À Venise, on naît, on vit, on devient

En allant à l’école, l’enfant vénitien entraîne son œil, forme son goût sans même s’en rendre compte. Venise l’éduque.

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Je vous écris d’une ville où les enfants naissent deux fois. Une première fois dans la vie, une deuxième fois dans la beauté. Dans leurs yeux à peine ouverts, le gris-bleu lacté de la lagune et le ciel sont gravés, le rose des briques ou le blanc de la pierre d’Istrie noyé dans la sauge ou dans la malachite des canaux, tout flou exalté par les lumières que l’on voit seulement ici ou dans les œuvres des peintres vénitiens de la Renaissance ou du XVIIe siècle. Ce qui s’équivaut parce que la ville présentée dans les musées diffère peu de celle qui vit aujourd’hui son 46e jour de confinement. Comment douter que l’imagination des enfants vénitiens et leur personnalité se construisent à ce contact ?

Venise est une ville égalitaire, car elle offre à ses enfants, indépendamment de l’origine ou de l’arrière-plan social, le privilège de grandir dans une familiarité unique avec l’histoire, l’art, la culture. En allant à l’école, souvent sans adulte parce que l’absence de voiture et de crime lui offre toute la sécurité de se déplacer librement, l’enfant vénitien entraîne son œil, forme son goût sans même s’en rendre compte. Venise l’éduque. Venise est aussi la norme qu’un jour affrontera le reste du monde, celui qui commence au-delà du seul pont qui relie Venise à la terre ferme. Comment pouvons-nous ne pas regretter que cette éducation vénitienne ne soit pas la norme pour tous les enfants du monde ?

Être un enfant à Venise signifie aussi laisser la trottinette devant la maison ou à l’école en étant sûr de la récupérer, jouer avec les amis dans les champs où se sentent les langues du monde entier, découvrir la nature en apprenant la vogue à la vénitienne sur la lagune ou pendant les excursions en bateau en famille. L’enfant vénitien a des terrains de foot et des piscines, mais très peu d’espaces verts, les adolescents flirtent et nagent avec leurs petits bateaux… Une fois grands, certains sortent pour explorer le monde, beaucoup reviennent et tous restent vénitiens dans leur cœur. Comme Casanova, désireux d’être adopté par Paris, mais répondant à Madame de Pompadour qui lui demandait s’il venait vraiment de « là-bas » : « Madame, Venise n’est pas là-bas, mais là-haut. »

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J’aime vos articles. Je n’ai jamais vu Venise. Je la vois à travers vos yeux, à travers votre coeur.
Et maintenant, grâce à la Covid-19, je choisis de ne jamais aller la voir.
Parce que je veux la conserver dans mon coeur et dans ma tête aussi belle qu’elle est redevenue depuis que le tourisme s’en absente.

Voir Venise, la parcourir dans tous les sens, en plein jour comme a la tombee de la nuit, cela ferait pourtant partie des plus beaux souvenirs de votre vie…

Plus jeune je n’étais pas pressé de découvrir Venise. Je pensais que les livres et les films suffiraient et je redoutais l’excès de touristes. Ma femme m’a fait découvrir cette ville incroyable … nous y retournons tous les ans. L’année prochaine devrait être le 32 ème séjour ! Aller à Venise une fois dans sa vie devrait être obligatoire !

Le plaisir de lire et relire les articles sur Venise de Arièle Butaux!

Bonjour,
Un grand merci de partager toutes ces émotions que cette cité peu inspirer et qui me manquent.
Les sons sonnent comme nul par ailleurs sans parler de la palette de couleurs à découvrir le long de la journée.
Je songe à une seule chose, enlacer l’arbre qui veille devant San Giovanni et Paolo et juste profiter de cet instant en oubliant tout le reste.

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