Sale temps pour les diplomates
MondeL'édito

Sale temps pour les diplomates

Il aura fallu moins d’un an à Donald Trump pour anéantir plus d’un demi-siècle de progrès de l’humanité en vue d’éviter l’apocalypse nucléaire. Et du coup, pour nous mettre tous en danger !

Les provocations du président des États-Unis ont fait monter la tension mondiale à un point tel que l’horloge de la fin du monde — cet indicateur mis au point en 1947 par des scientifiques à l’origine de la bombe atomique — affiche minuit moins deux. Il s’agit du niveau le plus critique depuis 1953, alors que les États-Unis et l’URSS venaient de tester leurs premières bombes thermonucléaires.

Nous avons raison d’avoir le sommeil troublé. « Le risque de conflits internationaux, notamment entre de grandes puissances, est plus élevé qu’à n’importe quel moment depuis la fin de la guerre froide », a dit au Sénat le directeur du renseignement américain, Dan Coats, en février, citant les menaces nord-coréennes, iraniennes, russes et chinoises.

Dan Coats, un loyal soldat de Trump, n’ose pas critiquer le rôle de pyromane en chef joué par son grand patron. D’ailleurs, à quoi bon ? Donald Trump adore jeter de l’huile sur le feu. Il se vante d’avoir le plus gros bouton atomique de tous, et il en veut un plus gros encore. Il compte ainsi relancer les États-Unis dans la course aux armements nucléaires, ce qu’aucun président n’avait eu la folie d’annoncer depuis les années 1960.

Donald Trump veut aussi éclaircir les rangs des pompiers susceptibles de contrer ses visées incendiaires. Plus d’un an après son arrivée au pouvoir, des dizaines de postes clés au Département d’État (l’équivalent du ministère des Affaires étrangères) sont toujours sans titulaire, dont ceux d’ambassadeurs en Corée du Sud, en Égypte et autres coins chauds de la planète.

Comme si ce n’était pas suffisant, le président propose de sabrer 30 % du budget de l’appareil diplomatique américain. Une autre folie, décriée celle-là notamment par 150 généraux et amiraux à la retraite, bien placés pour savoir que l’on ne peut régler toutes les crises à coups de canon.

Donald Trump avait tenté un coup de force similaire contre ses diplomates l’an dernier et le Congrès avait usé de ses pouvoirs pour le bloquer. Tout indique qu’une nouvelle coalition réunissant républicains et démocrates se dressera sur son chemin cette fois encore. « Ces compressions nous mettent en danger et elles font le jeu de pays comme la Russie et la Chine, qui profitent de la perte d’influence des États-Unis dans le monde », s’est alarmé le représentant démocrate Eliot Engel, qui siège au puissant comité des Affaires étrangères du Congrès.

Même si le Département d’État sort indemne de cette énième passe d’armes entre le président et le Congrès, Donald Trump conservera toute sa liberté pour user de Twitter comme d’un bélier qui lézarde les fondations de la paix mondiale.

D’ailleurs, on peut s’interroger sur l’utilité même des diplomates à l’heure où les chefs d’État peuvent s’adresser à la planète sur les réseaux sociaux. Ils sont pourtant plus nécessaires que jamais, plaide l’ancien ambassadeur britannique Tom Fletcher dans une entrevue accordée à Carole Beaulieu (voir « La guerre des tweets »). Pour demeurer pertinents, ils doivent se mettre eux aussi au clavier, car la nouvelle guerre des idées se mène sur Facebook et Twitter.

Selon Tom Fletcher, l’une des tâches les plus ardues de ces « twiplomates » est de contrer le discours des apôtres du repli — qu’il soit identitaire, économique ou religieux —, qui mine les démocraties et sème la division entre les nations. La commande est certes de taille. Des États peu scrupuleux enrôlent aujourd’hui des trolls par milliers pour mener des opérations de désinformation qui attisent la méfiance et le ressentiment.

Tom Fletcher n’y voit qu’une raison de plus de s’y mettre sans tarder : « Nous allons devoir commencer à nous battre en ligne pour les idées auxquelles nous croyons si nous ne voulons pas un jour devoir nous battre dans la réalité. »