Comment soigner une pneumonie politique

Pas facile pour une politicienne d’être malade, surtout en plein sprint électoral! D’autant que les meilleurs médecins au monde ne peuvent rien contre des conseillers en image.

Hillary Clinton à la sortie de l'appartement de sa fille, à New-York, où elle s'était repliée après son malaise. (Photo: AP/Andrew Harnik)
Hillary Clinton à la sortie de l’appartement de sa fille, à New York, où elle s’était repliée après son malaise du 11 septembre. (Photo: AP / Andrew Harnik / PC)

À deux mois des élections et en plein sprint électoral, cette pneumonie tombe bien mal pour Mme Clinton. On a beau avoir une bonne santé, une excellente équipe, les meilleurs soins, des périodes de repos, d’excellents coiffeurs et maquilleuses, il demeure qu’une pneumonie peut jeter à terre n’importe qui, surtout à 68 ans.

Et si vous pensez que la candidate s’en remettra dans quelques jours, c’est que vous n’avez jamais eu de pneumonie. Moi, ça m’est arrivé deux fois depuis 30 ans. Et après une semaine de repos et d’antibiotiques, j’avais voulu retourner travailler. Peine perdue: j’étais encore beaucoup trop faible. En général, on donne deux semaines de congé à un patient pour lui permettre de bien récupérer.

Son adversaire, Donald Trump, a semblé sympathique à sa cause en lui souhaitant un prompt rétablissement, mais il faut comprendre le sous-texte: ayant plusieurs fois mis en doute l’état de santé de sa rivale, en reconnaissant sa maladie, il envoyait au public un message bien plus efficace qu’en l’attaquant de front.

Une baisse de pression

Si on oubliera sans doute les images où elle tousse au micro, celles où elle est reconduite à sa voiture, chancelante, durant la cérémonie commémorative du 11 septembre risquent de marquer les mémoires. On voit en effet Hillary Clinton manquer de s’effondrer à plusieurs reprises, bien qu’elle soit soutenue par deux personnes, puis incapable d’enjamber le marchepied pour s’asseoir dans l’automobile afin de se reposer, mais surtout de se mettre à l’abri des regards.

Quand je vois un patient dans cet état, je conclus assez facilement que sa pression est plutôt basse, en tout cas suffisamment pour qu’il ne puisse tenir debout sans que ses jambes se dérobent. Pour le garder conscient, je le fais alors rapidement se coucher sur une civière.

Ce qui ne veut pas dire que cette présumée baisse de pression est au fond si grave. En effet, dans le contexte d’une pneumonie, d’une station debout prolongée, d’un peu de chaleur et de déshydratation, il est commun pour bien des gens d’éprouver de tels malaises, souvent un simple malaise vagal, comme lorsqu’on subit une prise de sang.

Je connais d’ailleurs plein de médecins qui ont subi un choc vagal en assistant pour la première fois à une opération. Est-ce que cela les disqualifiait pour le job? Certains sont devenus d’excellents chirurgiens.

Un phénomène vagal est d’autant plus probable dans le cas de Hillary que son mari, Bill Clinton, a témoigné lors d’une entrevue qu’elle souffrait effectivement, de temps en temps, de telles baisses de pression, qui peuvent être en apparence spectaculaires, mais qui ne signifient rien d’autre qu’un problème bénin d’ajustement de la tension artérielle dans certaines situations.


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L’aptitude à devenir commandant en chef

Reste que l’image porte et que de voir ainsi une candidate au poste de commandant en chef tituber et devoir être soutenue pour éviter de se retrouver par terre frappe l’imagination. Cette personne pourra-t-elle subir quotidiennement le stress du poste qu’elle convoite, un job qui n’est pas de tout repos, on s’entend? Qui voudra d’un général pouvant perdre conscience à l’approche de l’ennemi?

En réalité, cela n’a aucun rapport, même si l’image, beaucoup plus contagieuse que n’importe quelle bactérie, peut faire plus de dommages que n’importe quel rapport médical. C’est que la perte de conscience d’une personne soumise à un stress est synonyme de faiblesse depuis des lustres, que ce soit dans la littérature ou dans les films où ces scènes sont classiques.

Je me souviens bien d’un candidat à la mairie de Montréal qui s’était effondré au milieu d’une conférence de presse, apparemment pour la même raison. Malgré la cause bénigne, cette chute avait marqué la fin de sa carrière politique.

