Brexit : les visages d’un pays divisé 

Alors que le Royaume-Uni a officiellement quitté l’Union européenne le vendredi 31 janvier, L’actualité est parti à la rencontre des Londoniens en ce jour historique. Portraits.

Photos : Ariane Labrèche

Louise, 17 ans, étudiante

Photo : Ariane Labrèche

« Je suis membre du Parti travailliste et je suis en faveur du Brexit. »

Avec ses cheveux platine et l’énergie de sa jeunesse, on la remarque au premier coup d’oeil au coeur de la foule réunie à Parliament Square en ce 31 janvier 2020. Ses opinions politiques ont de quoi surprendre.

« Je suis membre du Parti travailliste ainsi que du comité exécutif de ma circonscription et je suis en faveur du Brexit », explique-t-elle en guise de présentation.

Celle qui étudie présentement la politique, la psychologie et la littérature anglaise avoue que la possibilité d’un Brexit dur, où le Royaume-Uni quitterait totalement l’union douanière et le marché unique de l’Union européenne avec de potentielles conséquences financières à court terme, n’est pas celui dont elle aurait rêvé. « J’aurais préféré un Brexit en douceur, où nous serions restés plus alignés avec l’Union européenne, mais je crois qu’il est important dans tous les cas que le processus aille jusqu’au bout, affirme-t-elle. Ma circonscription a voté pour quitter l’UE à 67 %. Respecter le résultat du vote est plus important que tout. »

Louise croit d’ailleurs que c’est la tendance pro-européenne et la promesse d’un deuxième référendum adoptée par le Parti travailliste qui ont contribué à sa défaite sans appel aux dernières élections. « Les gens n’ont pas senti que mon parti les respectait », explique-t-elle.

Tandis qu’elle affirme se situer à l’extrême gauche du spectre politique, Louise espère que la réalisation du Brexit permettra à la société britannique de rediriger son budget vers l’éducation et la santé. Jusqu’à présent, le pays a dépensé plus de 6,3 milliards de livres sterling, soit 11 milliards de dollars canadiens, dans le processus du Brexit depuis 2016.

Même si elle voit bien que certaines franges du mouvement sont plus à droite, elle refuse l’étiquette anti-immigration souvent accolée au Brexit. « Les immigrés ont aidé à bâtir notre pays. Quand on prend le temps de parler aux gens qui ont voté pour le Brexit, on voit qu’ils veulent simplement une vie meilleure. Dans tous les cas, le plus dur est à venir : le processus de guérison de notre société. Il faut qu’on aille de l’avant. »

Wendyl, 47 ans, inapte au travail

Photo : Ariane Labrèche

« Je suis en colère face aux mensonges
et à la désinformation. »

« Honnêtement, j’ai même pensé au suicide », confie Wendyl en repensant au vote fatidique du 23 juin 2016. Si les pensées noires se sont depuis dissipées, la colère l’habite toujours, plus de trois ans après le référendum. « Je suis en colère face aux mensonges et à la désinformation qui ont été déversés par des pseudo-politiciens sur des gens ostracisés et défavorisés, qui de leur côté, ne sont pas capables de faire de recherche pour vérifier les faits », lâche Wendyl avec aplomb.

Se définissant comme une personne non binaire, Wendyl dit craindre le climat toxique qui a émergé du débat sur le Brexit et ouvert la porte à une plus grande intolérance. « Nigel Farage n’a jamais caché son dédain pour les personnes queer et ses partisans n’aiment pas les musulmans, les étrangers en général, et la différence en particulier », martèle Wendyl en faisant référence au fondateur du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni et figure de proue de la droite britannique.

La fermeté de Wendyl face aux discours violents de certains partisans du Brexit lui vient de son père. Juif, il faisait partie des manifestants qui ont réussi à empêcher la tenue d’un défilé des partisans de la British Union of Fascists sur Cable Street en 1936. « Nous avons toujours eu un problème avec le fascisme en Angleterre, même si personne ne semble s’en souvenir. C’est peut-être à cause des coupes répétitives des récents gouvernements conservateurs en éducation. Je déteste les termes nationalisme et populisme, car pour moi, ce sont des euphémismes pour parler de fascisme.»

