Ça sent le roussi !

La fin de règne de Bush aux États-Unis est marquée par l’impasse en politique étrangère, en économie et en environnement. Comment réparer les pots cassés ?

Le prochain résidant de la Maison-Blanche devra gérer l’ère de l’après-Bush. Et ce ne sera pas facile. Le président sortant laissera à son successeur le soin de nettoyer trois gâchis dus à son administration. Des problèmes qui débordent largement des États-Unis.

Quelles solutions proposent les candidats ? L’actualité a posé la question à des experts de la politique américaine. Conclusion : les idées neuves viennent surtout des démocrates. Afin d’éviter de ressasser les erreurs de Bush, les républicains, eux, préfèrent débattre de politique intérieure, comme du droit à l’avortement et de l’immigration illégale.

INTERNATIONAL
Depuis l’invasion de l’Irak, les États-Unis sont perçus comme un cowboy à la gâchette facile. Le défi du prochain président : rétablir la crédibilité du pays dans le monde, tout en marquant des points dans la lutte contre le terrorisme.

1. Sortir de l’Irak
Hillary Clinton remplacerait les soldats par des diplomates chargés d’organiser une grande conférence de paix qui rassemblerait les pays voisins de l’Irak (Arabie saoudite, Koweït, Iran, Turquie, Jordanie, Syrie). Mais un retrait rapide des troupes serait utopique, dit Zachary Selden, politologue de l’Université de la Floride. « Aucun président, même démocrate, ne voudra porter l’odieux d’un conflit incontrôlable qui pourrait embraser la région. » Plus de la moitié des Américains croient qu’en 2010 le gros des troupes sera toujours en Irak.

2. Changer d’image
Pour « montrer que les États-Unis sont de retour à une politique d’ouverture et de recherche d’alliances », Hillary Clinton confierait à son mari, Bill Clinton, une mission d’ambassadeur autour du monde. Ce serait l’ère du « soft power », dit Louis Balthazar, président de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. « L’expression désigne la capacité d’un État de persuader les autres sans utiliser la force militaire. Elle a été popularisée par le politologue Joseph Nye, qui gravite dans l’entourage des Clinton. »
Mais c’est Barack Obama qui trancherait le plus avec le président sortant, dit Louis Balthazar. Sa grand-mère paternelle vit dans un village pauvre du Kenya et lui-même a vécu une partie de son enfance en Indonésie, pays musulman. « Il pourrait faire le pont entre les pays riches et pauvres, entre l’Occident et le monde islamique. Si toute la planète votait pour élire le président, Obama arriverait en tête. »

3. Recentrer les efforts sur l’Afghanistan
« L’Irak est le mauvais champ de bataille. C’est en Afghanistan et au Pakistan qu’il faut combattre les terroristes », a dit Barack Obama en août. Il propose de déployer en Afghanistan quelques milliers de soldats de plus (les États-Unis y en ont déjà 26 000) et d’utiliser la force, si nécessaire, pour obliger le Pakistan à fermer sa frontière aux talibans.

ÉCONOMIE
La croissance des dernières années s’est construite grâce au crédit, et des centaines de milliers d’Américains n’arrivent plus à payer leurs dettes. L’État fédéral est plus endetté que jamais. « L’administration Bush est comme le coyote des dessins animés Road Runner. Elle continue de courir même si elle est dans le vide », dit Christian Deblock, professeur d’économie internationale à l’UQAM. Si les États-Unis tombent, le Canada sera entraîné avec eux, car 82 % de ses exportations sont destinées à son voisin du Sud.

1. Réduire les dépenses en Irak
En cinq ans, la guerre en Irak a coûté 476 milliards de dollars au Trésor américain et la facture grimpe de 275 millions par jour ! « C’est autant d’argent qui ne va pas aux hôpitaux ou aux écoles », dit Christian Deblock. Réduire les dépenses de guerre permettrait de contrôler le déficit fédéral.

