5 visages de la lutte contre Ebola

Bientôt un an que le virus Ebola sème la mort. Plus de 6 000 décès à ce jour, au-delà de 17 000 cas recensés dans huit pays… Devant cette flambée de fièvre hémorragique, la plus importante de l’histoire, les forces s’unissent. Même si les Nations unies estiment que la situation est incontrôlable en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, notre reporter a rencontré des hommes et des femmes qui ne baissent pas les bras.

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Photo : © Sylvain Cherkaoui/Cosmos pour MSF

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Le bon docteur Sall

Lorsque les premières fièvres hémorragiques sont apparues en Guinée, l’hiver dernier, le spécialiste sénégalais appelé au secours a confirmé l’impensable : Ebola avait atteint la capitale…

Les autorités de la Guinée tentaient depuis des jours d’envoyer les échantillons des premiers cas soupçonnés d’Ebola à l’Institut Pasteur de Dakar =— la référence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Afrique de l’Ouest. Mais aucune compagnie de transport n’acceptait de pren­dre le colis…

Devant l’urgence, le directeur de l’Unité des arbovirus et des virus des fièvres hémorragiques de l’Institut, le Dr Amadou Alpha Sall, décide de se rendre dans la capitale guinéenne. Lorsqu’il arrive à Conakry avec son équipe, le 23 mars, les Guinéens sont parvenus entre-temps à acheminer les prélèvements à un laboratoire de Lyon. Qui confirme ce que tous redoutent : Ebola sévit en Guinée forestière — la région sud du pays —, à 800 km de la capitale.

Nerveuse, l’équipe du Dr Sall installe son laboratoire pour procéder à des examens virologiques d’échantillons provenant cette fois de sept malades hospitalisés dans la capitale. À 4 h du matin, la catas­trophe se confirme : deux citadins sont atteints de la fièvre Ebola.

« Nous avons été très surpris par la distance parcourue par le virus, très inquiets aussi », dit le Dr Sall. Les 23 épidémies survenues depuis la découverte d’Ebola en République démocratique du Congo, en 1976, avaient été contenues dans des régions isolées, comme la Guinée forestière. Pour la première fois, le virus arrivait en ville.

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Le Dr Sall travaille à mettre au point un test pour détecter encore plus rapidement le virus. La rapidité d’intervention, il connaît. En 2006, il a créé un laboratoire mobile qui se monte en une heure. – Photo : Madeleine Guay

Lorsque je rencontre le médecin à l’Institut Pasteur de Dakar, en novembre, il revient d’un énième séjour à Conakry. Son équipe, m’explique-t-il, met en place un système de détection rapide du virus.

« Les [autres] pays d’Afrique de l’Ouest ne sont pas équipés pour réaliser les diagnostics », se désole le Dr Sall, une force de la nature avec sa taille de plus de 1,90 m. Son équipe à Dakar analyse donc des prélèvements de malades potentiellement infectés par le virus Ebola en provenance du Mali, de Mauritanie, de Gambie, du Ghana et même d’au-delà. L’Institut de Dakar assure également les examens virologiques pour d’autres fièvres et virus meurtriers que compte l’Afrique — et il y en a !

L’an dernier, l’équipe a combattu une épidémie de fièvre jaune en Éthiopie. En 2012, elle était au Soudan. En 2009, elle montait son laboratoire mobile au Cap-Vert, où une terrible épidémie de dengue a touché 5 % de la population. Et c’est sans compter toutes les autres fièvres et les arbovirus (transmis par des insectes piqueurs).

Il n’est pas surprenant que le Sénégal, doté d’un tel savoir-faire, s’en tire aussi bien depuis le début de l’épidémie d’Ebola : un seul cas déclaré — et guéri. Un membre du personnel de l’Institut a été infecté en Sierra Leone en août et traité avec succès en Allemagne. « Nous avons revu notre protocole trois fois depuis », dit le Dr Sall.

