Acte d’un terroriste ou crime d’un déséquilibré ?

Rappelant les méthodes du groupe armé État islamique, la mise en scène macabre de Yassin Salhi semble avoir cristallisé les peurs d’une partie de la population en France, qui est encore en état de choc après l’épisode Charlie Hebdo.

Photo: Philippe Desmazes/AFP/Getty Images
Photo: Philippe Desmazes/AFP/Getty Images

FouineurCe vendredi 26 juin, à 9 h 28, Yassin Salhi s’est présenté au volant de son véhicule à l’entrée de l’usine du groupe américain Air Products, à Saint-Quentin-Fallavier, petite bourgade près de Lyon, en France. Ce chauffeur-livreur de 35 ans, habitué des lieux où il a régulièrement effectué des livraisons, a passé sans encombre la sécurité. Tel un kamikaze, il s’est alors rué sur un hangar où étaient entreposées des bonbonnes de gaz, déclenchant instantanément une explosion qui l’a blessée légèrement au visage.

Avant qu’il n’ait pu tenter de provoquer une autre explosion, il a été maîtrisé par deux pompiers rapidement arrivés sur les lieux. Sur place, les autorités ont découvert un corps décapité à l’arrière du véhicule, la tête ayant été accrochée par Yassin Salhi sur le grillage du site de l’entreprise, au milieu de drapeaux islamiques. La victime n’est autre que Hervé Cornara, 54 ans, chef de l’entreprise qui employait Yassin Salhi.

Avant de pénétrer dans l’enceinte de l’usine, ce dernier avait réalisé un égoportrait qui le mettait en scène aux côtés de la tête décapitée de son patron. Il a par la suite envoyé cette photo grâce à l’application WhatsApp à un destinataire possédant un numéro canadien. Avec la collaboration du Canada, les autorités françaises ont par la suite établi qu’il ne s’agissait que d’un relais vers le véritable destinataire, un djihadiste français parti combattre dans les rangs de l’État islamique (EI) en Syrie. Il s’agirait, selon les enquêteurs, du «seul ami» de Yassin Salhi. Toute la question, pour les autorités françaises, est de déterminer si l’acte de Yassin Salhi a pu être encouragé depuis l’étranger.

Interrogé par le journal Le Parisien, l’ancien entraîneur d’arts martiaux de Salhi a renforcé l’idée d’une instrumentalisation. Il a décrit son ancien élève comme ayant une «double personnalité», avec des abords «très doux» cachant une «colère intense». «C’était une bombe à retardement, et je savais au fond de moi qu’un jour elle exploserait. Mais ce n’était pas un meneur : je suis persuadé qu’on l’a utilisé, lobotomisé.»

Cependant, cet attentat n’a pas été revendiqué par l’État islamique – au contraire de l’attaque de Sousse, en Tunisie, qui s’est déroulée le même jour – ou par une autre organisation terroriste. Selon Le Parisien, Yassin Salhi s’est même montré confus au moment d’expliquer ses motivations. «Il a notamment évoqué des difficultés personnelles liées, à la fois, à son travail et à sa vie de famille qui auraient pu le pousser à commettre son geste», a confié une source proche de l’affaire au journal.

Ces déclarations ne sont pas anodines : deux jours avant les faits, une violente altercation aurait opposé Hervé Cornara à Yassin Salhi sur leur lieu de travail, le premier reprochant au second d’avoir fait tomber une palette de matériel informatique. Selon Le Monde, le suspect aurait également eu une scène de ménage avec sa femme la veille du drame : il lui aurait reproché de ne pas être assez religieuse, et elle aurait répliqué en le menaçant d’un divorce.

Alors, islamisme radical ou vengeance personnelle ? Acte d’un terroriste ou crime d’un déséquilibré ? Trois jours après les événements, ces questions, et bien d’autres encore, restent en suspens. Mais les faits laissent penser à une démarche individuelle sous couvert de djihad. «En l’état actuel de l’enquête, cela ressemble à un individu radicalisé de longue date, chez qui une soudaine pulsion meurtrière et suicidaire déclenche un processus irrationnel teinté de djihadisme. Comme si l’envie de meurtre avait précédé l’intention terroriste», a expliqué au Monde un haut gradé de la police française.

