatif conjoncturel, dont on lui souhaite de se sortir au plus tôt.

Monsieur Guay. On ne peut faire dire aux chiffres ce qu’on veut que si on est incompétent ou malhonnête. PF

Mère de 4 enfants, j’ai été travailleuse et mère au foyer. Ce que le système Québécois a de plus positif, c’est la liberté qu’il donne aux femmes de faire ce choix. Ensuite, ce sont les enfants qui profitent de bons soins, de stabilité et d’enseignements spécialisés. Je ne sais pas quoi rėpondre aux gens qui trouvent ça cher. Rendre accessible à tout le monde ces services profitent à tous, mais surtout aux plus vulnérables. Pour moi, ça n’a pas de prix.

Dans votre article, il est écrit que les deux tiers des enfants qui présentent un sérieux retard de développement proviennent de familles de classe moyenne ou riches. J’aimerais connaitre les raisons de ce constat. Connaissez-vous des lectures qui pourraient me renseigner sur ce sujet?

Oui, Fannie. Voyez la « Précision » que je viens d’ajouter à la fin de l’article pour répondre aux lectrices attentives comme vous que mon affirmation a surprises ! Vous comprendrez qu’un texte de 740 mots ne peut pas toujours présenter le détail de l’argumentation. Merci. PF