Comment le Canada peut faire vaciller le régime de Vladimir Poutine

Le Canada peut contribuer de façon importante à l’affaiblissement de la Russie de Vladimir Poutine. Mais le voulons-nous vraiment ?

Adrian Wyld / La Presse Canadienne / Wikimedia Commons ; montage L'actualité

Yan Plante est vice-président de l’agence de relations publiques TACTIl est un ex-stratège conservateur ayant conseillé l’ancien premier ministre Stephen Harper lors de trois électionsComptant près de 15 ans d’expérience en politique, il a également été chef de cabinet de l’ex-ministre Denis Lebel.

C’était en novembre 2014, neuf mois après la fin des Jeux de Sotchi et l’annexion de la Crimée à la Russie, alors que les dirigeants du G20 étaient réunis à Brisbane, en Australie. Vladimir Poutine s’est approché de Stephen Harper pour lui serrer la main. « J’imagine que je vais te serrer la main, lui a lancé le premier ministre du Canada, mais je n’ai qu’une chose à te dire : tu dois sortir de l’Ukraine. » 

« C’est impossible, la Russie n’est pas en Ukraine », lui a sèchement répondu le président russe.

Les médias du monde entier se sont emparés de l’affaire et les autres dirigeants occidentaux se sont rangés derrière Harper. Lorsque les membres du G20 se sont finalement réunis à la même table un peu plus tard, Poutine s’en est pris au premier ministre du Canada. « Harper, je n’aime pas que tu tentes de me coincer comme ça. » Et ce dernier lui a répondu : « Eh bien, démontre que j’ai tort. »

Le ton était donné pour un sommet plutôt tendu. Stephen Harper était à ce moment l’un des dirigeants occidentaux les plus expérimentés et certainement celui qui osait le plus dire tout haut ce que d’autres pensaient tout bas. À leur défense, les autres chefs d’État et de gouvernement avaient plus à perdre que celui du Canada.

Reste que, dans le conflit actuel, malgré le rôle secondaire que peut jouer le Canada à court terme, c’est à long terme que sa contribution à l’effort d’affaiblissement du régime de Vladimir Poutine peut être importante. D’ici là, même si les échanges économiques entre les deux pays sont faibles, il y aura des victimes collatérales canadiennes dans cette guerre économique entre le monde et la Russie.

Les sanctions économiques punissent aussi les entreprises de chez nous

En 2022 comme en 2014, le gouvernement du Canada a pris le train des sanctions économiques contre la Russie, à l’instar de plusieurs pays occidentaux. Des entreprises canadiennes et québécoises en souffriront, bien que les activités économiques bilatérales soient encore plus négligeables qu’elles ne l’étaient en 2014.

En 2008, les exportations du Canada vers la Russie avaient une valeur de 1,5 milliard de dollars et les importations, de 1,9 milliard. En 2020, ce n’était plus que 617 millions de dollars en exportations et 1,2 milliard en importations.

N’empêche que derrière ces chiffres, il y a de réelles entreprises de chez nous qui ne peuvent plus importer des produits nécessaires à leurs activités économiques ou vendre leurs produits en Russie. De vrais emplois qui font vivre de vraies familles sont en jeu.

Si je plonge dans mes souvenirs de 2014 et 2015, alors que j’étais chef de cabinet de l’ex-ministre fédéral de l’Infrastructure, des Collectivités et des Affaires intergouvernementales Denis Lebel, des dizaines de chefs d’entreprises de divers secteurs économiques — aéronautique, technologie, agriculture, alimentation, minéraux — téléphonaient régulièrement à nos bureaux. Même s’ils soutenaient les sanctions économiques, ils étaient inquiets des conséquences importantes qu’elles pouvaient avoir sur leurs activités.

