Bienvenue au Sahelistan

Un « nouvel Afghanistan » est-il en gestation au Mali et au Nigeria ? Des rebelles islamistes, liés de près ou de loin à la nébuleuse al-Qaida, contrôlent désormais de vastes régions du Sahel. Coup d’œil.

Photo : Issouf Sanogo/AFP/Gettyimages

Territoire sous influence

Le groupe al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) est présent dans tous les pays du Sahel, non seulement au Mali, mais aussi en Algérie et au Niger. Les liens avec les islamistes de Boko Haram, au Nigeria voisin, et avec les shebabs somaliens, de l’autre côté du continent, sont avérés par la présence de quelques combattants au Nord-Mali, même s’ils sont pour le moment très limités.

Le spectre afghan

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a récemment fait part de sa crainte de voir la région se transformer en «?Sahelistan?». Les Occidentaux redoutent l’avènement d’un paradis des trafiquants et des preneurs d’otages qui pourrait servir de base arrière aux islamistes d’AQMI.

Imposer la charia…

Au Mali, les terroristes islamistes utilisent le nord du pays pour s’enrichir grâce à de nombreux trafics et à des prises d’otages. Ils profitent de l’instabilité générale – causée par un coup d’État en mars et par la révolte touarègue en début d’année – pour tenter d’imposer la charia dans les territoires qu’ils contrôlent.

… Et La terreur

Les islamistes qui contrôlent le Nord-Mali depuis la fin juin ont imposé le port du voile aux femmes, ont interdit la cigarette, la radio, le soccer… Ils ont aussi détruit une partie des mausolées historiques de la ville sainte de Tombouctou. Ils fouettent les couples adultères et ont récemment coupé la main d’un voleur. Un couple non marié ayant deux enfants – dont un bébé de six mois – a été exécuté par lapidation au début août.

La foi qui divise

Au Nigeria, les islamistes de Boko Haram veulent aussi imposer la charia dans le pays, dont le Nord est musulman et le Sud chrétien. Les rebelles cherchent à renverser le gouvernement central – une république fédérale dirigée depuis 2010 par le président chrétien Goodluck Jonathan – et compteraient sur un noyau dur de 300 combattants et sur des milliers de militants. Le conflit a fait plus de 1 400 morts depuis juillet 2009, dont 700 jusqu’à présent en 2012.

Populations en exil

Il y aurait quelques centaines de rebelles islamistes en ce moment au Mali, pays extrêmement pauvre et jadis réputé pour sa stabilité. Plus de 400 000 personnes ont fui le Nord-Mali, se déplaçant vers le sud ou se réfugiant dans les pays voisins. Les organisations de défense des droits de la personne recensent des dizaines de morts dans les combats.

Tensions Nord-Sud

Le Nord du Nigeria, pauvre et à majorité musulmane, s’estime laissé pour compte par le Sud chrétien, riche en raison du pétrole?: 75 % des gens du Nord vivent sous le seuil de pauvreté, contre 27 % des gens du Sud.

La riposte d’abuja

Abuja, la capitale nigériane, a décrété l’état d’urgence dans la majorité des États du Nord. Des milliers de policiers et de militaires y sont déployés – Abuja refuse d’en divulguer le nombre exact.

Washington s’en mêle

Boko Haram est une «?menace émergente?» pour les intérêts américains et la sécurité intérieure des États-Unis, a déclaré en novembre dernier un comité de
la Chambre des représentants. Puis, la sous-secrétaire d’État aux Affaires politiques, Wendy Sherman, s’est rendue au Nigeria en mars pour discuter de la crise avec les autorités. En juin, Washington a inscrit trois leaders du groupe sur sa liste antiterroriste. Les États-Unis envisagent d’ouvrir un consulat à Kano, ville de deux millions d’habitants située tout au nord du Nigeria.


* Hachures : Territoire sous l’emprise des islamistes

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