Corée du Nord : la route vers le royaume ermite passe par la Mongolie

Après avoir longtemps vécu dans l’ombre de ses voisines russe et chinoise, la Mongolie fait à présent une entrée remarquée sur la scène internationale avec, comme carte de visite, la croissance économique la plus élevée au monde (17,3 % en 2011) — qu’elle doit à son secteur minier en pleine expansion. Mais il n’y a pas que le profil économique d’Oulan-Bator, sa capitale, qui attire l’attention : ses affinités diplomatiques aussi… notamment avec l’énigmatique Corée du Nord.

Corée du Nord : la route vers le royaume ermite passe par la Mongolie
Photo: Ng Han Guan/AP

On découvre aujourd’hui que la Mongolie est probablement le pays qui entretient les relations les plus cordiales avec la contrée la plus hermétique de la planète, soit la Corée du Nord.

Celle-ci, surnommée le « royaume ermite », continue de défier la communauté internationale avec son programme nucléaire. Son dernier affront ? L’envoi, le 12 décembre, d’un lanceur de satellites dans l’espace, un geste immédiatement dénoncé de par le monde en raison des craintes selon lesquelles cette technologie pourrait être utilisée pour lancer des missiles nucléaires.

Les relations diplomatiques entre le royaume de Kim Jong-un et les pays occidentaux sont minces précaires au possible, et les négociations, au point mort. Devant cette impasse, la discrète Mongolie pourrait s’avérer un interlocuteur utile. Entourées d’une aura de secret, des rencontres officielles ont eu lieu entre les deux contrées aussi récemment qu’en novembre. Selon l’agence de presse officielle nord-coréenne, lors de la signature d’un accord de coopération en matière de sécurité à Pyongyang, « les deux parties ont échangé leurs vues sur la question de développer davantage la coopération entre les organes de sécurité des deux pays et sur les enjeux d’intérêt mutuel ».

S’il est laconique, ce communiqué trahit néanmoins la bonne entente qui règne entre les deux pays. Quant à l’échange, il se serait avéré contre-intuitif, puisque la Mongolie se rapproche plus que jamais des puissances occidentales et asiatiques que la Corée du Nord, elle, s’entête à défier en déployant son arsenal nucléaire. Cette démocratie de libre marché – louangée par l’Occident depuis que la Mongolie s’est libérée du joug soviétique, au début des années 1990 – courtise en effet les États-Unis, le Canada, l’Europe, la Corée du Sud et le Japon ainsi que d’autres pays afin de développer à la vitesse grand V l’exploitation de ses gigantesques ressources minières. Le Canada y est d’ailleurs le deuxième plus important investisseur étranger.

Néanmoins, la relation unique entre la Mongolie et la Corée du Nord n’inquiète pas les grandes puissances mondiales. Au contraire, elle est vue par ces dernières comme une rare occasion d’atteindre et d’influencer, de manière indirecte, le royaume ermite. Un seul autre pays d’importance peut compter sur un accès aussi privilégié avec Pyongyang : la Chine.

Or, « travailler avec [celle-ci] est très difficile, selon un diplomate occidental établi à Séoul, en Corée du Sud, cité dans le journal en ligne Global Post (http://www.globalpost.com). Mais avec les Mongols, dit-il, donner un simple coup de téléphone pourrait être possible. » Moins puissants, moins opaques et moins intriqués que les Chinois dans les grands enjeux stratégiques, les Mongols seraient des interlocuteurs plus commodes.

Des ministres mongols ont même déjà suggéré que leur pays joue un rôle de médiateur. En 2009, le ministre de la Défense a déclaré : « Nous voulons aider à faire passer la Corée du Nord d’un régime autoritaire à une démocratie et à une économie de marché, mais elle continue malgré tout à nous considérer comme un pays ami. » Son collègue aux Affaires étrangères avait renchéri en affirmant que son gouvernement voudrait « faire une contribution, dans la mesure de ses capacités, pour normaliser les relations [entre Pyongyang et le reste du monde] ».

Neutre avant tout

Cette bonne entente mongolo-nord-coréenne ne date pas d’hier. Les deux pays entretenaient déjà des relations cordiales lorsque tous deux vivaient sous un régime communiste. Leurs rapports se sont dégradés quand la Mongolie s’est convertie à la démocratie libérale et au marché libre dans les années 1990, avant de se rebâtir au tournant du siècle. En 2008, Pyongyang et Oulan-Bator ont même signé une entente qui a permis à 5 300 ouvriers nord-coréens d’aller travailler en Mongolie pendant cinq ans.

Certains rapports, dont les autorités mongoles refusent de confirmer le contenu par crainte de froisser Pyongyang, indiquent également que la Mongolie a accueilli des réfugiés nord-coréens avec l’aide de groupes sud-coréens, qui entretiennent eux aussi de bonnes relations avec Oulan-Bator.

À première vue, le comportement diplomatique et stratégique de la Mongolie peut sembler difficile à décoder. Surtout qu’au début de septembre, dans ce qui pouvait ressembler à un rapprochement avec l’Iran – un autre État paria aux yeux de l’Occident -, le président mongol, Tsakhiagiin Elbegdorj, est devenu le premier leader étranger à visiter les principales installations nucléaires iraniennes, situées à Natanz.

Mais comme dans le cas de la Corée du Nord, la communauté internationale n’a pas poussé les hauts cris, et aucune puissance n’a accusé Oulan-Bator d’entretenir de mauvaises fréquentations. Tous semblent comprendre que la Mongolie, qui n’a retrouvé sa souveraineté que depuis une vingtaine d’années – après avoir vécu trois siècles sous le joug chinois et soviétique -, souhaite rester neutre dans le grand échiquier mondial.

 

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