Ça bouge dans la course démocrate à la Maison-Blanche

Grand favori de la primaire démocrate il y a encore quelques mois, Joe Biden peine à faire décoller sa campagne. Pire, l’ancien vice-président démocrate est même en train de se faire dépasser sur sa gauche par des candidats moins modérés. Explications avec Rafael Jacob.

Joe Biden et Elizabeth Warren lors du débat du 12 septembre dernier à Houston. (Photo : Associated Press/David J. Phillip)

En juin dernier, dans le cadre de mon premier billet pour L’actualité en vue de l’élection présidentielle américaine de 2020, je mettais en doute l’idée selon laquelle l’ex-vice-président Joe Biden devait être considéré comme le grand favori de la course à l’investiture démocrate. Biden jouissait alors d’une avance de quelque vingt points de pourcentage sur son plus proche rival, le sénateur Bernie Sanders.

Or, alors qu’au cours des quatre derniers mois la planète politique entière n’avait d’yeux que pour Donald Trump, ses frasques, et son possible impeachment, les plaques tectoniques ont bougé dans le camp démocrate. Aujourd’hui, l’avance de Biden s’est entièrement évaporée. À l’échelle nationale, les différents sondages le placent désormais à égalité presque parfaite avec la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren. En Iowa, le tout premier État à voter dans le cadre des caucus et des primaires démocrates l’an prochain et où j’écrivais que Biden paraissait encore plus vulnérable, Warren est même donnée première.

Que se passe-t-il ? Et qu’est-ce que cela laisse présager pour la suite de la course ? Voici deux dynamiques fondamentales à garder à l’œil.

L’unification de l’aile la plus à gauche du Parti démocrate

Consolidation. S’il y a un mot qui doit faire peur à Biden, plus qu’à n’importe qui, c’est bien celui-ci. Depuis le tout début de la course, Joe Biden a misé sur une division des votes. La stratégie est en soi parfaitement rationnelle : une multitude de candidats, incluant Warren, Sanders et Kamala Harris se sont arrimés à l’aile la plus à gauche du parti dès le début de la course, laissant la voie libre à Biden pour s’attirer les sympathies du bloc d’électeurs démocrates le plus modéré. Cela a porté ses fruits pour Biden… jusqu’à ce que les campagnes de Sanders et Harris piquent du nez et que Warren commence à faire le plein chez leurs électeurs.

Le risque évident, pour Biden, serait que ce mouvement continue de s’amplifier. En voyant qu’une alternative très claire a émergé en la personne d’Elizabeth Warren, certains partisans de Sanders ou Harris pourraient être tentés de se joindre au mouvement, afin de permettre à Warren de bâtir une avance plus solide face à Biden.

Toute cette dynamique n’est en fait pas sans rappeler les deux dernières primaires présidentielles républicaines. En 2012, le candidat menant la course, Mitt Romney, avait joui tout au long du calendrier des primaires d’une division du vote plus à droite entre les candidats Newt Gingrich et Rick Santorum. Ni Gingrich, ni Santorum n’avait voulu se retirer alors qu’il y avait encore moyen de freiner Romney et qu’il s’agissait de la seule façon d’y parvenir. Romney avait fini par remporter l’investiture.

En 2016, le candidat menant la course, Donald Trump, avait bénéficié de façon encore plus remarquable d’une division du vote chez ses adversaires, notamment Ted Cruz et Marco Rubio. Trump remportait alors un État après l’autre lors des primaires, avec seulement une minorité du vote.

Bien sûr, il est loin d’être exclu qu’un scénario semblable finisse par se matérialiser pour Biden lorsque les électeurs commenceront à voter en février prochain. Reste qu’à l’heure actuelle, le mouvement va dans la direction inverse.

Le manque d’enthousiasme à l’endroit de Biden

Depuis l’annonce de sa candidature, l’ex-vice-président mise sur deux cartes : son association à Barack Obama et la perception qu’il demeure la meilleure option pour battre Donald Trump dans une éventuelle élection générale. En revanche, l’engouement autour de sa campagne ne décolle pas. En témoignent notamment les derniers résultats de collecte de fonds électoraux.

Au cours du dernier trimestre, Biden a ainsi amassé à peine plus de la moitié du montant obtenu par Warren et Sanders. Il s’est même fait coiffer par Pete Butiegieg, le maire de South Bend, en Indiana. Lorsque le maire d’une ville de 100 000 habitants parvient à récolter plus de fonds de campagne que l’ex-vice-président des États-Unis, c’est le signe qu’une alarme devrait sonner haut et fort dans le camp de ce dernier !

C’est un problème qui peut devenir de plus en plus important pour Biden : les lois sur le financement électoral limitent à quelque 2 800 $ le don que chaque individu peut faire à un candidat présidentiel. Aussi, les candidats les plus solides ont généralement besoin d’un gigantesque réseau de petits donateurs. Cela est encore plus vrai au fur et à mesure que la campagne progresse et que les « gros donateurs » traditionnels du parti ont déjà contribué au niveau maximal – ce genre de donateurs sont les plus susceptibles d’avoir déjà participé à la campagne d’un vieux routier de l’establishment comme Biden.

Pour aller chercher davantage de fonds, les candidats auront besoin d’aller chercher un plus grand nombre de sympathisants et de donateurs plus marginaux. Ces derniers, en retour, auront besoin de s’enthousiasmer pour leur candidat afin de souhaiter ouvrir leur chéquier.

Qui plus est, dans un contexte où les démocrates sentent le sang dans l’eau autour du président Trump et de la saga sur son impeachment, menaçant activement sa présidence. L’option de la prudence dans le choix du candidat démocrate devant affronter l’actuel président américain pourrait perdre de sa force. Et des candidatures plus marquées idéologiquement, comme celle de Warren, pourraient s’avérer de plus en plus séduisantes…

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1 commentaire
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Ce serait amusant de voir Warren devenir présidente. Je me demande comment Hillary prendrait ça? Elle qui voulait tellement être la première présidente. Biden devrait se retirer.

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