Monde

Le sort d’un amputé de guerre

Un an après son retour d’Afghanistan, Simon Mailloux, amputé de guerre, a troqué les périls du champ de bataille contre le grand luxe de Rideau Hall.

Simon Mailloux allonge la jambe gauche. Et relève doucement le bas de son pantalon. Son visage se fend d’un sourire. Wow, quelle prothèse ! Une allure de formule 1 ! Un tube de métal gris acier, entouré d’un mollet de plastique translucide, part du bas de la cuisse et plonge dans une bottine de cuir noir cirée à la perfection. « C’est ma jambe Rideau Hall », dit-il en riant.

Ce militaire de 25 ans rêvait d’être redéployé à Kandahar. Il s’est plutôt enraciné à Ottawa. Depuis août 2008, le lieutenant originaire de Québec est l’un des cinq militaires canadiens à partager le poste d’aide de camp de la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean. Simon Mailloux est le premier amputé de guerre à occuper ce poste. Il planifie à la minute près chacun des déplacements de la gouverneure générale et l’accompagne. « C’est un emploi qui me convient en ce moment, dit-il. J’y suis parfaitement heureux… et ma blonde est contente d’être à Ottawa. »

À quelques semaines, toutefois, du départ de 1 640 militaires de Valcartier pour l’Afghanistan, le jeune officier ne s’en cache pas : il regardera s’envoler ses collègues avec un pincement au cœur.

Depuis le début de la guerre en Afghanistan, en 2002, 108 militaires canadiens y ont perdu la vie, 969 sont revenus blessés. Dont le lieutenant Mailloux. Le 16 novembre 2007, non loin de Kandahar, le véhicule blindé dans lequel il prenait place a roulé sur une mine. Deux de ses compagnons d’armes ont péri, l’interprète afghan qui les accompagnait aussi. Mailloux, lui, s’en est tiré avec une cicatrice sur la joue et une jambe en moins.

D’aucuns auraient mis un terme à leur carrière. Pas Mailloux, qui a toujours le goût du combat. Et il compte bien repartir pour l’Afghanistan en 2011, afin de terminer la mission canadienne. « Y a-t-il de la place pour un militaire à qui il manque un morceau ? Je crois que oui », dit-il. Il a beau être très loin du champ de bataille et avoir troqué son treillis contre des habits d’apparat, il affiche la même détermination que lors de notre première rencontre, un mois après son amputation.

L’an dernier, c’est un militaire au teint pâle et au regard éteint qui m’accueillait à Valcartier. Le moignon enveloppé d’un épais bandage, la démarche ralentie par des béquilles qu’il manipulait avec peine, il attendait impatiemment sa prothèse. Aujourd’hui, bien malin celui qui pourrait dire que Simon Mailloux — qui se déplace sans canne — n’a pas ses deux jambes. À part une légère claudication lorsqu’il descend un escalier, son pas est tout à fait normal.

Un an après que L’actualité a parlé de lui dans un reportage sur le traitement des blessés de guerre canadiens à l’hôpital de Landstuhl, en Allemagne — et le tourbillon médiatique qui a suivi —, le lieutenant a meilleure mine. Les 10 kilos qu’il a pris depuis son retour d’Afghanistan n’y sont pas étrangers.

Le jogging, les haltères, la physio, tout cela ne vise qu’un objectif : le préparer pour sa prochaine mission. « Il est probable qu’on me confiera des tâches administratives à Kandahar, concède-t-il, mais je dois quand même être capable de remplir les fonctions qu’on attend de tous les soldats. »

D’ici là, il a des projets plus modestes. « Je rêve encore de refaire du parachutisme », confie-t-il, confortablement installé dans un des riches salons de Rideau Hall, résidence officielle de la gouverneure générale du Canada. « Mais il faudra que j’atterrisse dans l’eau, dit-il, pour ne pas abîmer ma prothèse… »

Près de 1 000 blessés

Depuis avril 2002, 969 militaires canadiens ont été blessés en Afghanistan.

Année
Blessés au combat
Blessés hors combat
2002
8
1
2003
3
0
2004
3
5
2005
2
7
2006
180
84
2007
84
298
2008
124
170
     
Total
404
565