25 jeunes d’ici et d’ailleurs : Inde

Pour lutter contre le sida, Daya Pandey ne recule devant rien. Elle parle de sexualité dans les ruelles des bidonvilles. Au risque de heurter les traditions séculaires.

Avoir des relations sexuelles avec une mineure, ça ne guérit pas les maladies transmises sexuellement (MTS). Se nettoyer les parties génitales avec de l’urine, ça ne soigne ni ne prévient l’infection au VIH. Et, non, la masturbation n’est pas une maladie qui nécessite un traitement médical. Daya Pandey n’en finit plus de démentir les idées fausses sur les MTS et le sida lorsqu’elle sillonne les rues d’un bidonville du quartier de Sagar Pur, en Inde.

« Pour espérer que les femmes se responsabilisent et se protègent du sida, il faut d’abord les éduquer en matière de sexualité », dit Daya. Dans cette région du monde où les adolescents ne reçoivent aucune éducation sexuelle et où les femmes ne sont pas libres de leurs choix dans ce domaine – encore moins s’il s’agit d’utiliser un préservatif -, le travail est long et délicat. Daya elle-même camoufle à ses parents ses véritables activités: qu’elle parle de sexe en public serait leur faire un affront intolérable.

Il y a quatre ans, elle tombait par hasard sur une pièce de théâtre de rue sur le thème du sida montée par Drishtikon (« point de vue », en hindi), une organisation non gouvernementale (ONG) locale. Elle qui n’a pourtant pas fait de grandes études, mais dont l’idole est mère Teresa, venait de trouver sa voie.

Daya est payée 2 500 roupies par mois (80 dollars) pour son travail dans les rues de Nallah Paar Basti, un bidonville du quartier pauvre de Sagar Pur, dans le sud-ouest de New Delhi, la capitale. Avec ses collègues de Drishtikon, elle tente de freiner la propagation du sida et des MTS dans ce pays qui semble les ignorer. Pourtant, le sida y est la deuxième cause de mortalité après la tuberculose, tuant 300 000 personnes chaque année. Quatre millions d’Indiens sont déjà contaminés et l’épidémie se propage à une vitesse folle, annonçant au minimum un million de morts par an.

À Sagar Pur, les familles vivent parfois entassées à huit ou neuf personnes dans une même pièce, sans eau ni électricité. La plupart des hommes sont manoeuvres, ouvriers d’usine, petits vendeurs, etc. Le bidonville où travaille Daya s’étend le long d’une voie ferrée qui sert de dépotoir. On y compte de 6 000 à 9 000 habitants. Daya tente de parler aux femmes, et un collègue masculin s’adresse aux hommes. L’objectif est d’abord d’informer, notamment par des réunions hebdomadaires. On y explique, par exemple, l’utilisation du préservatif. Et on fait parfois face à de curieuses demandes, comme celle de ces hommes qui désirent être payés s’ils acceptent de porter un condom! Ces rencontres ont aussi pour but de diriger les gens vers l’équipe médicale de Drishtikon, qui fait du dépistage. Les deux hôpitaux gouvernementaux de la colonie ne s’occupant ni de détecter les MTS ni de les soigner, les malades doivent être envoyés ailleurs, dans des hôpitaux spécialisés.

L’ouverture d’esprit de Daya se heurte constamment aux règles strictes de sa société. Ainsi, selon les rites de la religion hindoue, son refus d’un mariage arrangé empêche ses soeurs cadettes de prendre mari à leur tour. Aussi a-t-elle finalement accepté l’idée, à condition d’avoir son mot à dire sur les candidats. Elle en a déjà refusé deux: ils voulaient qu’elle reste sagement à la maison.

Daya Pandey rêve de créer un programme d’éducation pour les femmes et les jeunes. Mais pour cela, il faudra que son futur époux lui permette de travailler. Ce qui ne risque pas d’arriver s’il croit, comme d’autres, que l’association pour laquelle elle travaille est un lieu de prostitution!

Pour en savoir plus : www.aids-india.org

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