Pour Wendyl, qui se souvient de l’histoire de son pays, marqué par la guerre et la pauvreté, quitter le navire européen c’est se détourner d’un héritage de prospérité et de paix. « Au moins, je peux continuer de vivre dans une ville multiculturelle, ouverte et où je peux apprendre des gens différents de moi », affirme Wendyl, le regard dirigé vers Downing Street, le lieu de résidence du premier ministre britannique.

Ben, 35 ans, charpentier

Photo : Ariane Labrèche

« Le vrai enjeu pour moi est l’absence de travail et de savoir manufacturier. »

« Je suis le seul homme noir au monde qui va vous dire ça, mais le racisme en 2020, c’est devenu une business qui fait vivre des médias comme CNN », balance Ben d’entrée de jeu.

Coiffé d’un chapeau en mousse à l’effigie du slogan de Donald Trump, Make America Great Again, et d’un grand Union Jack, le charpentier sait qu’il détonne. « Je suis célèbre aujourd’hui », rigole-t-il alors que plusieurs personnes s’arrêtent pour le prendre en photo.

Le jeune homme dans la trentaine est d’avis que bien qu’il y ait quelques problèmes de racisme au Royaume-Uni, le problème est ailleurs. « Mon patron est chinois, je travaille avec des gars blancs, énumère-t-il. Le vrai enjeu pour moi est l’absence de travail et de savoir manufacturier. Oui, on est bien habillé, mais tous nos vêtements sont fabriqués en Asie et les téléphones que nos jeunes savent si bien utiliser, ils ne pourraient jamais vous dire comment ils fonctionnent ! »

Le détachement qu’il ressent entre sa vie quotidienne et le gouvernement européen, qu’il juge déconnecté de la population, est ce qui l’a poussé à cocher la case « Leave » lors du référendum de 2016. « J’espère que l’Europe va avoir entendu le message, car d’autres mouvements comme les Gilets jaunes en France soulignent de plus en plus les inégalités croissantes dans nos sociétés », explique Ben.

Plus d’emplois, moins de régulations et une économie plus forte : voilà ce que ce Londonien espère voir découler du Brexit. « J’espère que Boris Johnson sera aussi fort que Trump et que les choses iront mieux dans notre pays, comme aux États-Unis », dit Ben, avec un grand sourire.

Son visage s’assombrit toutefois quand il pense aux interminables embûches et délais qui ont caractérisé les débats sur la sortie de l’UE. « Ça n’aurait pas dû se rendre aussi loin, je trouve que notre démocratie en sort un peu discréditée. On parle du Royaume-Uni, pas du Zimbabwe ! Les pays membres de l’UE devraient se garder une petite gêne dans le futur s’ils pensent donner des leçons à d’autres nations en termes de processus démocratique », suggère Ben.

Un candidat du Parti du Brexit s’avance alors au même moment. « Votre drapeau est à l’envers, vous savez. C’est un signe de détresse, vous ne devriez pas le monter comme ça ce soir! », lance-t-il en riant.

Ben retourne alors son étendard, juste à temps pour poser avec un jeune Anglais drapé de la Croix de Saint-Georges.

Charlie, 36 ans, père au foyer

Photo : Ariane Labrèche

« On enlève des droits à moi et à mes enfants, et ça ne reviendra pas de sitôt. »

Charlie avait peu d’intérêt pour la politique il y a trois ans et demi. Le jour du référendum, le 23 juin 2016, ce jeune père au foyer se disait qu’il n’y avait aucune chance que les Britanniques votent pour la sortie de l’Union européenne (UE). « J’étais vraiment naïf, je pensais qu’on allait gagner facilement… J’ai déchanté assez vite », se souvient-il.

Ce jour-là a été pour Charlie un moment charnière. Dès le lendemain du vote, il s’est impliqué en politique, tête baissée. « Je pensais que le départ de l’Union européenne pourrait être reconsidéré».

