Monde

Les 5 000 âmes de Bognar

À 40 ans, il est l’homme-orchestre des bonnes oeuvres d’Angelina Jolie et Brad Pitt.


 

Il s’est déjà retrouvé nounou des animaux domestiques de Saddam Hussein: deux lions et une lionne affamés, découverts par les soldats américains dans l’un des palais du dictateur déchu. Le Montréalais Stephan Bognar bravait déjà les dangers de l’Irak en guerre pour sauver, au nom de WildAid, les animaux du jardin zoologique de Bagdad. Alors quelques félins de plus ou de moins…

Depuis, il a quitté WildAid, ONG américaine vouée à la protection des animaux et de leur habitat partout sur la planète, pour venir en aide à d’autres « monstres sacrés », Angelina Jolie et Brad Pitt. Ce Québécois de 40 ans est directeur général de Maddox Jolie Pitt Project (MJP), l’ONG qui chapeaute les programmes humanitaires des deux acteurs.

Stephan Bognar gère le développement d’une communauté de 5 000 âmes réparties dans six villages de Samlaut, dans le nord-ouest du Cambodge. Il est chargé d’y construire des écoles, des centres médicaux, des routes pour relier les villages entre eux. Une initiative à laquelle MJP aura contribué, à terme, pour près de trois millions de dollars.

Au Cambodge, Stephan Bognar est en terrain familier. Il y travaillait déjà depuis 2002, pour WildAid. Il s’occupait, dans le Sud, d’enseigner aux villageois des façons de cultiver leurs terres sans détruire les richesses naturelles. Au même moment, Angelina Jolie, à 300 km au nord, se donnait comme mission de sauvegarder un grand parc naturel. L’actrice a sollicité le concours de WildAid, qui lui a envoyé Stephan Bognar.

C’est ainsi que le Québécois s’est retrouvé dans la région de Samlaut, en 2003. Les deux ONG ont travaillé en collaboration à l’oeuvre financée par Angelina Jolie. Stephan Bognar a d’abord consacré ses efforts à la mise en place d’un système pour protéger la faune et la flore du parc, situé tout près de la frontière thaïlandaise. Un terrain de 60 000 hectares infesté de mines, laissées en héritage par le régime des Khmers rouges. Une fois ce système installé, MJP a pris la relève sur le terrain. C’est à ce moment que Stephan Bognar a décidé de rallier officiellement ses rangs.

« Il fait un travail remarquable sur place », dit Angelina Jolie, jointe par courriel. « Il est l’élément clé de nos activités au Cambodge. Il sait comment réunir les forces de tous les gens avec qui nous devons travailler aux niveaux local, national et international. »

Plus jeune, Stephan Bognar voulait devenir diplomate. « J’étais passionné par les voyages, l’histoire et la politique, dit-il. Ça vient de mon père. » Frank Bognar, immigré hongrois, a débarqué au Québec il y a 50 ans. « Il pouvait passer des soupers entiers à nous parler d’histoire, à nous raconter ses aventures », dit le fils. Frank Bognar et son épouse, Carolyn Malt, habitent toujours la petite maison du quartier Sainte-Dorothée, à Laval, où Stephan a passé son enfance.

Depuis son départ du nid familial, à 22 ans, Stephan Bognar a sillonné la planète dans tous les sens. Un bac en sciences politiques de l’Université McGill en poche, il s’est envolé pour la Hongrie, afin d’étudier la langue de son père et de vivre le quotidien derrière le rideau de fer.

De retour en 1990, il s’inscrit à l’Université d’Ottawa en tant qu’étudiant libre, pour parfaire ses connaissances sur la Russie et l’Europe de l’Est. Puis, c’est l’Université de Vienne, où il obtient une maîtrise en relations internationales, en 1993. Il profitera d’un stage à l’ONU pour apprendre l’allemand et perfectionner son russe, langue dont il avait acquis les rudiments à Montréal.

Les sept années suivantes, il travaillera pour Gauntlett Group, bureau américain de consultants en gestion environnementale auprès de gros clients, tels que Nike. En 2001, il démissionne et part en Australie, où il retourne à l’université. Il a enfin trouvé sa voie: le développement durable. Il n’a pas le temps de terminer son certificat que WildAid lui propose un emploi, en 2002.

L’homme ne cache pas son respect pour Angelina Jolie et Brad Pitt ainsi que pour leur engagement. Rien de comparable, selon lui, à toutes ces stars qui jouent la fibre humanitaire dans les soirées de bienfaisance. « Angelina vient travailler avec nous sur le terrain, dit-il. J’ai déjà lu dans des journaux à potins qu’elle se payait le grand luxe à Samlaut, alors qu’elle couche dans une cabane, sur un lit de camp! »

Frank et Carolyn Bognar suivent les aventures de leur fils et… en sont un peu étonnés. « Jeune, il avait horreur de se salir les mains! » révèle sa mère. Sa vie à la Indiana Jones s’est chargée de corriger ce petit travers.