Conflit Chine-Japon: les îles de la discorde

La Chine et le Japon pourraient-ils sortir leurs armes pour quelques petites îles inhabitées ? Quoiqu’il soit peu probable, ce scénario n’est plus exclu depuis que le gouvernement japonais a procédé au rachat des îles Senkaku (ou Diaoyu, selon les Chinois).

Conflit Chine-Japon : les îles de la discorde
Photo : VOA

La Chine et le Japon pourraient-ils sortir leurs armes pour quelques petites îles inhabitées ? Quoiqu’il soit peu probable, on n’exclut pourtant plus ce scénario depuis que le gouvernement japonais a procédé, le 10 septembre, au rachat des îles Senkaku (ou Diaoyu, selon les Chinois, qui revendiquent leur souveraineté sur elles).

L’enflure nationaliste à propos de ces morceaux de terre flottant entre les deux puissances asiatiques a jusqu’ici suscité des manifestations antijaponaises et antichinoises, le déploiement de « navires de surveillance » chinois, la fermeture d’usines, dont celles de Toyota, de Honda et de Panasonic, en territoire chinois, et un appel au boycottage des produits japonais.

À qui les îles ?

Les îles Senkaku ont été annexées par Tokyo en 1895 au terme de la première guerre sino-japonaise, pour être ensuite placées sous tutelle américaine après la Deuxième Guerre mondiale. Elles ont finalement été restituées au Japon en 1972, pour se retrouver entre les mains de riches propriétaires terriens.

Le rachat officiel par Tokyo a donné l’occasion à Pékin de rappeler – car elle le clame depuis 1971 – que sa souveraineté sur ces îles remonterait à aussi loin que 1403, comme en témoignent des passages de livres anciens qui les mentionnent.

De façon générale, cette requête chinoise s’inscrit dans une série de revendications territoriales en mer de Chine qui va de pair avec la montée en puissance de Pékin depuis plusieurs années. Les Chinois ont en effet des différends dans cette vaste région, qu’ils qualifient de « zone d’intérêt vital », notamment avec le Vietnam et les Philippines.

Poussée nationaliste… et opportuniste

Pour la Chine, gonfler les muscles face au vieux rival japonais constitue une façon de consolider le pouvoir, son unité et son image devant une population qui ose de plus en plus manifester son insatisfaction à l’égard de son propre régime. Le moment est d’autant plus crucial qu’un changement de garde se prépare à la tête de l’État communiste, avec l’arrivée au pouvoir, en mars 2013, du nouveau président Xi Jinping.

Intérêts économiques

Du point de vue économique, toutefois, passer du conflit larvé à la guerre ouverte n’est pas dans l’intérêt de la Chine. Ni du Japon, d’ailleurs. Deuxième économie mondiale, la Chine a besoin du Japon, la troisième au classement. Comme la stabilité de son régime dépend largement de la croissance économique, elle ne peut se permettre de laisser les entreprises japonaises délaisser ses manufactures et ses ouvriers. L’an dernier seulement, les deux pays ont enregistré un volume d’échanges commerciaux de 343 milliards de dollars.

Quant à la présence d’hydrocarbures dans les fonds marins de l’archipel qui motiverait la Chine dans ses ambitions territoriales, elle n’a pas encore été prouvée.

La Chine se fait de plus en plus revendicatrice auprès de ses voisins – conséquence de sa fulgurante montée en puissance -, et nombre d’entre eux, dont le Japon, s’en inquiètent. Mais, intérêts économiques obligent, elle sait aussi qu’elle ne peut risquer de compromettre entièrement ses relations commerciales avec eux, puisqu’ils alimentent en bonne partie sa croissance. Un jeu d’équilibre… qui peut toujours basculer.

 

Uotsuri-jima, la plus grande île de l’archipel. [Photo : National Land Image Information
(Color Aerial Photographs), Ministry of Land, Infrastructure, Transport and Tourism]