Une entreprise met plusieurs années à devenir un partenaire commercial dans cette région du monde. La confiance et les relations sont longues à établir. Évidemment, aucun de ces chefs d’entreprises ne voulait exprimer publiquement ses préoccupations, par crainte de donner l’impression de ne pas condamner l’invasion russe. Ils expliquaient toutefois très clairement au gouvernement canadien leur inconfort par rapport aux sanctions et, surtout, leurs dommages collatéraux.

À l’évidence, des entreprises et des travailleurs d’ici subiront des conséquences de ce nouveau bras de fer entre le monde et la Russie. À ce sujet, j’ai entendu à la radio, le 24 février dernier, le ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, annoncer que le gouvernement du Québec pourrait soutenir les entreprises qui seraient particulièrement touchées par les sanctions canadiennes, aussi symboliques soient-elles à l’échelle mondiale.

Vraiment faire mal au régime de Vladimir Poutine

Il est néanmoins important que nous, Canadiens et Québécois, fassions tout en notre pouvoir pour contribuer à l’affaiblissement de la Russie de Vladimir Poutine et venir en aide aux Ukrainiens : outre les sanctions contre la Russie et ses alliés, le Canada doit mettre en branle des actions comme l’expulsion des diplomates russes, un appui militaire et de renseignement à l’Ukraine ainsi que l’accueil de réfugiés. Surtout, Ottawa ne doit jamais reconnaître l’installation en Ukraine d’un gouvernement soutenu par Poutine. 

À long terme cependant, le Canada pourrait vraiment ébranler ce régime voyou. Environ le tiers des revenus de l’État russe proviennent de ses ventes de pétrole et de gaz. D’ailleurs, l’Europe dépend trop du gaz russe. Quelque 40 % du gaz consommé en Europe est fourni par la Russie.

L’Occident doit impérativement remédier à ce problème. C’est là où le Canada, important producteur de gaz, peut agir. Plutôt que de constamment bloquer les projets énergétiques émergents au Canada, nos gouvernements devraient reconsidérer leurs positions.

Comment aller de l’avant avec ce type de projets tout en limitant le plus possible les impacts environnementaux ? Nous sommes capables d’y arriver. Il y a moyen de saisir les occasions économiques et de paix devant nous tout en étant conscients de l’importance de la lutte contre les changements climatiques — ce qui n’est pas la priorité de Poutine, soit dit en passant.

Non seulement nous pouvons fournir à l’Europe une partie de l’énergie dont elle a besoin en étant un partenaire bien plus éthique et fiable que la Russie, mais nous pouvons le faire avec des standards environnementaux parmi les plus sévères au monde.

Et ne soyons pas dupes, les Américains ont déjà commencé à saisir cette occasion. Alors pourquoi pas nous ? Ce serait bon pour l’environnement, bon pour l’économie canadienne et bon pour la paix dans le monde.

Mais le voulons-nous ?

Les commentaires sont fermés.

Évidemment, j’ai comme un léger doute sur le fait que cette proposition d’aide soit très désintéressée. Le jupon conservateur de M. Plante dépasse largement. Je dirais même qu’il frétille! Profiter des déboires de l’Ukraine et éventuellement de la Russie pour remettre sur le tapis les projets d’énergie fossile dont on essaye de se «désaccoutumer»…
«Comment aller de l’avant avec ce type de projets tout en limitant le plus possible les impacts environnementaux ? Nous sommes capables d’y arriver.» J’aimerais bien voir le commencement du début d’une façon concrète d’y arriver…

Au lieu d’être dépendante des autres pays / continents, l’Europe de devrait-elle pas se tourner vers les énergies vertes et les ressources sur son territoire ? De plus, Poutine n’est pas éternel et un jour le dictateur ne sera plus là et l’Europe voudra peut-être renouer avec le voisin russe. Exporter du GNL du Canada ne peut se faire du jour au lendemain et quand le projet sera prêt avec gazoduc et tout le bazar, il sera probablement trop tard pour aider l’Europe. Voir une occasion d’affaire avec l’attaque russe contre l’Ukraine est indécent et méprisant pour le peuple ukrainien.