2. Augmenter les impôts et les taxes
Depuis l’élection de Bush, en 2001, la dette fédérale a bondi de 53 % ! Le président a réduit les impôts et éliminé des taxes touchant les classes aisées, comme celle sur les dividendes, amenuisant ainsi les revenus de l’État. Si rien n’est fait, près de 30 % des dépenses du fédéral devront être consacrées au paiement des intérêts sur la dette en 2040 ! Mais qui osera proposer une mesure aussi impopulaire qu’une hausse d’impôts ?
Le prochain président pourrait augmenter la taxe fédérale sur l’essence, plus faible aux États-Unis que dans les autres pays industrialisés (4,86 cents le litre, contre 10 cents au Canada), dit Pierre Martin, directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines de l’Université de Montréal. « Il pourrait invoquer des considérations de sécurité nationale afin d’inciter les gens à opter pour des véhicules moins énergivores et ainsi réduire la dépendance du pays envers le Moyen-Orient. »

3. Éviter la récession
Aux États-Unis, le prix des maisons a baissé de 8 % depuis son sommet de 2005. Et il pourrait encore chuter de 10 % en 2008. Cela affaiblit la confiance des consommateurs, laissant prévoir des jours sombres. Hillary Clinton a proposé un gel de cinq ans des taux hypothécaires sur les prêts à risque, dans le but d’aider les deux millions de ménages menacés de perdre leur maison. Elle va plus loin que le plan Bush, qui limite le nombre de bénéficiaires. Hillary Clinton offrirait aussi un milliard de dollars pour la construction de logements à loyer modique.

ENVIRONNEMENT
En 2007, l’administration Bush a reconnu que l’activité humaine était en partie responsable du réchauffement de la planète. C’est le plus grand pas qu’a fait le président en la matière. Les États-Unis sont le principal pollueur mondial, mais la protection de l’environnement n’est pas un grand enjeu de la campagne. Dans les sondages, ce point arrive souvent à la fin quand on demande aux gens quelles devraient être la priorité des candidats.

1. Faire payer les pollueurs
Les démocrates envisagent de vendre aux enchères des crédits de carbone, de façon à créer un fonds de recherche sur les énergies renouvelables et à subventionner la conception de véhicules moins polluants. John Edwards, troisième dans la course démocrate, propose de former 150 000 « cols verts » par année. Ils travailleraient dans la production d’éthanol, l’installation d’éoliennes et la mise aux normes environnementales des résidences et immeubles commerciaux.

2. S’inspirer de la Californie et des États du Nord-Est
La Californie s’est engagée en 2006 à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 25 % d’ici 2020. Et huit États du Nord-Est ont signé la Regional Greenhouse Gas Initiative, qui mettra bientôt en place un marché régional du carbone. « Le prochain président pourra puiser des idées dans ces initiatives locales », dit Louis Balthazar.

3. Une question morale
« L’environnement est une affaire de démocrates », dit Zachary Selden, de l’Université de la Floride. Pour y intéresser les républicains, il faudrait en faire une question d’ordre moral. Le candidat Mike Huckabee, ancien pasteur baptiste, pourrait incarner cette voie. Au sujet des changements climatiques, il a dit : « C’est une question spirituelle. La Terre appartient à Dieu. Nous n’avons pas le droit de la détruire. »

Dates à surveiller en 2008
5 février « Super Tuesday » (super-mardi) : 22 États voteront. Après cette date, le choix des candidats de chaque parti devrait être fixé, même si les primaires se poursuivront jusqu’au 3 juin.
25 au 28 août Convention démocrate, à Denver.
Du 1er au 4 septembre Convention républicaine, Minneapolis.
4 novembre Élection présidentielle.

Sources : BBC News, Council on Foreign Relations, Foreign Affairs, pollingreport.com, Reuters, sites Web des candidats, The New York Times, The Washington Post.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie