Al-Qaida : le business des otages

Al-Qaida finance maintenant l’essentiel de son recrutement, de la formation et de ses achats d’armes grâce aux rançons payées pour libérer les otages européens.

Abdelmalek Droukdel, le chef d'al-Qaida au Maghreb islamique (Photo © THOMAS COEX / AFP / Getty Images)
Abdelmalek Droukdel, le chef d’al-Qaida au Maghreb islamique (Photo © THOMAS COEX / AFP / Getty Images)

FouineurEnlever des ressortissants européens et les libérer en échange de rançons est devenu un modèle d’affaires pour al-Qaida, qui finance ainsi ses opérations dans le monde entier. Les gouvernements européens nient payer ne serait-ce qu’un euro pour la libération d’otages, mais une enquête du New York Times révèle que, depuis 2008, al-Qaida a généré pas moins de 125 millions de dollars américains de revenus grâce aux enlèvements. De ce chiffre, 66 millions ont été acquis l’année dernière seulement. Sans le vouloir, la France est devenue le plus grand contributeur européen de l’organisation terroriste.

Entre 2008 et 2014, Paris a versé un total de 58,1 millions de dollars américains en rançons auprès d’al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) pour libérer ses ressortissants retenus en otages. Durant cette même période, le Qatar et Oman – souvent utilisés comme des intermédiaires – ont payé 20,4 millions à al-Qaida dans la péninsule arabique pour obtenir la remise en liberté de deux Finlandais, d’un Australien et d’un Suisse. Dans la même veine, la Suisse a dû payer 12,4 millions, l’Espagne 11 millions et l’Autriche 3,2 millions. Des rançons totalisant 21,4 millions n’ont pu être attribuées à l’un ou l’autre pays.

Le quotidien new-yorkais explique qu’en 2003, il a fallu trois valises pour acheminer les cinq millions d’euros nécessaires à la libération de 32 otages européens. Officiellement, l’Allemagne apportait cet argent pour de l’aide humanitaire au Mali. Mais, en réalité, les billets ont été livrés à un groupe d’extrémistes islamiques. Cet épisode est aujourd’hui devenu un rituel bien rodé.

À ses débuts, al-Qaida trouvait son argent dans les portefeuilles bien garnis de donateurs, mais les responsables de la lutte antiterroriste estiment que le groupe finance maintenant l’essentiel de son recrutement, de la formation et de ses achats d’armes grâce aux rançons payées pour libérer les otages européens.

« Plusieurs diplomates de haut rang impliqués dans des négociations passées ont parlé de la décision de payer une rançon pour les citoyens de leur pays comme d’un calcul atroce : vaut-il mieux accéder aux demandes des terroristes ou laisser des innocents être tués publiquement, souvent de manière horrible ? Cependant, le fait que l’Europe et ses intermédiaires continuent de payer a déclenché un cercle vicieux », a expliqué l’auteur de l’enquête, Rukmini Callimachi.

Car chaque rançon payée en appelle une autre. Et il s’agit là d’un commerce florissant, dont les tarifs n’ont cessé d’augmenter ! En 2003, les ravisseurs recevaient environ 200 000 dollars américains par otage. Aujourd’hui, le prix a grimpé jusqu’à dix millions.

« Le flux de revenus générés est si important que des documents internes montrent qu’il y a cinq ans, le commandement central d’al-Qaida au Pakistan supervisait les négociations pour des otages enlevés en Afrique. De plus, les récits de survivants qui étaient pourtant détenus à des milliers de kilomètres les uns des autres révèlent que les trois principales organisations affiliées au groupe terroriste – AQMI, dans le nord de l’Afrique, al-Qaida dans la péninsule arabique, au Yemen, et les shebab, en Somalie – coordonnent leurs efforts et respectent un protocole d’enlèvement commun », a ajouté Rukmini Callimachi.

Enlèvement, mode d’emploi

Le journaliste du New York Times, qui a réalisé des entrevues avec des anciens otages, des négociateurs, des diplomates et des représentants de gouvernements dans une dizaine de pays d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient, en a appris beaucoup sur ce protocole d’enlèvement.

Pour ne pas faire prendre de risques à ses combattants, les groupes terroristes sous-traitent la prise d’otages à des groupes criminels qui travaillent à la commission. Les négociateurs, eux, touchent environ 10 % du montant de la rançon, ce qui crée une motivation des deux côtés de la mer Méditerranée pour faire gonfler les prix, selon les dires mêmes d’anciens otages et de responsables de la lutte antiterroriste. La négociation en elle-même débute par de longues périodes de silence, afin de créer la panique dans le pays d’origine des otages. Puis, ces derniers apparaissent dans des vidéos, suppliant leur gouvernement de négocier.

« Bien que les ravisseurs menacent de tuer leurs victimes, une revue des cas connus a révélé qu’un faible pourcentage des otages détenus par les groupes affiliés à al-Qaida ont été exécutés durant les cinq dernières années, ce qui constitue un tournant par rapport à dix ans en arrière, lorsque des vidéos en ligne montraient régulièrement des décapitations d’étrangers par l’antenne du groupe en Irak. Aujourd’hui, le groupe a compris qu’il pouvait faire avancer la cause du djihad en gardant les otages en vie et en les échangeant contre des prisonniers et des valises de billets. »

Seule une poignée de pays refuse toujours de payer une rançon, à commencer par les États-Unis et la Grande-Bretagne. En conséquence, peu de ressortissants de ces nations s’en sont sortis vivants. Mais peu d’entre eux sont enlevés.

« [L’Europe a] une politique à double-face. Ils payent des rançons, puis nient les avoir payées. Le danger, ce n’est pas seulement de faire grandir le mouvement terroriste, c’est aussi de rendre nos ressortissants vulnérables », a affirmé Vicki Huddleston, ancienne haute responsable gouvernementale et ambassadrice au Mali en 2003, à l’époque où l’Allemagne avait accepté de payer la rançon citée précédemment.

Durant les cinq dernières années, un tiers des 53 otages enlevés (selon ce que l’on sait) par des groupes affiliés à al-Qaida étaient de nationalité française. Les Américains, eux, ne comptent que pour 5 % de ce total. Comme le suggère l’auteur, al-Qaida semble avoir identifié quels gouvernements sont prêts à payer des rançons, et ce, malgré les accords internationaux stipulant la fin de cette pratique – comme celui signé lors du sommet du G8, l’an passé.

À lire : l’extraordinaire enquête de Rukmini Callimachi, qui raconte également comment les cellules terroristes enterrent l’argent des rançons dans le désert.

Les commentaires sont fermés.

Personne ne veut vraiment admettre que nous sommes en train de vivre une guerre sainte avec l’Islam. Nous en paierons le prix, tôt ou tard.

Je ne comprend pas qu’il y ait encore des personnes comme Cibsim qui croient au clash des civilisations. Il n’y a aucune guerre sainte avec l’islam. Ceux qui font parti d’Al-Qaida ne sont ni représentatif de l’islam ni des musulmans en général. Al-Qaida est constitué de fous et de criminels, la majorité le comprennent très bien .. Malheureusement il reste encore de tristes individus, comme ce dénommé Cibsim, qui créer volontairement et de manière pernicieuse la mésentente et la confrontation.

F aut vraiment avoir les yeux fermés « ben dure » pour ne pas voir,M. Cruel!
Al-Quaida, Boko Haram, GICM et tous les autres terrorismes musulmans font quoi?
Une poignée de musulman en guerre partout dans le monde, çà commence à faire beaucoup de monde et malheureusement ce sont leurs gestes qui nous parlent de l’Islam.