Et voilà, un ex-stratège conservateur qui tente de remettre la production du pétrole en marche pour faire mal à la Russie. Belle tentative cher monsieur mais la guerre, aussi stupide soit-elle, n’est qu’un des fléaux qui guette notre planète.
Allons-nous nous remettre à l’inacceptable production de l’or noir de l’ouest Canadien pour faire mal à M. Poutine tout en oubliant nos devoirs pour essayer de limiter les changements climatiques qui pourrissent la vie de la planète entière.
Bien essayé M. Plante mais n’y pensez même pas.

D’ou qu’il provienne, LE PÉTROLE N’EST PAS BON POUR L’ENVIRONNEMENT. En affirmant le contraire, votre opinion faussée répète le mensonge alimenté par l’incompétence de tous ceux (politiciens) qui nous conduisent collectivement au bord du gouffre environnemental planétaire (changement climatique et disparition de la biodiversité).
Garbage in, garbage out. Vos conclusions sont conséquemment erronées et je vous dénonce.
Pour l’Europe, la solution passe par l’efficacité énergétique (Il se perd plus de 30% de l’énergie utilisée), le transport en commun, la décroissance (on l’a vu, on en ressort après la pandémie) et la recherche (comme la Fusion nucélaire qui ne produit pas de résidus radioactifs).
Désolé que L’Actualité se soit fait passer un sapin avec cet article…

C’est de la propagande pour forcer le Québec à accepter le très peu écologique projet énergie Est. La situation en Ukraine ne change absolument rien au fait que ce projet est d’une autre époque. Il y a suffisamment d’autres sources de pétrole et de gaz ailleurs dans le monde pour compenser le remplacement de ceux de Russie. De plus, le Québec ne retirerait absolument rien de ce projet sinon un désastre écologique.

Donc si on suit votre logique, il faudrait souhaiter plus de guerre dans les pays exportateurs de pétrole pour mettre à genoux ces pays et que le Canada et le Québec s’enrichissent ??? On pourrait des souhaiter aussi des explosions dans des centrales nucléaires pour que le Québec exporte son électricité ou exporte ses technologies ou plus contrôle les barrages dans les autres pays!!! Une chance que le ridicule ne tue pas!!!

Mais quand les américains ont envahi Iraque pourquoi on n’a pas sanctionné les USA????? C’est quelle politique??? Réunissant Obama,Bush,Clinton ont envahi 9 pays arabes tuant 19 millions des gens pourquoi ils ne sont à sanctionné????????… Nous ici nous avons délibérément exterminé les indiens pour enfin voler leur pays c’est comment???????

Bien que je n’ait jamais été conservateur, et bien que je sois en faveur d’actions fortes contre les changement climatiques, je suis d’accord avec vous. L’Allemagne a eu ce courage, nous aussi devons l’avoir. Il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour forcer un changement de régime en Russie et réduire la dépendance du monde envers son pétrole. Ensuite, nous pourrons revenir à la priorité environnementale.

Oui, on peut dire que les sociétés pétrolières Canadiennes vont en profiter. Ca m’écoeure un peu. Mais voir Le peuple Ukrainien souffrir encore une fois c’est pire. Le voir souffrir encore une fois après le joug du Stalinisme et du genocide de l’Holodomor. Le voir souffrir encore un fois après les atrocités Nazi. Le voir souffrir encore après le printemps Orange ou, enfin, ce peuple magnifique a pu trouver un peu de liberté et de paix. Non. Il faut que ça cesse. Par tous les moyens… y compris une couverture aérienne de l’Otan. Car ce n’est pas l’Otan qui a commencé cette horreur. Mais cette horreur qu’est le fascisme à la Poutine, elle va inevitablement arriver à l’Otan tôt ou tard. Mieux vaut ce cela soit maintenant, au nom de la décence humaine envers ce peuple tellement meurtri, mais toujours aussi fier, qu’est l’Ukraine.