Ailleurs dans le monde, la cloche a déjà sonné

Alors qu’élèves et étudiants québécois se demandent s’ils reprendront bientôt le chemin de l’école, certains pays ont déjà amorcé la réouverture de leurs établissements scolaires. Pour mieux s’y retrouver, L’actualité a préparé ce tour d’horizon. 

Photo : L'actualité

Enseignement à distance, création de petits groupes, reports d’examens, augmentation de la fréquence du lavage des mains : d’un pays à l’autre, les modalités de retour en classe se suivent mais ne se ressemblent pas.

Alors que 1,4 milliard d’élèves et d’étudiants devront à un moment ou un autre retourner s’asseoir sur les bancs d’école, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Commission européenne ont récemment publié leurs listes de critères à respecter avant de songer à une reprise des activités. À l’instar du déconfinement général, l’enseignement en personne n’échappe pas à deux grands principes directeurs : l’application cruciale de mesures de prévention et le caractère progressif de la reprise.

Le Canada pourrait-il s’en inspirer?

 

Le Danemark : premier à rentrer

Premier pays d’Europe à renvoyer ses élèves sur les bancs d’école, le Danemark a rouvert ses institutions d’enseignement le 15 avril, en commençant par accueillir environ la moitié des jeunes de 11 ans et moins. 

  • Ouverture des services de garde le 15 avril.
  • Reprise graduelle des cours pour les élèves du primaire du 15 au 20 avril.
  • Reprise des cours pour les élèves du secondaire le 10 mai.

Les salles de classe ont été réaménagées pour respecter une distance de deux mètres entre chaque pupitre, les espaces communs (gymnase, bibliothèque, cafétéria…) sont maintenant dédiés à l’enseignement et les récréations se déroulent en petits groupes. Les enfants sont de plus invités à se laver les mains environ une fois toutes les heures, tandis que les arrivées et les départs sont échelonnés sur une plus longue période qu’avant et doivent si possible se dérouler à l’extérieur. 

 

La Norvège : en classe avant les vacances

Après son refus d’entériner, à la fin mars, la recommandation de l’Institut norvégien de la santé publique, qui prônait un retour en classe dès le lendemain du congé pascal, la première ministre Erna Soldberg souhaite maintenant que tous les élèves puissent progressivement reprendre les cours avant les vacances estivales.

  • Réouverture des services de garde à partir du 20 avril.
  • Reprise des cours pour les élèves de l’école primaire à partir du 27 avril.
  • Reprise très graduelle pour les élèves de l’école secondaire à partir du 27 avril, avec priorité accordée à certains élèves de 2e et 3e années.

Les collèges et universités pourraient de leur côté bientôt accueillir les étudiants en fin de programme et ceux qui ont besoin de matériel sur les campus. Des mesures sanitaires seront mises en place pour assurer la sécurité des élèves et du personnel, tandis que les enfants à risque ou habitant avec des personnes à risque pourront poursuivre leurs cours à distance.

 

L’Allemagne : les examens d’abord

À la suite de pourparlers avec les Länder (l’équivalent des provinces), qui disposent de vastes pouvoirs en éducation, la chancelière Angela Merkel a consenti à ce que les cours reprennent graduellement dès le début du mois de mai, avec une priorité accordée aux élèves qui doivent passer des examens et à ceux qui sont en dernière année du primaire.

  • Reprise progressive des cours à partir du 4 mai, selon les modalités devant être déterminées par les Länder.
  • Fermeture des services de garde jusqu’à l’automne.
  • Mise en place de mesures de sécurité, notamment dans les autobus scolaires, dans les classes et lors des récréations, et port du masque obligatoire envisagé.
Les cours vont reprendre en mai en Allemagne, avec une priorité accordée aux élèves qui doivent passer des examens (Photo : EPA/Armando Babani)

Les Länder devant chacun préparer leur plan de retour en classe, les dispositions pourraient varier d’un Land à l’autre. La chancelière allemande a toutefois assuré, en conférence de presse, que des mesures de sécurité seraient mises en place partout. Le GEW (Syndicat de l’enseignement et des sciences), le plus grand syndicat d’enseignants au pays, doute cependant du réalisme de l’application des mesures évoquées. Dans une entrevue accordée à l’hebdomadaire Der Spiegel et reprise par le Guardian, un de ses représentants affirme que le nombre de professeurs n’est pas suffisant pour maintenir des classes de 15 étudiants et moins, les salles de classe sont trop exiguës pour permettre la distance de deux mètres entre les pupitres, tandis que le respect des règles de distanciation physique par de jeunes enfants relève de l’utopie.

 

La France : retour en mai en petits groupes

Le président Emmanuel Macron a annoncé la réouverture progressive des services de garde et des établissements d’enseignement à compter du lundi 11 mai. Les modalités du retour à l’école ont été précisées mardi dernier devant l’Assemblée Nationale par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale.