Selon le médecin, la lutte se complique lorsqu’il n’y a pas d’infrastructures, bien sûr, mais aussi dès que la population résiste, nourrie par des rumeurs effroyables. « Les gens croient que les désinfectants vont les tuer ou que le personnel médical prélève les organes », raconte-t-il. Ainsi, des villageois de Guinée forestière ont attendu le 47e décès avant d’appeler à l’aide.

« Les gens ont peur, les gouvernements aussi », dit le médecin. À preuve, la fermeture des frontières avec la Guinée par le Sénégal et la Côte d’Ivoire. « Au contraire, il faut absolument coopérer ! » ajoute le Dr Sall.

Lui-même a dû renoncer, en novembre dernier, à une invitation de l’Université York (Toronto) pour discuter d’Ebola. Le Canada refuse en effet d’accorder des visas aux ressortissants des pays les plus touchés par Ebola et étudie au cas par cas les demandes des personnes ayant voyagé dans ces pays.

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Le pilote sans peur

Peu de volontaires ont répondu lorsque les Nations unies ont fait appel aux compagnies d’aviation pour transporter les travailleurs humanitaires dans les pays touchés par Ebola. Jeremy Kraemer, originaire de l’Ontario, n’y a vu qu’un boulot comme les autres… ou presque.

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Jeremy Kraemer, ici avec l’agente de bord Sylvia Alecha, dessert chaque semaine Conakry, Monrovia et Freetown, les capitales des pays les plus touchés par l’épidémie. – Photo : Madeleine Guay

«  Cette fois, c’est un travail plus facile. Au moins, on ne se fait pas tirer dessus ! » crâne Jeremy Kraemer à sa descente du Bombardier CRJ200, qu’il pilote pour le compte du service aérien humanitaire des Nations unies. Plus facile que son ordinaire : le transport en zones de guerre…

Depuis l’ouverture du corridor humanitaire, en septembre, lui et son équipe — un copilote et une agente de bord — assurent la liaison trois fois par semaine entre Dakar (Sénégal) et Conakry (Guinée), Freetown (Sierra Leone) et Monrovia (Liberia). Sans compter les vols spéciaux.

« J’ai l’impression de faire plus dans le tourisme, avec tous les gros bonnets venus de Rome ou de Genève que je promène d’une ville à l’autre pour qu’ils cons­tatent la situation », lance le pilote de 37 ans. L’agente de bord qui l’accompagne, une belle Kényane, sirote son margarita, penchée sur son portable, et sourit sans lever la tête. Le type connaît son effet.

La taille d’un guerrier zoulou, les yeux aigue-marine, l’âme d’un aventurier, Jeremy Kraemer décide à l’âge de 19 ans de faire dans l’humanitaire. Il quitte Guelph, en Ontario, pour l’Afri­que du Sud, où il travaille un temps comme fermier. Puis, il collecte des fonds pour la cons­truction d’une école au Lesotho.

Déçu par le laxisme de certaines agences d’aide, il change du tout au tout et opte pour le secteur privé. Sa décision est prise : il sera pilote.

L’Ontarien rentre au pays pour reprendre les études et travaille quelques années pour la compagnie Air Canada Jazz, puis comme pilote de brousse avec les autochtones du nord de l’Ontario. Il repart ensuite pour l’Afrique, à Nairobi, pour DAC Aviation, une société montréalaise au service des Nations unies et d’ECHO, l’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne. C’est là qu’il commence à évacuer des travailleurs humanitaires des pires zones de guerre, parfois sous les tirs (dans la région du Kivu, en République démocratique du Congo) ou sous les bombardements (au Darfour). En décembre 2013, le choc : Jeremy Kraemer perd sa femme, enceinte de trois mois, une Kényane, dans un attentat à la bombe à Nairobi qui a fait quatre victimes.