Quant aux conséquences de la pneumonie elle-même, à voir la forme de Hillary Clinton et son sourire néanmoins un peu forcé plus tard, on peut penser qu’elle ne menace pas du tout la vie de la candidate démocrate, même s’il est vrai que, surtout chez une personne plus âgée, cette maladie peut être fatale. J’en sais quelque chose, mon père est mort emporté par une pneumonie à 89 ans, il y a quelques années.

La transparence en santé

D’avoir dissimulé le diagnostic durant quelques jours n’aidera sûrement pas non plus la candidate, les Américains étant plutôt friands de transparence à cet égard, comme pour les déclarations d’impôt. Ce ne fut cependant pas toujours le cas: il suffit de rappeler que John F. Kennedy souffrait d’intenses maux de dos, qui l’obligeaient à absorber beaucoup de médicaments, dont des narcotiques, afin de supporter son mal, alors que personne n’en savait rien.

Mais d’ailleurs, que veut dire être transparent à propos de l’état de santé d’un politicien, surtout quand on connaît les enjeux qui pèsent dans la balance, à savoir potentiellement l’incapacité de se présenter comme candidat à un poste prestigieux? On peut imaginer que le rapport du médecin traitant d’une candidate risque de ne pas être aussi complet que ce que contient son dossier médical, n’est-ce pas? C’est qu’on est dans la communication politique ici, non dans la science médicale.

Surtout que les innombrables informations d’un dossier médical pourraient être fort mal interprétées. Rappelez-vous le cas de François Mitterrand, qui a dissimulé durant presque l’ensemble de son règne un cancer de la prostate. Même si on sait que ce cancer évolue souvent lentement et qu’il ne menace pas toujours le pronostic vital, on peut se demander comment aurait été traitée publiquement une telle information.

Certains cas sont encore plus délicats. On pense à celui de Jack Layton, par exemple, qui avait souffert du même cancer. Durant la campagne, on parlait beaucoup de la fracture à la hanche qu’il avait subie, et son entourage assurait alors que cette fracture était spontanée et non liée au cancer. Ce qui est tout de même étonnant, et qui laissait planer un doute quant à la présence de métastases, puisqu’une hanche ne se fracture pas sans raison. Mais on n’en a jamais rien su.


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L’examen médical est déjà fait

On peut aussi se demander ce qui, du point de vue de la santé, rend une personne inapte à assumer des fonctions aussi exigeante que celles de dirigeant politique. Au-delà des maladies chroniques graves et irréversibles, je ne suis pas certain de la bonne réponse à cette question.

La question est pourtant légitime, puisqu’il faut pouvoir faire le travail. Si le simple soldat doit subir un examen médical complet pour entrer dans les forces armées, ne devrait-on pas demander la même chose au futur commandant en chef?

Et que penser seulement de l’âge des deux candidats? Si l’effet de l’âge est tout de même relatif, il demeure que c’est le facteur de risque le plus puissant pour la plupart des maladies graves et chroniques.

Mais le plus probable, c’est que la vie de ces gens, déjà hyper-complexe et particulièrement stressante, est un excellent gage de la capacité d’un politicien d’affronter sans fléchir — c’est bien le mot — les stress inhérents à une présidence. Cela vaut bien plus que n’importe quel examen médical. Se rendre jusque là, supporter ces horaires de fous année après année, subir quotidiennement la pression, cela révèle certainement davantage qu’une prise de sang, un examen du cœur ou un test de tapis roulant.

Le protocole du Purel

Ce qui me surprend le plus, c’est justement de constater que, du moins en apparence, ces personnes ne sont presque jamais malades. Et pourtant, elles en côtoient plus que vous et moi, des microbes, lorsqu’elles serrent des centaines de mains chaque jour, donnent des becs à qui mieux mieux, plongent dans des foules denses, le tout sans oublier les déplacements incessants, le manque de sommeil et les horaires invivables. J’imagine que le protocole du Purel est sûrement aussi strictement appliqué que celui des services secrets.

Il demeure que cette pneumonie bactérienne devenue virale est d’abord politique et que les images de la faiblesse de Mme Clinton pourraient davantage la faire chuter dans les sondages que dans les escaliers. Car les meilleurs médecins au monde ne peuvent rien contre des conseillers en image.

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