  • Rentrée du préscolaire et du primaire, de même que des élèves appartenant à des classes de moins de 15 élèves en milieu rural le 11 mai.
  • Réouverture des collèges, à commencer par les classes de 6e et de 3e, et des lycées à compter du 18 mai. 
  • Retour en classes pour le reste de la population étudiante le 25 mai.

En plus du nombre maximal délèves par classe qui a été fixé à 15, diverses mesures sanitaires sont évoquées, dont le port du masque et le passage d’un test sérologique pour les élèves et le personnel.

 

La Suisse : un plan en trois phases

La Suisse a dévoilé son plan de déconfinement en trois phases le 16 avril dernier. Une première étape sera franchie à la fin du mois d’avril avec la réouverture des services de garde. Puis, ce sera au tour des écoles primaires en phase deux et, enfin, celui des autres institutions d’enseignement quelques semaines plus tard.

  • Réouverture des services de garde le 27 avril.
  • Réouverture partielle des écoles le 11 mai, en commençant par les élèves les plus jeunes.
  • Réouverture des établissements du niveau secondaire, des universités et des écoles professionnelles le 8 juin.

Le vice-chancelier a écrit sur Twitter que « les effets de chacune des étapes seront observés attentivement » et que « le passage à l’étape suivante ne sera enclenché que si aucune augmentation significative des cas de COVID-19 n’est constatée ». 

 

Le Japon : retour à la case départ

Considérée à un certain moment comme un modèle de contrôle du virus, la préfecture d’Hokkaido, située dans le nord de l’archipel japonais, a d’abord rouvert progressivement ses écoles le 19 mars dernier. Elle a cependant déclaré de nouveau l’état d’urgence à la suite d’une résurgence du virus, trois semaines plus tard, et a vite été suivie par le reste du pays.

  • Fermeture des écoles d’Hokkaido depuis le 12 avril.
  • Fermeture des écoles sur l’ensemble du territoire japonais le 16 avril, à la suite de la déclaration d’urgence nationale par le premier ministre Shinzo Abe en raison d’une seconde vague de contamination.
  • Enseignement à distance offert dans certaines écoles seulement, majoritairement du côté du privé.

Selon Rochelle Kopp, professeure de management à l’Université de Kitakyushu dans la préfecture de Fukuoka, et citée par The Japan Times : « Plusieurs écoles privées au Japon étaient prêtes et ont effectué la transition vers l’enseignement à distance rapidement. Toutefois, les écoles publiques ont de manière générale été incapables de s’adapter. Je pense qu’elles n’avaient pas vraiment anticipé cette situation. »

 

Singapour : reprise partielle, examens reportés

L’un des premiers endroits au monde à avoir détecté des cas de coronavirus après la Chine, Singapour avait vu sa réponse initiale à la crise être saluée, notamment par l’OMS. La cité-État avait en effet réussi à contenir la propagation du virus par un traçage strict des contacts entre personnes, sans recourir à des mesures de confinement à grande échelle. Mais malgré le contrôle quotidien des élèves et du personnel des établissements scolaires, la cité-État a dû faire volte-face et fermer les écoles devant une seconde vague de contamination sur son territoire.

  • Fermeture partielle des écoles depuis le 8 avril, après une recrudescence des cas.
  • Cours par vidéoconférence une journée par semaine pour les élèves du primaire, du secondaire et des collèges, depuis le 8 avril et au moins jusqu’au 4 mai.
  • Présence physique à l’école uniquement possible pour les enfants dont les parents doivent continuer de travailler et qui n’ont pas de solution de rechange.

À l’exception des examens nationaux de langue, les examens de mi-année de juin seront annulés afin de réduire l’anxiété des élèves, tandis que ceux de fin d’année, comme le PSLE (Primary School Leaving Examination) pourraient se voir allégés de certains contenus malgré leur haute importance.

 

Une enseignante sud-coréenne donne un cours en vidéoconférence à ses jeunes élèves (Photo : EPA / Yonhap)

La Corée du Sud : retour virtuel pour l’instant

En Corée du Sud, les écoles ont amorcé leur réouverture au début du mois d’avril… en ligne. Le début de l’année scolaire, qui a normalement lieu en mars, avait été repoussé plusieurs fois. Les autorités sud-coréennes ont décidé de procéder par étapes, en commençant par l’enseignement à distance.

  • Reprise des cours par vidéoconférence échelonnée entre le 9 et le 20 avril, d’abord pour les élèves les plus vieux, puis pour les jeunes de niveau primaire. 
  • Services de garde fermés.
  • Retour physique en classe incertain à ce jour.

Le ministère de l’Éducation a instauré un service de prêts d’outils technologiques pour accommoder les quelque 223 000 élèves ayant indiqué ne pas détenir les outils nécessaires aux cours à distance, tandis que des organismes de bienfaisance ont fait don de tablettes et d’ordinateurs, en plus de partager leur savoir-faire numérique. Reconnue pour son système scolaire exigeant, la Corée du Sud a de plus repoussé ses très compétitifs examens d’entrée à l’université du 19 novembre au 3 décembre. 

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