Il a rejoint un parti politique national, les libéraux démocrates, et s’est mis à aider son candidat local. Charlie est aussi devenu membre d’un groupe pro-UE, Greenwich for Europe, participant aux nombreuses manifestations qui ont ponctué le long processus de séparation.

« Je voulais comprendre pourquoi mes concitoyens avaient voté pour quitter l’UE, explique-t-il. Je suis sorti voir les gens, j’ai parlé à de nombreuses personnes dans les centres d’achat, dans les rues. »

« C’est terrible ce qui se passe aujourd’hui, dit-il, habillé de bleu de la tête aux pieds, portant béret et drapeau aux couleurs de l’Union européenne. Ce qui me touche le plus, c’est qu’on enlève des droits à moi et à mes enfants, et ça ne reviendra pas de sitôt. »

Il va continuer de s’impliquer, affirme-t-il en soupirant, partagé entre espoir et lassitude. « On a besoin d’une réforme de nos institutions en profondeur, c’est ce qu’on doit faire dans les prochaines années. On doit continuer d’alimenter la flamme ».

Heather, 67 ans, travailleuse de la santé

Photo : Ariane Labrèche

« On ne veut pas de la charia,
on ne veut pas de nourriture halal. »

Un regard d’acier et une voix singulière fendent la foule de fêtards réunie devant le palais de Westminster. « Ce soir on a gagné, alors les Remainers peuvent aller se rhabiller, je n’ai plus de sympathie pour eux », lance Heather, la soixantaine bien sonnée et le sourire moqueur en coin.

Comme de nombreux Britanniques, Heather ne croit plus à ce qu’elle lit dans les médias depuis des années déjà. Durant le processus du Brexit, elle affirme n’avoir vu que de la « propagande ». « La BBC me fait penser à ce que faisaient les nazis. Les journalistes disaient qu’il n’y aurait plus de médicaments, de nourriture [après le Brexit]. Rien de tout ça n’est arrivé », lance-t-elle.

Heather est d’avis que les privatisations envisagées, dont celle du système de santé britannique, n’auront pas lieu. « On veut des réformes du système de santé, on va garder la pression sur Boris [Johnson]. »

Elle avoue également s’être sentie blessée par les accusations de racisme provenant des pro-UE. « Tout le monde est bienvenu ici. Mais tu dois travailler, tu dois respecter nos lois. On ne veut pas de la charia, on ne veut pas de nourriture halal. »

Alors que l’heure de la retraite a bientôt sonné pour Heather, cette dernière se montre confiante en l’avenir. « Il n’y a plus de pays extérieur qui décide pour nous. On va se lever, et on va prendre notre place de cinquième économie mondiale. Nos industries, qui sont toutes parties à l’étranger, vont revenir. Nous allons arrêter de vivre dans ce trou infernal infesté de pauvreté qu’est l’Angleterre aujourd’hui », clame-t-elle.

Jim Curran, 69 ans, président de l’Association irlandaise des droits civils

Photo : Ariane Labrèche

« J’ai surtout de la peine pour les jeunes, à qui l’on vient de nier le droit d’étudier en Europe. »

« Le Brexit, ça ne change pas grand-chose dans ma vie. Je suis Irlandais et mon pays est encore membre de l’Union européenne », lance Jim Curran. Si la haute stature et les yeux bleu clair de cet homme attirent les regards, c’est l’écriteau qu’il tient à la main où on lit « No border in Ireland » (Pas de frontière en Irlande) qui démarre la conversation.

« J’ai fait campagne durant le référendum pour que le Royaume-Uni reste dans l’UE, explique-t-il. Je crois fermement que les nations européennes, lorsqu’elles sont solidaires, sont beaucoup plus fortes. »

« Par contre, j’ai peur pour l’Irlande, parce que même si l’accord du Vendredi saint est toujours en place, le retour d’une frontière entre la république d’Irlande et le nord pourrait aggraver les choses », affirme M. Curran, qui préside l’Association irlandaise des droits civils.

