Amours interdites

Le Canada devrait-il prendre ses distances par rapport à un pays qui viole les droits de la personne en incarcérant des homosexuels ? La question se pose, après la condamnation de neuf Sénégalais à huit ans de prison ferme pour actes « contre nature ».

Ce jugement a suscité la consternation, tant au Sénégal qu’à l’étranger. En France, le président, Nicolas Sarkozy, a exprimé son « émotion ». Une de ses ministres, Roselyne Bachelot, a même fait part de son « indignation ».

Ottawa est resté discret. Interrogé par L’actualité, le cabinet du ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, s’est dit « préoccupé » par la répression de l’homosexualité au Sénégal. Le Canada a dénoncé des peines « particulièrement sévères » au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à Genève, en février dernier. Le ministre sénégalais de la Justice, Madické Diang, a objecté que la communauté internationale devait tenir compte des « particularités sociologiques » de son pays.

Le Sénégal, pays musulman qui fut jadis un phare en matière de droits et libertés, est un partenaire privilégié du Canada. Il s’agit même du premier bénéficiaire, après le Mali, de l’aide canadienne en Afrique francophone. L’Agence canadienne de développement international y a envoyé 37 millions de dollars en 2006-2007. L’ACDI, qui doit en principe promouvoir le respect des droits de la personne, y compris ceux des « groupes marginalisés », vient de reconfirmer en février le Sénégal sur sa liste des 20 pays dans lesquels elle veut concentrer son action.

L’homophobie est parfois allée très loin : selon la RADDHO (Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme), des gais ont été agressés et des dépouilles d’homosexuels ont été profanées. « Des gens se sont acharnés sur des cadavres de façon horrible », dit son président, Alioune Tine.

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