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Chili : lendemains de miracle

Le spectaculaire sauvetage des 33 mineurs l’automne dernier n’y a rien changé : il est toujours aussi dangereux de travailler sous terre au Chili, raconte un cinéaste québécois dans Derrière le miracle.

Chili : lendemains de miracle
Photos : Alert Elbilia / Pimiento

Début décembre, Orlando Arriagada est rentré en colère de son pays natal.

Né au pied de la cordillère des Andes mais installé à Montréal depuis 20 ans, ce producteur-réalisateur de 45 ans a tourné un documentaire sur l’épopée des 33 mineurs chiliens bloqués durant 69 jours sous terre.

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« Rien n’a changé depuis leur sortie », déplore Arriagada, fondateur de la maison de production montréalaise Pimiento. « Les conditions de travail des mineurs au Chili sont toujours aussi inhumaines : certains ne portent même pas de bottes de sécurité ! »

Alors que beaucoup de Chiliens – à commencer par les mineurs eux-mêmes – ont attribué à Dieu le spectaculaire sauvetage des « 33 », Orlando Arriagada a voulu aller Derrière le miracle, comme il a intitulé son film. Objectif : montrer la réalité quotidienne de ces hommes humbles, devenus des vedettes mon­diales, tout en nous éclairant sur le Chili d’aujourd’hui.

S’il ne pouvait pas concurrencer les offres de certains médias nord-américains et européens (jusqu’à 30 000 dollars pour une entrevue exclusive), Arriagada a réussi à convaincre quatre mineurs de témoigner. Le Bolivien Carlos Mamani – seul étranger du groupe – a été filmé dans la maison de tôle, dépourvue de plancher et d’eau courante, qu’il habite avec sa femme et sa fillette. Très affecté, cet homme de 23 ans ne croit pas redescendre sous terre.

chili-mines

Pour sa part, Ariel Ticona, 29 ans, issu d’une famille de mineurs et père de trois enfants, se dit las de ne pas travailler. Comme ses collègues Edison Peña, 34 ans (qui courait chaque jour dans les galeries humides pour montrer à Dieu sa volonté de survivre), et Luiz Urzúa, 54 ans, chef naturel des « 33 », Ticona souhaite replonger sous terre. Avec l’espoir d’obtenir de meilleures conditions de travail.

Le Chili est le premier producteur mondial de cuivre, qui représente plus de la moitié de ses exportations et 15 % de son PIB. La hausse du prix de ce métal a entraîné la multiplication des mines artisanales, non supervisées par l’État chilien, où se risquent des mineurs âgés parfois de 75 ans. « On insiste beaucoup sur la nécessaire responsabili­sation des travailleurs quant à leur sécurité, dit le réalisateur. Mais pas sur celle des entreprises privées, qui sont propriétaires de 60 % des mines du pays. »

Hormis dans les grandes mines (notamment celles gérées par la société publique Codelco), les conditions sont souvent d’un autre âge. Absence de ventilation, de sorties de secours et d’uniformes de sécurité, ni assurance maladie ni retraite… Selon le Service général de géologie et des mines, il y aurait eu 373 morts durant la dernière décen­nie et 31 durant les huit premiers mois de 2010.

« Aucune loi concrète n’est prévue pour améliorer les choses, dit Orlando Arriagada. Et le Chili n’a toujours pas signé la Convention sur la sécurité et la santé dans les mines, adoptée par l’Organisation internationale du travail en 1995. » (NDLR : Le président, Sebastián Piñera, a annoncé à la mi-octobre son intention de la ratifier.)

Derrière le miracle présente néanmoins des personnages porteurs d’espoir. Comme Pamela Leiva, assistante sociale à Copiapó, devenue coordonnatrice du campement Esperanza, où patientaient les familles. Ou Pedro Gallo, l’ingénieur en télécommunications qui a réussi, avec 900 m de câble et moins de 10 dollars, à bricoler le petit appareil téléphonique qui a permis aux mineurs de communiquer avec le monde extérieur. Sans oublier Isabel Allende Bussi, fille du président Salvador Allende (renversé en 1973), sénatrice socialiste de la région d’Atacama, qui défend haut et fort la cause des travailleurs miniers.

 

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Produit par Pimiento,
Derrière le miracle sera diffusé à RDI le 8 février 2010 dans le cadre de l’émission Grands Reportages.