L’Accord de Belfast, signé en 1998, définit le statut de l’Irlande du Nord, un territoire britannique. Cet accord a conclu plusieurs décennies de conflit armé en Irlande et en Grande-Bretagne. Le retour potentiel d’une frontière physique en Irlande fait craindre à plusieurs une remontée des tensions apaisées par la libre circulation des biens et des personnes sous l’UE et après l’Accord.

Jim Curran soulève les préoccupations des fermiers irlandais du nord, qui craignent de ne plus pouvoir vendre leurs animaux dans le reste de l’Irlande à cause de régulations différentes.

Il prédit aussi que le Brexit va entraîner la séparation de l’Écosse et de l’Irlande du Royaume-Uni. « C’est dommage, mais c’est la conséquence logique de tout ça. »

« J’ai surtout de la peine pour les jeunes, à qui l’on vient de nier le droit d’étudier en Europe », confie-t-il.

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Maintenant que le Brexit est chose du passé. Les britanniques vont devoir faire face à la réalité. L’une de ces réalités est le contentieux, en d’autres termes les arriérés de budget que doit la Grande-Bretagne comme membre de l’Union-Européenne.

Bien qu’aucun chiffre n’ait été clairement finalisé. Le montant dû ne devrait pas être inférieur à 60 milliards d’euros (environ 90 milliards de CAD). Les Anglais ont eu droit au beurre, l’argent du beurre et bien plus encore, profitant des avantages conférés par le marché unique sans jamais payer sa quotepart en réalité.

L’UE a fait crédit aux anglais parce que la présence de ce pays était considérée comme fondamentale dans la construction d’une Europe unie. En sortant de l’UE, les britanniques démontre que l’Europe sera plus forte sans eux.

Comme devraient s’amorcer bientôt les négociations post-Brexit pour déterminer les relations de cette ile avec le reste de l’Europe. Ces questions monétaires devraient être déterminantes. Aux dernières nouvelles, Boris Johnson n’aurait pas vraiment l’intention d’honorer la dette. Aussi, il ne faut pas s’attendre à ce que ces négociations soient menées très rapidement. On préfèrera gagner du temps.

La stratégie des britanniques est plutôt de conclure un accord de libre-échange expressément avec les États-Unis, puis le cas échéant de négocier de gré à gré avec les autres pays de l’Europe plutôt individuellement que communautairement.

Mais comme les accords commerciaux relèvent en principe de la Commission européenne. Il n’y aurait rien de très étonnant que s’engage une partie de bras de fer entre l’Europe et l’Angleterre de Boris Johnson bien plus tôt qu’on ne le pense. D’autant que les tenants du Brexit dur restent encore influents.

Je ne voudrais pas décevoir ces aimables personnes qui ont voté en faveur du Brexit et dont le témoignage ici rapporté est précieux. J’ai le sentiment malgré tout, que ce pays ne va pas revoir de sitôt une industrie digne de ce nom, recevoir de très importants réinvestissements en santé et en éducation ; n’en déplaise à Heather, cette charmante madame proche de la retraite, j’ai bien peur (pour elle) qu’on va continuer de manger hallal pour encore longtemps. D’ailleurs la bouffe indo-pakistanaise est excellente, raffinée, parfumée, sublime lorsqu’elle est bien préparée. — Qui voudrait s’en passer ?

Et dire qu’asslino voudrait le frexit il EMFUME ses partisans en fesant croire que le chômage diminuerait que les retraites seraient plus fortes que le smic serait a 1500 e net que le système santé serait meilleur et l’industrie formidable avec le frexit oui pour être élu oui et après il s’en fout il ferait comme les autres une fois en place .
Les français ne le croient pas c’est pour cela qu’il reste a 1% malgré ses 13 ans d’existence.
MLP est le réservoir des opposants donc de sa part rien de CONSTRUCTIF.
Melançhon insignifiant.
Avec tous ces opposants le président peut faire passer toutes ces lois c’est cela qui est dangereux pour les gens qui ont de petits salaires et pour les petites entreprises qui risquent de faire faillite mais même avec tous ses opposants et le frexit on aurait eu les mêmes problèmes et peut-être PIRE la france a besoin de stabilité gouvermentale en ses périodes troublés et pas de CHIANLY.

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