Au chevet des trésors de Kaboul

La fondation Turquoise Mountain travaille à rebâtir le centre historique de la capitale de l’Afghanistan. Une initiative à long terme qui vise à préserver la culture du pays.

Murad Kahne s’éveille

Murad Khane est le dernier quartier médiéval de la ville. Situé en plein cœur de la capitale afghane, sur la rive nord de la rivière Kaboul, ce simple hameau construit à la fin du 18e siècle est rapidement devenu le cœur marchand d’une ville islamique en plein essor.

La déliquescence

Murad Khane n’a pas su garder sa beauté et sa prospérité d’antan. Vingt ans de guerre civile ont fait de ces cinq hectares s’étendant à l’ombre de la mosquée Pul-e Khishti un espace bombardé, pauvre et insalubre où les non-résidants évitaient jusqu’à tout récemment de s’aventurer. Des maisons de terre s’écroulaient et les systèmes d’égout, d’aqueduc et d’électricité étaient inexistants. En 2008, le World Monuments Fund a inscrit le quartier sur sa liste des 100 sites historiques les plus menacés au monde.

AVANT : Des rues pavées… d’ordures

De vieux résidants du quartier affirment que les ordures n’y ont pas été collectées pendant 60 ans. Les couches d’immondices se sont empilées au fil du temps, au point de former le pavement des rues ! À certains endroits, leur niveau était haussé de deux mètres, forçant les résidants à faire des contorsions pour entrer chez eux. L’une des premières missions de la fondation Turquoise Mountain fut de retirer, en 2006, les 15 000 m3 d’ordures qui obstruaient les rues. Un réseau de drains a été construit, deux puits ont été creusés et les ordures sont désormais collectées.

APRÈS : Le bazar reprend vie

Depuis qu’elles ont été nettoyées des ordures qui les recouvraient, les rues ont retrouvé leur activité et le bazar est redevenu un lieu de commerce où affluent de nouveau les Kaboulis. La fondation Turquoise Mountain est maintenant à l’œuvre pour rénover le Grand Sérail, un caravansérail historique constitué des bâtiments que l’on aperçoit à l’arrière-plan sur la photo. Une fois restauré, il abritera l’Institut pour l’architecture et les arts afghans.

Une main-d’œuvre au boulot

La ferronnerie est l’un des plus nobles et des plus anciens métiers en Afghanistan. Avec la revitalisation de Murad Khane et le retour de l’activité commerciale, ces forgerons suffisent à peine à la tâche. Ils symbolisent le retour au travail d’une population très durement touchée par la pauvreté.

AVANT : La maison Peacock

Joyau du patrimoine bâti de Murad Khane, la maison Peacock était dans un état de délabrement avancé en 2006. Jadis élégante, elle a été construite il y a de 120 à 150 ans par un richissime courtier qizilbash, du nom des chiites iraniens qui appuyèrent le fondateur de l’État afghan, Ahmad Shâh Durrani, au milieu du 18e siècle. La maison tire son nom des motifs de paon (peacock) qui ornent sa façade en bois de cèdre.

APRÈS : La maison Peacock

Cette ancienne demeure a été le premier bâtiment rénové par la fondation Turquoise Mountain, en 2006. Ouverte au public à la fin de l’année 2007, elle incarne le raffinement du patrimoine historique du quartier.

65 bâtiments rénovés

Ces enfants jouent dans un bâtiment historique récemment rénové. À l’instar de la maison Peacock, le bâtiment a été construit dans un style architectural typique du quartier. Jusqu’à présent, la fondation Turquoise Mountain a restauré pas moins de 65 bâtiments dans Murad Khane.

Des écoliers… et des écolières

Posant devant la maison Peacock, ces jeunes enfants vont à l’école primaire publique de Murad Khane, mise sur pied par la fondation. Elle accueille 140 élèves. C’est une école mixte comptant autant de garçons que de filles, chose inimaginable sous les talibans voilà à peine huit ans.

Une école publique et populaire

L’école primaire publique de Murad Khane, qui a ouvert ses portes en 2007, jouit d’une grande légitimité dans la collectivité. Sa mise sur pied découle de la volonté même de la population, qui avait été consultée par la choura, une sorte de conseil de quartier musulman. Le taux d’assistance aux cours est d’ailleurs de 98 %. Grâce à cette école, les parents n’ont plus à s’inquiéter de voir leurs enfants faire de longues marches périlleuses dans Kaboul pour s’instruire.

L’histoire par les histoires

Ces enfants écoutent les histoires d’un conteur, qui leur enseigne l’histoire de Kaboul. Cette activité fait partie du programme de développement communautaire de la fondation.

Le minaret bleu

Émergeant au-dessus des toits de Murad Khane, le minaret du sanctuaire Abu Fazl est l’un des principaux points de repère de Kaboul. Ce sanctuaire est également le plus important de la communauté chiite au pays. La fondation travaille étroitement avec la choura du sanctuaire à la revitalisation du quartier.

La ceinture de collines

De l’intérieur d’un bâtiment en rénovation, on aperçoit, à travers une fenêtre s’ouvrant sur le sud-ouest, quelques-unes des collines qui ceinturent la ville. Portant le nom de Takht-e Shah (trône du roi) et de Tapa-e-Borj (colline de la tour), ces hauteurs formaient jadis des défenses naturelles protégeant la vieille ville des envahisseurs.