YourBarFactory : reine du Rice Krispies

L’entreprise montréalaise YourBarFactory se targue d’être la spécialiste mondiale du carré à la guimauve croustillant. Kellogg’s n’a qu’à bien se tenir.

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Photo : YourBarFactory

Vous voulez contribuer à faire rouler l’économie québécoise ? Facile : croquez dans une friandise à la guimauve et au riz soufflé !

La spécialiste mondiale du carré de Rice Krispies est une entreprise montréalaise — si on exclut Kellogg’s, bien sûr, qui commercialise les céréales du même nom. Fouinez dans les rayons d’un magasin Walmart ou Loblaws n’importe où au Canada. Parcourez les allées des épiceries du Japon, du Pérou, du Mexique, du Chili, d’Israël, de l’Australie. Les carrés de Rice Krispies vendus sous la marque maison des détaillants, aux quatre coins de la planète, sont presque tous fabriqués à l’usine de YourBarFactory, à Montréal.

Quand le président, Martin Joyal, quadragénaire formé en finance à l’Université de Sherbrooke, a fait l’acquisition de l’entreprise, alors près de la faillite, en 2001, la production s’élevait à un peu plus de 1 000 carrés par jour. Aujourd’hui, ce sont 250 000 carrés qui sortent de l’usine quotidiennement : quantité qui pourrait doubler lorsque ses équipements, modernisés récemment, fonctionneront au maximum de leur capacité.

YourBarFactory a fait de cette recette simplissime une friandise adaptable aux besoins de toutes les clientèles. « Nos carrés sont devenus sans noix ni arachides, sans gras trans, et maintenant sans gluten, dit l’homme d’affaires. On peut produire des carrés bios. Un client australien les prend sans OGM. D’autres les veulent sans BHT, un agent de conservation. On en fait aussi sans gélatine afin d’être casher et halal. » L’entreprise produit même des carrés sans sucre, pour les diabétiques : des polyalcools imitent la texture collante de la guimauve, tandis que la vanille crée l’illusion du sucré.

Kellogg’s n’a qu’à bien se tenir : Martin Joyal a l’intention de gagner du terrain. Le géant américain des céréales a annoncé, en décembre dernier, la fermeture de son usine de London, en Ontario, où YourBarFactory s’approvisionnait en riz. L’entreprise montréalaise a donc dû se tourner vers un autre fournisseur — un casse-tête qui pourrait bien se transformer en tremplin. Car maintenant que son lien d’affaires avec Kellogg’s est rompu, plus rien n’empêche YourBarFactory de lui faire ouvertement concurrence. « Tant qu’on leur achetait nos céréales, on ne pouvait pas vraiment les attaquer. Maintenant qu’on ne se procure plus le riz chez eux, on n’est plus amis avec eux. Ça nous a causé des problèmes, mais en même temps, ça va créer des possibilités. »

L’entrepreneur est bien conscient que son produit-vedette a une date d’expiration et qu’il devra mettre les bouchées doubles pour contrer ce déclin. Changements d’habitudes alimentaires obligent. « C’est un produit qui est voué à disparaître, parce qu’il contient trop de sucre. Je ne suis pas sûr qu’il existera encore d’ici cinq à huit ans. Nous, on croît parce qu’on consolide le marché, on gagne de nouveaux clients, on s’élargit, on fait des pirouettes, mais n’empêche que la demande recule de 10 % à 15 % par année. » L’entreprise mise donc sur un nouveau créneau : les barres de céréales à haute teneur en protéines pour sportifs, certifiées sans noix ni arachides.

Or, obtenir ce genre de certification — que ce soit « sans arachides », « sans gluten » ou « SQF », une norme internationale de qualité — n’est pas une mince affaire. Chaque pays a aussi ses propres exigences en la matière. YourBarFactory reçoit régulièrement la visite d’inspecteurs qui s’assurent que ses installations répondent aux normes. « On est en audit tout le temps, dit Martin Joyal. On met plus d’argent dans les certifications que dans le marketing. » Entre autres procédures, tous les employés doivent s’engager par écrit à ne jamais apporter de produits contenant des noix ou des arachides à l’usine, sous peine d’être congédiés. « On vérifie leurs lunchs de façon aléatoire, on inspecte leur casier tous les trois mois. On a déjà congédié deux personnes parce qu’il y avait des noix dans leur repas. On ne peut pas tolérer ça, sinon on peut dire adieu à notre entreprise ! Il y a des gens qui peuvent mourir s’ils en consomment. »