Coronavirus, attaques de requins… et Donald Trump

Et si les électeurs américains étaient tentés de « punir » le président sortant pour un problème qui n’est pourtant pas vraiment de son ressort. 

Photo : iStockPhoto

Il y a quelques années, un tandem de politologues américains a avancé une thèse aussi loufoque qu’intrigante : les attaques de requins auraient une incidence sur les élections présidentielles.

Le raisonnement va ainsi : en 1916, la côte du New Jersey a été l’objet d’une série mortelle d’attaques de requins. Le comté d’Ocean, situé à une quarantaine de kilomètres d’Atlantic City, a été particulièrement touché. En comparant les votes cette année-là des communautés du comté se situant sur la côte à ceux de communautés se situant dans les terres, Chris Achen et Larry Bartels ont découvert que les électeurs avaient semblé punir le président sortant, Woodrow Wilson, qui briguait alors un second mandat (Wilson était de surcroît l’ex-gouverneur de l’État).

L’idée derrière cette thèse est que les électeurs ont tendance à « punir » dans les urnes les politiciens en exercice pour des problèmes n’étant pas toujours entièrement de leur ressort.

C’est vrai pour les crises économiques. Ça l’est également pour des crises liées à la santé. Il y a à peine cinq ans, lors des élections de mi-mandat de 2014, le virus Ebola a pris une ampleur inattendue, prenant de court le président Obama et les candidats démocrates. Bien qu’à peine une dizaine d’Américains aient été infectés, les mentions d’Ebola dans les publicités électorales des candidats républicains, notamment dans les courses les plus disputées, ont grimpé en flèche dans les dernières semaines de la campagne.

Dans les sondages menés le jour du vote, 60% des électeurs disaient suivre le dossier de près… et une majorité d’entre eux a voté républicain. Des recherches ont ensuite démontré une corrélation entre l’impact psychologique lié à la crainte du virus Ebola et la propension à appuyer des candidats républicains en 2014.

C’est aujourd’hui ce qui inquiète – ou, tout du moins, ce qui devrait inquiéter – la Maison-Blanche de Donald Trump lorsqu’il est question du coronavirus. Si le premier enjeu concerne la santé des Américains, le second concerne leur portefeuille. Ainsi, en moins d’une semaine, c’est plus de 2 000 points qui ont été perdus par l’indice Dow Jones, à New York, en raison des incertitudes autour du virus.

Ce n’est pas pour rien que le président et certains de ses plus proches conseillers cherchent depuis ces derniers jours à minimiser les risques associés au coronavirus, allant jusqu’à contredire les agences gouvernementales en charge du dossier (Centers for Disease Control) en affirmant qu’il était essentiellement « contenu » aux États-Unis.

On veut à la fois tenter de rassurer les marchés – et, par extension, les électeurs. Car pour la Maison-Blanche, le risque est double.

D’une part, il y a le risque que le virus, loin d’être contenu, éclose en sol américain et commence à faire des victimes. Dans ce cas de figure, ce sont les « fausses assurances » qui pourraient revenir hanter le président. Cela ne serait pas sans rappeler George W. Bush en 2008, assurant la population que l’économie se portait bien… alors que cette dernière s’apprêtait à plonger dans la pire crise depuis la Grande Dépression de 1929. Ou Barack Obama promettant à tous les Américains qu’ils pourraient conserver, dans le cadre de sa réforme du système de santé, le même plan d’assurance et le même médecin… avant que des millions d’entre eux n’apprennent exactement le contraire. C’est la crédibilité du président, de son équipe et de son parti qui soudain s’enrhume.

Le deuxième risque est simple : l’économie américaine commence à connaître de réelles difficultés en raison du virus et de ses répercussions. Les stratèges du président ont clairement indiqué leur intention de faire de l’économie – qui se porte historiquement bien – une pièce maîtresse de leur stratégie en 2020. Un ralentissement inattendu pourrait sérieusement compliquer leur tâche.

Cela est particulièrement important dans un contexte où, au risque de se répéter, les élections mettant en scène un président sollicitant un deuxième mandat servent en foin de compte de référendum sur la performance du président sortant.

Aussi intéressante soit elle, la course à l’investiture présidentielle démocrate risque de peser un peu moins dans la balance que l’évaluation que feront les électeurs du travail effectué par le président Trump. Qu’il soit de son ressort ou non de contrôler les pandémies… ou les attaques de requins.

Les plus populaires