Depuis, il vole encore plus, peu importe la situation. « Mais ici, les règles pour se protéger sont très simples à suivre », dit-il. Il raconte l’embarquement d’un travailleur de l’Unicef atteint du virus, à Freetown, pour être rapatrié en France, en novembre dernier. Seul le malade portait une combinaison étanche. « Il a été désinfecté, placé dans une bulle d’isolement, puis l’avion en entier a été décontaminé avant qu’on s’envole. »

Pourtant, les gens ont terriblement peur. Ce qui donne parfois des situations abracadabrantes. Par exemple, ces militaires canadiens en joue, à l’aéroport de Monrovia. « Comme si les malades allaient les attaquer ! Ce n’est pas une zone de guerre. La menace n’est pas là », dit Jeremy Kraemer.

Un travail ordinaire, vraiment ? « Au début, on suit le protocole, on ne touche à personne. Puis peu à peu, au fil des voyages, on se civilise… Les gens nous disent : “Revenez !” Ils ne veulent pas qu’on les laisse. » Alors, petit à petit, Jeremy Kraemer recommence à serrer les mains, comme un homme sans peur. Comme un homme qui n’a rien à perdre.

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L’homme du protocole

Le Sénégal a ouvert un passage aérien aux Nations unies, non sans risques. Ce n’est pas pour rien que le président a choisi un militaire pour gérer le trafic.

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Photo : Madeleine Guay

Des gardes armés m’accueillent à l’entrée du terrain où, sous trois tentes kaki, des infirmières accomplissent leur rituel : prise de température, questions sur la santé… Un caporal s’approche pour me faire visiter la base militaire de Ouakam, où transitent depuis septembre travailleurs humanitaires et soldats américains, allemands ou français lancés dans un combat sans merci contre l’épidémie en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Derrière son masque sanitaire, le caporal s’excuse : pas question de serrer la main de quiconque.

Le général Saliou Ndiaye m’avait prévenue : « Nous avons une obligation morale de faire le pont vers les pays infectés, tout autant que de protéger l’intégrité physique des personnes. Pas question de déraper dans une mis­sion comme celle-là. » L’homme en impose, lui qui a mené l’armée de terre du Sénégal pendant des années et servi sous les bannières de l’ONU. Depuis septembre, il coordonne le trafic aérien et traite avec des militaires de tous les pays. Au final, c’est lui qui répond de la sécurité.

J’aperçois au loin l’appareil du service aérien des Nations unies, qui atterrit sur une des pistes de la base militaire. C’est le 20e vol humanitaire depuis septembre à transporter des équipes médicales, du personnel onusien, des nutritionnistes, etc. Sans compter les mouvements de troupes hebdomadaires. Près de 200 militaires américains sont stationnés à la base rien que pour fournir un appui logistique aux opérations de lutte contre Ebola au Liberia !

Cette fois, ils sont moins d’une dizaine à descendre de l’avion : membres de Médecins sans frontières, d’Oxfam, d’Unicef, de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, etc. Aux contrôles habi­tuels de l’aéroport — douane, police, immigration, bagages — s’ajoutent le rigoureux lavage des mains, l’examen des pupilles au ThermoFlash (thermomètre infrarouge sans con­tact), l’entrevue sur la santé. Puis commencera une période d’obser­vation de 21 jours : tous devront se présenter dans une clinique deux fois par jour pour faire vérifier leur température.

Une situation particulière pour l’équipe du service aérien : elle est en observation continue depuis septembre.

Première fois en Afrique

Habillés en civil, des jeunes (quelques-uns n’ont même pas 20 ans) attendent de partir pour Monrovia. Sur leurs sacs à dos brun camouflage brillent deux lettres reconnaissables entre toutes : US. Des militaires américains. Ils passeront un an au Liberia pour fournir un appui logistique, avec 4 000 autres soldats américains attendus en renfort. Les consignes ? « Aucun contact direct avec les malades », répond le chef du petit contingent. Mais encore… qu’est-ce qui vous attend ? Haussements d’épaules. « C’est notre première fois en Afrique. Pour chacun de nous. »

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Ministre au temps d’Ebola

Jamais la fonction n’aura été aussi exigeante. Réponse médicale, protection de la population, gestion de l’information… Sans compter les autres besoins déjà criants bien avant la crise, rappelle la ministre de la Santé du Sénégal.