Si Yassin Salhi a un temps été dans la mire des services de renseignements, qui l’ont suspecté jusqu’en 2008 de s’être radicalisé, il ne faisait pas l’objet d’une surveillance particulière. Lors de la perquisition de son domicile, la police n’a d’ailleurs trouvé aucun matériel de propagande radicale.

Malgré tout, la mise en scène macabre rappelant les méthodes de l’EI semble avoir cristallisé les peurs d’une partie de la population en France, qui est encore en état de choc après les attentats ayant notamment touché l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, en janvier dernier. Et la terminologie employée par le gouvernement français n’est pas propice à l’apaisement. Le président François Hollande a été le premier, vendredi, à parler d’attaque «de nature terroriste», alors que le premier ministre Manuel Valls a tout bonnement parlé de «guerre de civilisations», même s’il a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une «guerre entre l’Occident et l’islam».

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Une des principales questions posée par ce billet, c’est de savoir si les politiciens, mais encore les médias n’auraient pas cette « fâcheuse » tendance actuellement à vouloir un peu systématiquement instrumentaliser le terrorisme jusqu’à pousser l’odieux de présenter des actes de nature criminels commis par des personnes souffrant de troubles mentaux, qui alors sont assimilés à des actions terroristes. — Qui sait ?

On pourrait toutefois poser la question autrement et s’interrogeant quant au fait que pour accomplir un acte de terrorisme, c’est un prérequis d’être quelque part déséquilibré mental. Qu’est-ce qui pourrait amener une personne qui a toute son intégrité à commettre de tels gestes ?

Que vous décapitiez votre boss parce que vous avez un différend avec lui ou que vous décidiez d’abattre froidement des touristes sur une plage, des gens sans défenses et sans armes. Dans l’un ou l’autre des cas. Il y a quelques choses ou quelque virus dans votre système d’exploitation qui fait que les algorithmes du programme qui font fonctionner votre cerveau, se trouvent à un moment donné altérés, tandis que simultanément une sorte de programme « alien » (venu d’ailleurs) s’est glissé quelque part pour prendre le contrôle de vos idées.

Dans ce cas, il faut comprendre ce que c’est que le conditionnement et surtout ce qui dans une vie permet de conserver intacts ou bien pas, les paramètres de conditionnement initiaux. Peut-être également faudrait-il s’interroger sur la pensée et/ou si le refoulement intense de cette faculté n’est pas la porte d’entrée de tous dérèglements du cerveau.

Quoiqu’il en soit, ce qui interpelle dans cette affaire, c’est que le tueur : Yassin Salhi ; a bien choisi de mettre en scène son crime de manière à projeter l’image subliminale auprès de public, qu’il s’agissait bien d’un acte terroriste inspiré par les pratiques de l’État Islamique et que son acte comme tel transcendait le droit commun puisque par son acte, il devenait rien de moins qu’un instrument du divin. Ainsi s’il avait perdu la vie, cela n’aurait pas été long avant qu’une organisation salafiste ou autre, l’érige dans les minutes suivantes comme un martyre de l’islam, ne récupère et ne revendique l’action.

Il n’en demeure pas moins que si Yassin Salhi n’avait pas été intercepté par de braves pompiers. Il aurait pu causer bien du tort en faisant sauter en chaine tout un stock de bombonnes de gaz entreposées sur ce site. En sorte que si la motivation première était de se venger de son patron, la finalité reste néanmoins que sa vengeance aurait pu avoir ces conséquences effroyables qui sont le propre de tous actes qui relèvent du terrorisme. Quand la duplicité de sa personnalité démontre le niveau élevé de sa perversité.

En somme la grosse erreur commise par Yassin Salhi, c’est d’avoir réussi à survivre à son crime. Ce qui ne peut que laisser planer un doute sur le caractère céleste de sa motivation. Ou peut-être que dans ce cas, son ange gardien n’était pas dupe et c’est pour cette raison là qu’il l’a laissé en vie à fin qu’il embrasse comme il se doit : la justice des hommes.

Quelle gloire peut-on tirer à travestir la vérité pour se rendre finalement justifiable de crimes crapuleux qui sont perpétrés sur le corps de simples innocents ?

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