Corée du Nord : du rire au dégoût

Les « atrocités innommables » commises en Corée du Nord n’ont « aucun parallèle dans le monde contemporain », dit un rapport de l’ONU.

Des manifestants arborent les masques d'un cochon, qui symbolise Kim Jong-un, et de l'ancien joueur de basketball Dennis Rodman, célèbre ami du dirigeant nord-coréen (Photo : Chung Sung-Jun / Getty Images)
Des manifestants arborent les masques d’un cochon, qui symbolise Kim Jong-un, et de l’ancien joueur de basketball Dennis Rodman, célèbre ami du dirigeant nord-coréen (Photo : Chung Sung-Jun / Getty Images)

Les nouvelles en provenance de Corée du Nord se démarquent souvent par leur absurdité, qu’il soit question d’un fax comme machine de guerre ou d’images de propagande… incendiaire.

Mais, le rire ne semble pas adapté à la réalité de l’action de Kimg Jong-un et de son prédécesseur de père, King Jong-il, dit Clive Crook, de Bloomberg, après lecture d’un rapport de la Commission onusienne d’enquête sur la situation des droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée.

« Les Kim sont on ne peut plus facile à moquer, mais la moquerie n’est vraiment pas la réponse idoine. La réponse appropriée, c’est le dégoût. »

Les « atrocités innommables » commises en Corée du Nord n’ont « aucun parallèle dans le monde contemporain », dit le rapport de l’ONU.

« Ces crimes contre l’humanité impliquent des exterminations, meurtres, esclavage, tortures, emprisonnements, viols, avortements forcés et autres formes de violences sexuelles, persécutions pour des motifs d’ordre politique, religieux, racial ou sexiste, le transfert forcé de populations, les disparitions forcées de personnes et des actes inhumains causant intentionnellement une famine prolongée. »

Le rapport inclut des témoignages de victimes et de témoins du « traitement atroce » notamment réservé aux prisonniers politiques – qui sont entre 80 000 et 120 000. On apprend ainsi que certains ont vu des membres de leur famille être assassinés dans les camps de prisonniers, alors que certains détenus sans défense sont tout bonnement utilisés pour la pratique des arts martiaux.

Le parallèle avec les camps de concentration bâtis par les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale est établi. « Les atrocités innommables qui sont commises contre les détenus des camps de prisonniers politiques dits kwanliso ressemblent aux horreurs des camps établis par les États totalitaires au cours du XXème siècle. »

Dans les quatre grands camps où sont emprisonnés les détenus, la famine est une arme utilisée pour contrôler et punir ces derniers. Michael Kirby, le président de la Commission, a également expliqué lors du dévoilement du rapport que les prisonniers se voyaient parfois donnés pour mission de brûler les corps des morts de faim pour en faire de l’engrais.

La Commission a exhorté la communauté internationale à « protéger le peuple de la République populaire démocratique de Corée des crimes contre l’humanité » qui y sont perpétrés. Les enquêteurs de l’ONU ont d’ailleurs menacé de traduire Kim Jong-un devant la Cour pénale internationale.

« Le déni du droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion et du droit à la liberté d’opinion, d’expression, d’information et d’association est quasi-total. […] L’État recourt à la propagande pour obtenir une obéissance absolue au Chef suprême et pour inciter à la haine nationaliste envers d’autres États et leurs ressortissants. »

La réponse de Pyongyang ne s’est pas faite attendre; le rapport a été qualifié de « produit de la politisation des droits de l’homme menée par l’Union européenne et le Japon, en accord avec la politique hostile des États-Unis ».