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La ministre de la Santé, Eva Marie Coll Seck, élégante ce jour-là dans son boubou en basin indigo, enfile les réunions. Pour, entre autres, financer les nombreuses opérations contre Ebola. – Photo : Madeleine Guay

Des décisions extrêmement difficiles, certaines controversées, scrutées par les Africains et la communauté internationale. C’est le quotidien de la ministre de la Santé du Sénégal, Eva Marie Coll Seck, depuis la découverte des cas d’Ebola en Afrique de l’Ouest, en avril dernier.

«  Le président m’a dit : “Prends les décisions, nous allons t’aider” », me raconte-t-elle dans son bureau ensoleillé, où elle me reçoit après une longue attente dans l’antichambre, avec un militaire et des dignitaires chinois.

Si sa décision d’ouvrir le ciel sénégalais pour permettre d’ache­miner l’aide internationale vers la Sierra Leone, le Liberia et la Guinée, en septembre, a été saluée par la communauté internationale et les pays africains, la population voisine de la base militaire de Ouakam, qui sert de camp de base au corridor aérien, reste sur ses gardes. « Il a fallu accomplir un grand travail de communication pour rassurer les citoyens », explique calmement la politicienne.

La décision de la ministre de fermer la frontière avec la Guinée soulève, elle, un tollé. Désormais, pour se rendre dans le pays voisin, les Sénégalais doivent faire un grand détour par le Maroc. Le travail humanitaire dans les zones frontalières est aussi devenu, du coup, très compliqué. La Côte d’Ivoire, qui a également fermé sa frontière avec la Guinée, est elle aussi critiquée.

Deux camps s’affrontent dans la région, explique la ministre : ceux qui ferment et ceux qui ne le font pas. Le Liberia isole la population infectée dans certains quartiers de la capitale, Monrovia, et interdit la circulation après 17 h. La République démocratique du Congo ferme ses forêts, en l’occurrence tout un secteur dans la province de l’Équateur : 50 000 personnes ont ainsi vécu en quarantaine en septembre et octobre en vue de contenir l’épidémie qui s’y était déclarée au mois d’août.

« Cette fermeture des frontières va contre mes principes », dit la ministre Seck, bien au courant des recommandations de l’OMS faites aux autorités de santé publique de ne pas restreindre les voyages ni fermer les frontières. Il s’agit d’une mesure temporaire, ajoute-t-elle, justifiée par l’ampleur de la crise et les grands mouvements de population lors des marchés hebdomadaires et des fêtes religieuses. « Si nous, les pays environnants de la Guinée, du Libe­ria et de la Sierra Leone, échouons à contenir l’épidémie, ce sera la catastrophe pour le monde entier », prévient-elle.

Première femme agrégée en médecine au Sénégal, en 1984, Eva Marie Coll Seck n’en est pas à ses premières armes avec les épidémies. Employée par l’OMS au Sénégal, au début des années 1990, puis au sein d’ONUSIDA, elle a lutté contre la propagation du VIH. Elle a combattu le paludisme et lancé de vastes réformes en santé. « Le sida, c’était l’affaire des autres. L’idée était celle d’une transmission marginale. Pas cette fois », dit-elle.

Toute son équipe se mobilise donc contre Ebola, notamment le Dr Fadel Kane, qu’elle a nommé à la gestion du corridor humanitaire. Il s’agit d’un de ses anciens étudiants, qu’elle a rappelé du Canada, où ce diplômé de l’Université Laval a fait carrière au ministère fédéral de la Santé et à l’Agence canadienne de développement international.

Pendant ce temps, les autres dossiers urgents ne disparaissent pas : la mortalité maternelle (désastreuse, à 392 femmes pour 100 000 naissances), la planification familiale (qui vise une baisse à 7,7 enfants par famille), la vaccination, la couverture maladie universelle, etc.

