Comment Bangkok essaie de se sortir de l’eau

 

Depuis la fin du mois de juillet, le nord et le centre de la Thaïlande sont assiégés par des millions de mètres cubes d’eau. Le désastre, sans précédent, a déjà coûté la vie à plus de 600 personnes.

La militante des droits de la personne, cyberactiviste, journaliste et photographe Benjamas Bonnyarit s’aventure chaque jour dans les zones inondées pour aider les sinistrés. Elle brosse un portrait inquiétant de la situation.

Comment Bangkok essaie de se sortir de l’eau
Photo : T. Phliptchenko/Megapress

 

Depuis la fin du mois de juillet, le nord et le centre de la Thaïlande sont assiégés par des millions de mètres cubes d’eau. Le désastre, sans précédent, a déjà coûté la vie à plus de 600 personnes.

La militante des droits de la personne, cyberactiviste, journaliste et photographe Benjamas Bonnyarit s’aventure chaque jour dans les zones inondées pour aider les sinistrés. Elle brosse un portrait inquiétant de la situation.

L’actualité l’a jointe au téléphone.


 

Quelle est la situation en Thaïlande en ce moment ?

C’est difficile à dire, car l’information manque : le gouvernement ne donne pas au public une image claire de ce qui se passe.

L’inondation, qui a débuté le 25 juillet dernier, a été provoquée par des pluies de mousson particulièrement intenses et des précipitations importantes dues à la tempête tropicale Nock-ten. Plusieurs provinces du nord ont d’abord été touchées. Les eaux de crue, en s’écoulant, ont ensuite fait déborder les rivières Yom et Nan, ce qui a affecté les provinces du centre et, ultimement, Bangkok. Dans la capitale, 13 des 50 districts ont été évacués, et 8 autres le sont partiellement.

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Une des rues principales de Bangkok, inondée.

La tension est palpable, et les risques de conflits entre les citoyens, élevés, car certains se retrouvent du côté sec de la ville, alors que d’autres, dans les quartiers submergés, ont perdu tous leurs biens. Des millions de résidents vivent dans la peur et la confusion. Personne ne sait quand le niveau des eaux va descendre dans les régions encore inondées.

 

Les efforts pour limiter les effets de l’inondation sont-ils surtout concentrés à Bangkok ?

Protéger Bangkok est la priorité numéro un. Ça aurait été le cas pour n’importe quelle grande agglomération. Dès que l’eau a commencé à menacer la capitale, les efforts pour la protéger se sont accentués. Tout a été mis en œuvre pour la garder au sec : des digues ont été creusées et des barricades protectrices, érigées afin de détourner les eaux. C’est la raison pour laquelle, depuis plusieurs mois déjà, certaines provinces et zones périphériques sont victimes d’inondations massives.

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Le centre-ville de Bangkok est maintenant hors de danger, mais cela soulève une question très importante : qui décide quelles zones seront inondées pour le bien de la supposée majorité ? Ce ne sont pas les citoyens qui prennent ces décisions. Les gens qui se trouvent du côté inondé des digues souffrent et demandent que les barricades protectrices soient enlevées. J’ai bien peur que cette tension ne devienne de plus en plus vive.

De façon générale, tout le monde admet qu’on ne peut pas se permettre de laisser l’inondation gagner le centre-ville. Cette partie de la capitale est cruciale, car on y trouve les institutions gouvernementales, le secteur des affaires, les hôpitaux et d’autres infrastructures vitales. Mais le fait est qu’on abandonne les pauvres des campagnes et de la périphérie de Bangkok. Ceux qui restent au sec sont les gens qui vivent dans les parties riches de la capitale, considérées comme les plus importantes. C’est un problème structurel qui existe partout dans notre monde d’inégalités.

Pour devenir une société plus équitable, la Thaïlande devrait mettre en place un système qui dépasse la simple charité. Par exemple, les citoyens pourraient, tous les ans, payer une taxe spéciale inondations pour venir en aide aux membres de la société les plus susceptibles d’en être victimes.

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Bangkok, qui est bâtie sur une zone côtière marécageuse, subit aujourd’hui les répercussions de son développement effréné…

Si rien n’est fait, Bangkok se retrouvera, dans 50 ans, sous le niveau de la mer. Cette situation s’explique par une mauvaise planification urbaine. Pourtant, c’est la sagesse populaire qui a présidé à la construction de la capitale. À l’époque, les hommes savaient coexister avec la nature. Les choses ont changé au début de la modernisation de la ville [dans les années 1960]. Des lois et des règlements n’ont pas été respectés. Le développement nous a aveuglés et nous n’en avons pas vu les conséquences à long terme. Maintenant, nous le payons très cher.

Quelques mesures ont été prises [pour en limiter les effets], mais pas de façon systématique ou globale, notamment en raison du climat politique instable qui règne en Thaïlande et de l’ignorance au sujet des enjeux environnementaux.

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