C’est la faute de Catherine !

Entre la Géorgie et la Russie, tout a commencé par un appel au secours suivi d’une trahison.

En 1783, le roi orthodoxe de Géorgie, Irakli II, se sentant menacé d’une invasion turco-musulmane, s’est placé sous la protection de la Russie, en signant un traité avec la tzarine Catherine II. Cet accord faisait du royaume de Kartli-Kakheti (ancien nom du pays) un protectorat de la Russie, tout en garantissant son indépendance et son intégrité territoriale.

Mais la grande Catherine, elle-même forcée de combattre les Turcs, retira ses troupes de Géorgie en 1787, livrant le pays aux incursions étrangères. La ville de Tbilissi fut dévastée en 1795, et ses habitants, massacrés. Affaibli et divisé, le royaume de Géorgie fut tout simplement annexé à la Russie en 1801 par un décret du tsar Alexandre I er, malgré les protestations du représentant géorgien à Saint-Pétersbourg. Au cours du 19 e siècle, la Russie enleva graduellement aux puissances voisines le contrôle des provinces géorgiennes et refit l’unité du territoire.

La Géorgie ne retrouvera son indépendance qu’en 1918, à la faveur de la guerre civile qui déchire la Russie à la suite de la révolution d’octobre 1917. Un gouvernement social-démocrate dirige le pays jusqu’à l’invasion de l’Armée rouge, en février 1921. L’indépendance n’aura même pas duré quatre ans.

De 1922 à 1936, la Géorgie est intégrée, avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan, dans la République fédérée de Transcaucasie, jusqu’à ce que le Géorgien Joseph Djougachvili, alias Staline, lui accorde le statut de république de l’Union soviétique (URSS). Après la déstalinisation des années 1950, la république géorgienne aura la réputation d’être en URSS un territoire relativement riche, grâce à son agriculture surtout, et de jouir d’une marge de liberté plus grande que dans les autres territoires de l’empire soviétique.

Ce n’est qu’en 1991, à la faveur de la dissolution de l’URSS, que la Géorgie retrouvera son indépendance. Ces 17 années de souveraineté furent marquées par un épisode de guerre civile, de l’instabilité politique et des tendances séparatistes, notamment en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Les relations avec la Russie n’ont cessé de se dégrader, la Géorgie accusant Moscou d’encourager les territoires sécessionnistes, en représailles pour une indépendance qu’elle n’a jamais vraiment acceptée. L’épisode des dernières semaines est une autre page sombre dans l’histoire tumultueuse des relations entre ces deux pays depuis 215 ans.