À Venise, l’espoir renaît et demain se dessine

Circuler sans se faire bousculer, ne plus être importuné par la pollution visuelle et sonore de boutiques absurdes… On se demande comment on a pu supporter cela avant et, surtout, comment ce sera demain.

Burano, l'une des îles de la lagune de Venise (Photo : Lopez Robin / Unsplash)

Je vous écris de Venise où l’espoir renaît. Au 41e jour de confinement, ce n’est pas encore l’euphorie mais la maladie régresse, les mesures de sécurité s’assouplissent et il nous est enfin permis de marcher le nez au vent — pourvu qu’il soit masqué ! — pour profiter un peu de Venise au repos, vide comme jamais plus nous ne la verrons, poignante comme un sourire après les larmes.

Les glycines ont fleuri tandis que nous étions reclus et privés de printemps. Nous voici convalescents, émerveillés et prudents, émus de pouvoir prendre quelques chemins de traverse entre deux sorties de première nécessité. Au compte-goutte, nous retrouvons le goût des choses, émus de voir rouvrir une librairie, une papeterie. Leurs vitrines de nouveau visibles sont la preuve de leur survie. Mais l’immense majorité des rideaux de fer demeurent fermés. On s’arrête devant certains comme au chevet d’un malade, craignant qu’ils ne se relèvent pas. Une pâtisserie où, par tous les temps, on prenait chaque matin son café. Un restaurant où l’on était comme à la maison. L’échoppe d’un artisan où se partageait l’amour des belles choses bien faites.

Et puis il y a toutes ces devantures occultées, derrière lesquelles nous ne savons même plus ce qu’il y avait avant ! Des rues entières de façades borgnes vouées autrefois à l’inutile, la pacotille, le « souvenir » made in China, les sucreries industrielles, le vêtement jetable fabriqué par des esclaves parce que lorsqu’on paye une robe cinq euros il y a forcément, quelque part, quelqu’un qui n’a pas été payé pour la fabriquer… Ces magasins ne s’adressent pas aux Vénitiens. Ils ont essaimé pour satisfaire un tourisme voué à disparaître, celui qui consommait Venise comme une attraction, indifférent à son histoire et à son âme.

Pour les Vénitiens, pour les amoureux de la Sérénissime dont chaque séjour est un bienfait pour la ville, on espère que survivront les quelques commerces traditionnels que la spéculation sur les loyers n’avait pas déjà vaincus.

En attendant, on finit par s’habituer à circuler sans se faire bousculer, à ne plus être importuné par la pollution visuelle et sonore de boutiques absurdes, on se demande comment on a pu supporter cela avant et, surtout, comment ce sera demain. Pour l’heure, les Vénitiens toujours ingénieux s’adaptent aux contraintes dont leur histoire n’a jamais été avare…

Sous mon balcon, des barques à rames traditionnelles glissent sur l’eau paisible du canal et assurent des livraisons de légumes bio cultivés dans la lagune. Consommer local, sans pollution, à kilomètre zéro…

Et si, en revenant à ces fondamentaux, Venise était déjà en train d’écrire le monde de demain ?

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Tout n’est pas idylliques en temps de confinement. Il n’y a pas d’un côté les « méchants » touristes sans âme et de l’autre côté le « bon » vénitien. Il y a beaucoup de Vénitiens qui vivaient de ces marchés de pacotilles, de location de Airbnb, les employés des restaurants, hotels et autres bars à café dépendaient très largement du pourboire de ces « maudits touristes ». Tout est à repenser, à reconstruire et j’ose espérer qu’une certaine sagesse ce sera installée.

Totalement d’accord avec vous Anne. Quand certains vénitiens n’auront plus d’argent dans leur compte de banque pour manger ou se loger ,ils supplieront a genoux pour le retour des « maudits touristes » sinon ca sera la famine et non la covid qui va les tuer.

Merci pour ces superbes billets pleins de poésie, d’humanité et d’intelligence. Nous découvrons une Venise apaisée, calme qui a retrouvé pureté et silence.
J’ai découvert Venise en septembre dernier et je suis tombée amoureuse de cette ville. Au fil de mes flâneries, je me suis retrouvée dans des endroits si paisibles et si charmants. Tout y était beauté ce mélange de pierres, de tuiles, de couleurs passées, d’eau, de soleil. Un coup de cœur ! Merci encore et prenez- bien soin de vous.
Mary Line de Lacanau.

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