Ces malades qui nous gouvernent

Même s’il risque de nuire à sa campagne, le «secret» de Hillary Clinton semble bien anodin en comparaison des mensonges de nombreux ex-chefs d’État au sujet de leur santé.

Ronald Reagan dans le bureau ovale, le 24 mai 1985. (Photo: Scott Stewart/AP)
Ronald Reagan dans le bureau ovale, le 24 mai 1985. Il avait alors 74 ans et commençait peut-être à souffrir de la maladie d’Alzheimer. (Photo: Scott Stewart / AP)

Le malaise de Hillary Clinton lors de la commémoration des attentats du 11 septembre a de nouveau braqué les projecteurs sur la délicate question de l’état de santé des chefs — et aspirants chefs — d’État.

Ont-ils droit au secret médical, comme tous les autres citoyens? Ou ont-ils plutôt le devoir, compte tenu de l’importance des fonctions auxquelles ils aspirent, de révéler au grand jour leur dossier médical?

Même s’il risque de faire dérailler sa campagne, le «secret» de Hillary Clinton — celui d’avoir attendu 48 heures avant d’annoncer qu’elle souffrait d’une pneumonie  — paraît bien anodin en comparaison des mensonges ou omissions de nombreux ex-chefs d’État au sujet de leur santé, notamment en France. 

En 1976, le journaliste Pierre Accoce et le médecin Pierre Rentchnick révélaient, dans le livre Ces malades qui nous gouvernent, que des figures politiques marquantes du XXe siècle (dont Roosevelt, Kennedy et Staline) avaient exercé le pouvoir alors qu’elles étaient gravement malades.

Tour d’horizon des cas les plus marquants d’hier à aujourd’hui.

Georges Pompidou

Atteint de la maladie de Waldenström, un cancer qui touche la moelle osseuse, le successeur de Charles de Gaulle est mort au printemps 1974, soit deux ans avant la fin de son mandat. Il n’a jamais rien révélé de son état, même s’il était visiblement amoindri par sa maladie. En public, ses proches soutenaient qu’il souffrait de la grippe…

François Mitterrand

Il se savait atteint d’un cancer de la prostate dès sa première élection à la présidence, en 1981. Même s’il avait promis la transparence au sujet de son état de santé, Mitterrand a caché la vérité pendant plus de 10 ans, au cours desquels son médecin a publié des bulletins de santé mensongers. Ce médecin, Claude Gubler, a dévoilé la vérité dans un livre-choc, Le grand secret, publié quelques jours après la mort du président, en 1996.


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John F. Kennedy

John F. Kennedy projetait, en public, une image de jeunesse et d’énergie. Mais en privé, le charismatique président souffrait d’une multitude de problèmes de santé qui le forçaient à utiliser tout un arsenal de médicaments. JFK souffrait notamment d’une maladie dégénérative des os et son dos lui causait tant de douleurs qu’il était incapable de mettre ses propres bas, selon Robert Dallek, professeur d’histoire à l’Université de Boston. En plus d’une grande quantité d’anti-inflammatoires, Kennedy prenait, notamment, des stéroïdes, pour traiter sa maladie d’Addison (insuffisance surrénalienne).

Ronald Reagan

Les déclarations contradictoires et les pertes de mémoire de Ronald Reagan, le président le plus âgé de l’histoire des États-Unis, avaient déjà inquiété ses adversaires politiques. Dans des travaux publiés l’an dernier, deux chercheurs de l’Université de l’Arizona ont révélé avoir détecté de nombreux signes avant-coureurs de l’alzheimer en analysant l’évolution des discours prononcés par Reagan au fil de ses deux mandats. Leur étude ne prouve pas que ces signes de démence ont pu affecter le jugement du président républicain… mais ils sèment tout de même un doute quant à sa capacité de gouverner.

Jack Layton

Porté par une «vague orange», Jack Layton devenait, à la surprise générale, le chef de l’opposition officielle à Ottawa au printemps 2011. De l’avis général, le chef du NPD aurait pu espérer prendre le pouvoir si la campagne électorale avait été un peu plus longue. Quelques mois après les élections, Layton annonçait le retour de son cancer de la prostate, dont il est décédé peu après. L’ex-leader néo-démocrate a-t-il été parfaitement transparent au sujet de sa santé pendant la campagne électorale? De nombreux chroniqueurs ont soulevé cette question, délicate. 

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Il est à noter ici qu’on parle de chefs d’États qui ont été en poste et non d’aspirants chefs d’États, exception faite de Jack Layton.

J’aimerais commenter sur plusieurs de ces cas :

— Georges Pompidou, la presse française de l’époque affirmait régulièrement qu’il souffrait d’un cancer. Images de la transformation physique du président à l’appui. Les gens savaient donc qu’on leur mentait, mais ils aimaient bien leur président.

— François Mitterrand est le premier chef d’État français à avoir choisi de publier un état de santé annuel. Les dernières années de son « pontificat », tout le monde savait très bien qu’il était malade. Le docteur Claude Gubler sont médecin traitant a publié des bulletins de complaisance comme cela est précisé dans cet article, malgré les promesses, on a menti aux français pendant très longtemps. Dans ce cas c’est une faute grave déontologiquement.

— Il est peu probable que ce soit le cancer de la prostate qui ait emporté si vite Jack Layton. Les héritiers du défunt ont toujours refusé de rendre public le dossier médical du politicien. Objectivement, je pense qu’on a trompé les canadiens à dessein lors de cette élection. On voulait profiter du courant de sympathie qu’il y avait pour l’homme, c’était une erreur. Le NPD risque de porter encore très longtemps cette erreur de jugement.

Jack Layton n’aurait définitivement pas été en mesure de diriger très longtemps son gouvernement.

— Pour ce qui est de madame Clinton, la question est de savoir s’il faut prendre des mesures avant ou bien seulement après l’élection. Ce qui est problématique avec elle, ce n’est pas seulement sa santé. C’est son manque de transparence et encore de jugement en diverses circonstances. Dans son cas, c’est le naturel qui revient au galop.

Le genre d’erreur que n’a pas commise Véronique Hivon, une probité toute en son honneur qui lui vaut à tout le moins l’estime et le respect de tous ses concitoyens.

Certains problèmes de santé, comme le cancer de la prostate, ne nuisent pas à la capacité de gouverner. Par contre, des maladies touchant les fonctions cognitives ou mentales peuvent nuire au jugement. Sans parler de problèmes de personnalité (susceptibilité extrême par exemple). D’où l’importance de la garde rapprochée (les personnes conseillères, les ministres, …).

On parle ici de maladies qui n’affectent pas nécessairement le jugement mais que penser par exemple de l’alcoolisme de Churchill qui a pourtant sauvé la Grande Bretagne.

Pourquoi vous precisez seulement les chefs d’Etats des EU, de France et Jack Layton, tandis qu’il existe des centaines
chefs d’Etats malades ‘mentalement’ dans le monde entier, il faut les decouvrir aussi, le monde ne tourne pas autour
des EU et de France!