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Philippines : l’archipel sous tension

Un nouveau président aux airs de Donald Trump, des guérilleros islamistes émules de Daech… Mais quel vent souffle sur les Philippines ? Six clés pour comprendre cet archipel de 7 000 îles au cœur du Pacifique.

Rodrigo Duterte, nouveau président des Philippines. (Photo: R. Ranoco/Reuters)
Rodrigo Duterte, nouveau président des Philippines. (Photo: R. Ranoco/Reuters)

LAT08_REPERES_bandeau1Le pouvoir de la rue

En descendant dans la rue par millions pour chasser le dictateur Ferdinand Marcos, en 1986, le peuple philippin a été le précurseur d’un modèle d’action pacifique qui a inspiré les manifestations de la place Tian’anmen, en Chine, ou celles du printemps arabe. Ces espoirs démocratiques ont déchanté au gré des présidents qui ont succédé au despote, régulièrement épinglés pour corruption et peu efficaces pour réduire les inégalités sociales. La déception des Philippins expliquerait l’élection du nouveau chef d’État populiste Rodrigo Duterte, 71 ans, dont le discours radical rappelle celui du candidat américain Donald Trump. «Vous verrez les poissons grossir dans la baie de Manille, car c’est là que je jetterai vos corps», a-t-il lancé à l’attention des criminels.

LAT08_REPERES_bandeau2La question musulmane

L’île de Mindanao abrite une grande partie de la minorité musulmane aux Philippines, le peuple moro. Dans les années 1960, les Moros, désireux d’acquérir une plus grande autonomie, créent le Front moro de libération nationale. De cette organisation modérée ont émergé des guérillas plus radicales, dont Abou Sayyaf, fondée en 1991. Ce mouvement, considéré comme terroriste par le Canada, était lié à al-Qaïda avant de prêter allégeance au groupe armé État islamique (Daech), en 2014. Traqué par le gouvernement philippin depuis plus de 10 ans, il est passé de 4 000 membres, en 2000, à 400 aujourd’hui. La décapitation de l’otage canadien John Ridsdel, en avril 2016, laisse entrevoir une nouvelle intensité de violence.

Selon le politologue et chercheur au CERIUM Dominique Caouette, les membres d’Abou Sayyaf sont davantage connus pour leurs actes de banditisme que pour leur foi envers l’islam. Leur affiliation à Daech et les méthodes radicales qu’ils lui empruntent leur servent surtout à accroître leur notoriété et à attirer des recrues.
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L’héritage de la colonisation

Les Philippins forment la troisième communauté catholique au monde. Plus de 80 % de la population est pratiquante. Cette culture religieuse héritée de trois siècles de colonisation espagnole se mêle aujourd’hui à un mode de vie américanisé, conséquence de l’occupation des États-Unis de 1898 à la Deuxième Guerre mondiale. Centres commerciaux et enseignes de restauration rapide ont intégré le paysage des îles, et la population parle majoritairement l’anglais. Les autres langues répandues sont le filipino et le taglish, inspiré du dialecte tagalog et de l’anglais.

Carte PhilippinesLAT08_REPERES_bandeau4Une croissance qui ne profite pas à tous

Depuis 10 ans, l’économie philippine s’est spécialisée dans les services de centres d’appels, dont elle compte le plus grand nombre au monde. Quelque 400 000 téléphonistes y travaillent. Elle repose aussi sur les secteurs de la pêche et de l’agriculture, qui emploient près du tiers des Philippins.

Malgré une croissance économique supérieure à 5 % depuis 10 ans, le quart des Philippins vivent sous le seuil de pauvreté. Le revenu par habitant est au 123e rang sur 185 pays.

LAT08_REPERES_bandeau5Les Canadiens sont là

Près de 15 000 Canadiens vivent aux Philippines, dont 5 000 sur l’île de Mindanao. L’ambassade du Canada à Manille recommande maintenant aux expatriés de «faire preuve d’une grande prudence», surtout à Mindanao.

John Ridsdel et son collègue toujours captif, Robert Hall, avaient été pris en otages lors d’un séjour sur une petite île au large, Samal. Tous deux étaient employés de la plus grande société canadienne de l’île, la compagnie minière TVI Pacific.

La capitale de la région, Davao, est relativement sûre, selon Julian Payne, président directeur de la Chambre de commerce canadienne aux Philippines et ami proche de John Ridsdel. «Je crois qu’il était malheureusement présent au mauvais endroit au mauvais moment», dit-il.

LAT08_REPERES_bandeau6Catastrophes naturelles et résilience

Les Philippines sont l’un des trois pays les plus exposés aux catastrophes naturelles, d’après le World Risk Index. Malgré les typhons, tremblements de terre, éruptions volcaniques et inondations, le peuple philippin serait l’un des plus heureux en Asie, selon une étude Gallup menée en 2014. Un bonheur attribué à sa résilience, son sens de la famille et un humour qu’on dit paré à toute épreuve.