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Au Sri Lanka, cinq ans après le tsunami…

Cinq ans après le tsunami qui a ravagé une dizaine de pays de l’océan Indien, le Sri Lanka, un des plus durement touchés, tarde à en effacer toutes les traces. L’effort international de reconstruction a permis de réparer les infrastructures et de reloger la plupart des 500 000 déplacés. Mais alors que les organismes internationaux ont plié bagage, 26 000 personnes croupiraient toujours dans des camps de réfugiés, principalement dans l’Est.

Sur les côtes, les nombreuses ruines rappellent la catastrophe. Au Sri Lanka seulement, le tsunami le plus meurtrier de l’histoire a tué plus de 35 000 personnes et forcé le déplacement de 500 000 sinistrés.

La vague a d’abord frappé Kalmunai, le point le plus à l’est. « Il y avait presque 15 mètres d’eau, j’ai dû grimper à un arbre. J’y suis resté en attendant que la vague se retire, raconte Parjan. Tout était détruit. Les constructions et la vie des gens. »

En quelques minutes, le tsunami a causé pour 900 millions de dollars de dommages au Sri Lanka. Plus de 100 000 maisons ont été détruites ou sérieusement endommagées, et 150 000 personnes ont perdu leur gagne-pain. Dont beaucoup de pêcheurs.

Près de 5 000 pêcheurs sont morts et les survivants ont tous perdu au moins un proche. Plus de 24 000 bateaux ont été détruits, soit 75 % de la flotte. L’aide internationale a permis de tous les remplacer. Mais de nombreux pêcheurs ont été relogés loin des côtes, parfois jusqu’à une dizaine de kilomètres à l’intérieur des terres.

Les pêcheurs ont depuis longtemps repris la mer. Mais la peur d’une nouvelle catastrophe les hante toujours.

À Ambalangoda, dans le Sud-Ouest, la Croix-Rouge canadienne a construit un village pour reloger des pêcheurs. Identiques les unes aux autres, les jolies maisons de béton font le bonheur des nouveaux occupants. Mais le village est à huit kilomètres de la mer…

À Kallady, sur la côte Est, la vague a emporté dans le lagon voisin tout ce qui se trouvait sur la mince bande de terre. Le tiers des habitants ont péri. Les survivants ont commencé à rentrer. Certains ont ouvert des commerces dans les ruines.

Le gouvernement a d’abord interdit de construire dans une zone de plus ou moins 200 mètres le long des côtes. Face au mécontentement de la population et devant l’impossibilité de trouver des terres pour reloger tout le monde, l’interdiction a été levée en 2007.

À Sainthamaruthu, le gouvernement a dû acheter et remblayer une rizière pour que des maisons puissent y être construites. Une partie du lot sert de terrain de criquet aux enfants du coin.

Les ONG et les bailleurs de fonds se sont répartis le travail de reconstruction, avec des ressources souvent différentes. Près de Pottuvil, un organisme irlandais a laissé libre cours à sa créativité ! Trente-cinq des 50 maisons sont vides. Mais ceux qui en occupent une semblent l’apprécier.

 

En 2007, leur mandat principal accompli, les grandes ONG étrangères ont quitté le pays, sollicitées par d’autres urgences ailleurs dans le monde. Pourtant, plus de 25 000 personnes attendent toujours d’être relogées.

Les rescapés qui se trouvent encore dans des camps semblent oubliés du monde. « Nous avons été abandonnés. Qui va nous aider à reconstruire nos maisons ? »

Asia Umma vivait à 30 mètres de la mer, à Sainthamaruthu. Elle a tout perdu. Elle vit dans un camp depuis cinq ans. Les grandes ONG étrangères parties, les chantiers sont au point mort. « On continue de nous promettre des maisons, mais la vérité, c’est que plus personne ne s’occupera de nous », vocifère la vieille dame en tamoul.

 

Durant la saison de pluies, le camp se transforme en champ de boue et l’égout déborde. La pluie s’infiltre par les toits de tôle et certaines maisons sont inondées. Les baraques sont infestées d’insectes et de serpents.

Ayarathna dans sa maison sévèrement endommagée par le tsunami. Il a reçu 25 000 roupies (230 dollars). Les millions de l’aide internationale ne se sont pas rendus jusqu’à lui.

La reconstruction a connu quelques ratés. Le gouvernement n’a pas su empêcher l’inflation, et un an après le tsunami, les coûts avaient doublé. Par ailleurs, la lumière n’a pas été faite sur des allégations de corruption et de détournements de fonds.

Traîné par la vague, Abdul a perdu la vue. Il vit à Gran Mosque, un camp temporaire de Sainthamaruthu, où une centaine de familles tamoules musulmanes sont parquées depuis cinq ans. La famille d’Abdul n’a pas été favorisée par le tirage au sort déterminant qui allait s’installer dans les premières maisons du lotissement voisin. Les musulmans sont une minorité (7 %) au Sri Lanka, à majorité bouddhiste (70 %).

Asaura Umma, qui a perdu ses six enfants, revoit constamment la vague venir les chercher. Elle aurait voulu mourir avec eux. Elle est considérée comme un cas grave au département de santé mentale de l’hôpital de Kalmunai.

Sanda Kumari a été emportée par la vague. Quand elle est revenue à elle, sa fille et son petit-fils avaient disparu. Elle a erré quelques semaines en état de choc. Son fils Suda a été laissé pour mort dans une pile de cadavres avant d’être emmené à l’hôpital, où il a été sauvé de justesse. Elle et son fils ont obtenu une nouvelle maison à Tirai Madhu, en banlieue de Batticaloa, une des grandes villes de la côte Est.