Comment Ahmadinejad a fait du tort à l’islam, selon un ayatollah

Pour la première fois en quatre ans, le grand ayatollah Sanei a parlé librement aux médias. Et il avait des choses à dire !

Photo © S n o R k e l / CC BY-NC 2.0
Photo © S n o R k e l / CC BY-NC 2.0

Le grand ayatollah Youssouf Sanei a donné sa première entrevue en quatre ans, mercredi. Par le biais d’un interprète, il a expliqué au Time et au New York Times qu’Ahmadinejad avait fait du tort à l’Iran et encore plus à l’islam, puisqu’il en a fait la « religion de l’oppression et de la répression à l’intérieur du pays », ainsi qu’un vecteur d’ « animosité et de violence à l’extérieur du pays ».

Pendant le « règne » de Mahmoud Ahmadinejad, Sanei n’a pas été autorisé à parler aux médias. Il faut dire qu’en Iran, il défie les conventions : il n’a pas hésité, par le passé, à défendre les droits des femmes, tout en prêchant pour un rapprochement entre son pays et les États-Unis.

Une vision en totale contradiction avec celle de l’ancien président Ahmadinejad, qui était le champion d’une ligne dure anti-américaine et anti-israélienne, ce qui a valu à Sanei d’être mis au ban de la société. Et même de subir les foudres de gens probablement « liés à des personnes du pouvoir », puisque sa maison a été attaquée à la suite de sa condamnation de la violente répression du Mouvement vert, qui dénonçait la réélection du président sortant, en 2009.

Sanei a affirmé être le seul clerc à avoir soutenu le président Hassan Rohani avant les élections de juin 2013. Depuis, plusieurs autres se sont joints à lui. « Je crois qu’il y a maintenant de l’espoir et nous espérons qu’il arrivera de bonnes choses pour le peuple et pour la nation ».

De plus, il a approuvé l’entente nucléaire entre l’Iran, les États-Unis et les autres puissances mondiales, et, en citant Nelson Mandela, a affirmé qu’ « aujourd’hui, les gens au pouvoir en Iran et aux États-Unis devraient se pardonner, oublier le passé et reprendre le chemin de l’amitié ».

À l’inverse d’une vaste majorité d’Iraniens, il ne rejette pas d’emblée la possibilité que l’Iran puisse un jour trouver un arrangement avec Israël, mais il faudrait auparavant que les Israéliens « se débarrassent de leurs dangereux objectifs et croyances ».

Selon le New York Times, le grand ayatollah Sanei est un leader crucial dans l’objectif d’un rapprochement durable entre l’Iran et l’Occident. « La volonté du gouvernement à le laisser continuer à parler franchement sera un baromètre important de la santé du mouvement réformiste iranien », note la journaliste Carol Giacomo.

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