Au fait, que voulaient les Chinois qu’elle a reçus juste avant moi ? « Ils étaient de bonne volonté », répond-elle avec un sourire un peu las. L’ambassadeur est venu offrir une aide d’un million de dollars en matériel. C’est bien. Mais la ministre est déçue que cette crise n’ait pas changé autant qu’elle l’espérait les relations avec les bailleurs de fonds et les gouvernements africains. « Pourquoi si peu, si tard ? »

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La femme-orchestre

La crise sanitaire menace de devenir une crise alimentaire dans certains pays. Déjà, 1,3 million de personnes ont besoin d’aide. Pour coordonner les actions, le Programme alimentaire mondial a rappelé une valeur sûre.

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Susana Rico est ce qu’on peut appeler une pro du PAM. Elle a vécu de très près la dernière famine au Sahel, l’interminable guerre en Somalie, l’Afghanistan après le 11 septembre 2001… – Photo : Madeleine Guay

Susana Rico se prélassait au soleil en Uruguay, au bord de sa piscine, lorsqu’elle a reçu l’appel du Programme alimentaire mondial (PAM) l’invitant à se joindre à la lutte contre Ebola. Retraitée de cette organisation depuis six ans, la grande dame aux cheveux blancs n’a pas hésité une seconde à se rendre en Afrique de l’Ouest.

« Ma famille m’a demandé si j’étais folle », dit avec un demi-sourire la consultante dans la jeune soixantaine.

Depuis septembre, Susana Rico gère l’intervention d’urgence du PAM à partir du corridor que le gouvernement du Sénégal a établi en septembre à Dakar pour permettre le passage de l’aide humanitaire. Son équipe fournit une assistance alimentaire à plus de 1,3 million de personnes en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, pays les plus atteints par l’épidémie.

La liste des tâches de Susana Rico et de sa trentaine de collaborateurs donne le tournis : distribuer de la nourriture aux personnes placées en quarantaine, aux malades en traitement, à leurs familles, aux villages les plus touchés.

Le PAM coordonne également toute la logistique de la mission d’urgence mise en place par les Nations unies. Il faut planifier la construction de centres médicaux, fournir des lits aux malades, assurer les transports, organiser le stockage, collecter les fonds, informer. « C’est bien sûr la première épidémie de cette ampleur », m’explique Susana Rico, assise devant une pile de documents, sous la tonnelle qui se trouve dans le jardin des bureaux du PAM à Dakar.

La pause est bienvenue : elle rentre tout juste du Liberia, où elle a passé les dernières semaines. Comment vont les choses là-bas ? Un ange passe. « L’empreinte d’Ebola est partout, les activités sont arrêtées : les marchés, les récoltes… La population est plongée dans une profonde douleur », dit-elle.

Susana Rico en a pourtant vu d’autres. Employée par les Nations unies depuis le milieu des années 1970, nourrie à l’adrénaline pendant deux décennies, l’Uruguayenne fait partie des membres les plus expérimentés du PAM. De ceux qui ont forgé la réputation des équipes opérationnelles qui, sur la ligne de feu, luttent contre les famines, les guerres et autres atrocités.

«  Après des années à travailler dans des conditions difficiles, nous devenons assez à l’aise, pourrais-je dire… Mais ça ? » lance-t-elle. Un grand saut dans l’inconnu. « C’est pourquoi on rappelle des gens comme moi. Pour des situations extraordinaires. »

Il faut en effet réinventer les façons de faire, revoir les mesures de sécurité. En octobre, par exem­ple, son équipe en était à la quatrième réécriture, en un mois, du protocole qui guide les travailleurs humanitaires dans la lutte contre Ebola. « Nous avançons à tâtons dans un environnement dont on connaît trop peu encore. »

Un mot d’ordre, toutefois : il faut bouger. Et vite.

Et la peur ? « Il faut avoir peur ! » répond vivement Susana Rico. Elle se reprend vite et ajoute en riant : « Mon fils m’a dit de bien faire attention, et je l’écoute, cette fois… »