Chine: l’autre élection

Deux jours après l’élection présidentielle aux États-Unis, ce sera au tour de la deuxième puissance économique mondiale de choisir ses dirigeants. Le 8 novembre, les leaders du Parti communiste chinois se réuniront en congrès pour porter l’actuel vice-président, Xi Jinping, à la tête du pays pour les 10 prochaines années.

Chine: l'autre «élection»

Deux jours après l’élection présidentielle aux États-Unis, ce sera au tour de la deuxième puissance économique mondiale de choisir ses dirigeants. Le 8 novembre, les leaders du Parti communiste chinois se réuniront en congrès pour porter l’actuel vice-président, Xi Jinping, à la tête du pays pour les 10 prochaines années.

Ses défis sont nombreux et son pouvoir limité, avertit Yves Tiberghien, directeur de l’Institute of Asian Research à l’Université de Colombie-Britannique et auteur du tout récent L’Asie et le futur du monde (Presses de Sciences Po).

L’actualité l’a joint à Paris.

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La nomination de Xi Jinping au poste de président et de secrétaire général du Parti communiste semble acquise. Qui est-il ?

Xi Jinping est un « prince », soit le fils de Xi Zhongxun, un des grands leaders de la Chine d’après 1949 [début de l’ère communiste]. Et l’histoire de son père est importante pour comprendre l’ascendant qu’il a dans le système chinois.

Xi Zhongxun était le leader de la base communiste de la province du Shaanxi, qui accueillit Mao et ce qui restait de son armée à la fin de la Longue Marche, en 1935. Il fut un chef de guerre dans le conflit contre le Japon pendant la Deuxième Guerre mondiale et vice-premier ministre en 1959. Après avoir souffert sous la Révolution culturelle, il devint un des bras droits du dirigeant Deng Xiaoping dans les années 1980, puis le réformateur qui instaura les zones économiques spéciales du Guangdong, telles que Shenzhen.

Grâce à ce pedigree, son fils jouit aujourd’hui de solides relations avec l’armée. Il a d’ailleurs fait un passage au commandement central de l’armée. Xi Jinping fut également gouverneur ou chef du parti de trois riches provinces côtières – Fujian, Zhejiang et Shanghai – avant de se joindre, en 2007, au Comité central du Politburo, l’institution qui prend les plus importantes décisions politiques en Chine. Il a un parcours qu’on pourrait qualifier de parfait. C’est un homme prudent qui n’a fait aucun faux pas et qui n’a pas accumulé les ennemis, des conditions cruciales pour monter dans les rangs.

Quels sont les principaux défis qui attendent le nouveau président ?

Avant tout, des défis internes : gestion de la bulle immobilière, de la crise bancaire, et de celle des gouvernements locaux qui pourrait s’ensuivre ; gestion des inégalités sociales et régionales, devenues trop importantes pour être acceptables aux yeux de plus en plus de Chinois ; gestion du changement de modèle économique, qui va vers davantage de consommation et moins d’exportation et d’investissements immobiliers ; enfin, gestion de la crise environnementale. Pékin doit en effet réagir aux graves problèmes de pollution qui accompagnent la croissance économique et aux désastres naturels accentués par le réchauffement climatique : désertification, inondations, etc.

Et quels sont les défis en ce qui concerne les relations de la Chine avec le reste du monde ?

Le plus gros défi est de gérer la relation avec les États-Unis dans le contexte de la transition du pouvoir à Pékin, alors que cette relation traverse une période critique. En effet, les deux pays subissent de fortes tensions économiques, sociales et politiques, et les élites politiques sont divisées. Le tout se fait sur fond de changement de rapports de force, puisque, selon le Fonds monétaire international (FMI), la Chine deviendra la première économie du monde en 2018. Ce genre de basculement historique crée une grande incertitude et rend la coopération entre les deux puissances plus difficile. Mais Xi a déjà de bons rapports avec les Américains et devrait s’investir dans cette relation.

Les autres défis internationaux concernent surtout l’approvisionnement énergétique et la place de Pékin dans la gouvernance mondiale. On pense ici, par exemple, au conflit syrien ou au nucléaire iranien, et au fait que le véto chinois au Conseil de sécurité de l’ONU peut déterminer l’issue des décisions qui y sont prises.

La Chine s’investit davantage dans les grands enjeux internationaux, mais elle le fait à petits pas. La question est de savoir si le pays aura la capacité, en cas de crise internationale majeure, de s’adapter et de changer de cap plus rapidement qu’il le fait aujourd’hui.

Enfin, en ce qui concerne le Japon, cette autre grande puissance asiatique avec laquelle Pékin entretient des rapports difficiles, Xi devrait être assez ferme, étant donné son penchant nationaliste. Dans la foulée du différend entre les petites îles Senkaku/Diaoyu, la relation pourrait continuer à se détériorer si le Japon poursuit son virage à droite ou, même, à l’extrême droite, après les élections japonaises de 2013.

Les neuf membres du Comité directeur du Politburo seront également remplacés. Comment fonctionne cette institution ? Quelle influence Xi Jinping aura-t-il en son sein ?

Ce corps décisionnel exerce un leadership collégial. C’est donc dire que Xi Jinping sera « le premier entre les égaux » : ses opinions compteront autant que celles des autres personnes qui y siégeront. Il y a actuellement neuf membres dans ce Comité et on sait que deux d’entre eux y resteront : Xi Jinping et Li Keqiang, qui sera vraisemblablement premier ministre. Mais les autres seront remplacés. Et on ne sait pas encore si le Comité finira avec sept ou neuf membres au total.

On ne sait pas non plus quel sera le poids respectif des trois différentes factions qui évoluent au sein du Parti communiste. La formation du futur Comité central et du Politburo sera le résultat de marchandages entre elles. Xi fait partie du groupement des Princelings, ou princes du parti. Devant lui, il a la faction de Shanghai, qui gravite autour de l’ancien président Jiang Zemin, et la faction de la Ligue de la jeunesse communiste, qui comprend le président actuel, Hu Jintao, et le futur premier ministre, Li Keqiang.

Même s’il est un « prince », Xi est assez proche du groupe réformateur des années 1980 – du fait de son père, encore une fois. Il pourrait donc représenter à la fois une tendance nationaliste forte – proche de l’armée – et une tendance pragmatique réformiste sur le plan économique.

 

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