COVID-19 au Brésil : comment Jair Bolsonaro a créé un enfer sur terre

Le président du Brésil a délibérément favorisé la propagation du virus pour polariser le jeu politique à son avantage et pour faciliter le déploiement d’un programme gouvernemental totalement destructeur.

Sebastiao Moreira / EPA

Le Brésil a connu ce qui aura sans doute été la pire réponse politique à la pandémie sous l’impulsion de son président d’extrême droite, Jair Bolsonaro. Ses choix dans la gestion de la COVID-19 ont déclenché une tragédie sans précédent dans ce pays, avec des implications potentiellement catastrophiques pour le monde entier.

Depuis l’apparition d’un nouveau variant plus contagieux, appelé P1, la situation s’est considérablement détériorée au Brésil. De manière implacable, le nombre de décès quotidiens a augmenté, atteignant les 4 250 morts le 8 avril, du jamais vu dans aucun autre pays depuis le début de la crise sanitaire. Même l’Inde, qui bat ses propres records ces derniers jours, n’a pas enregistré autant de victimes.

Le système de santé s’est effondré dans de nombreuses villes. L’oxygène est rationné, les unités de soins intensifs débordent, on manque partout de personnel et d’équipement.

Faute d’anesthésiants, des patients ont dû être attachés avant d’être intubés, rapporte-t-on. Des centaines de personnes sont mortes sur leur civière, sur le sol des hôpitaux ou à domicile, même quand leurs familles avaient pu se procurer les tubes à oxygène nécessaires par des voies parallèles.

Trois facteurs ont convergé pour créer cet enfer.

Premièrement, le Brésil est l’un des pays les plus inégalitaires. Le chevauchement d’inégalités profondément implantées accroît la vulnérabilité des populations défavorisées. Cette fragilité a empiré depuis la destitution de la présidente Dilma Rousseff, en 2016, dans une opération qui avait toutes les apparences d’un coup d’État parlementaire.

La pandémie fournit une autre démonstration des disparités : la COVID touche les Brésiliens noirs, les pauvres et les sans-emploi de manière disproportionnée.

Deuxièmement, le Brésil a toujours souffert d’importantes limitations dans la sphère politico-institutionnelle, qui se sont accentuées depuis l’éjection de Rousseff. Depuis 2016, deux gouvernements ont promu des réformes néolibérales qui ont précarisé l’emploi, érodé le filet social et gravement sous-financé les services publics.

Pour étayer ces réformes, un amendement constitutionnel est venu plafonner toutes les dépenses non financières du gouvernement fédéral pour 20 ans. Ce nouveau régime fiscal a légitimé des coupes budgétaires brutales et arbitraires. Et c’est ce programme d’austérité qui a dégradé le système universel de santé brésilien, d’inspiration britannique, ces dernières années.

Nombre de cas quotidiens de COVID-19 au Brésil. Our World In Data

Enfin, il y a le rôle joué par Bolsonaro lui-même. Alors que la COVID se répandait, le président a systématiquement minimisé les risques et bloqué toute réponse coordonnée au niveau central. Il a également contredit les maires et les gouverneurs lorsqu’ils ont tenté d’imposer leurs propres mesures de confinement, de distanciation sociale ou de port du masque.

Ce travail de sape a créé une confusion totale dans le pays, que Bolsonaro a ensuite utilisée pour justifier son refus des restrictions. Le président a aussi forcé les ministres de la Santé du pays — quatre en un an — à concentrer les efforts sur des traitements non éprouvés, comme l’ivermectine et l’hydroxychloroquine, alors qu’il laissait le système de santé imploser.

Un soutien social en déclin

C’est la gauche au Congrès qui a mis en place la seule mesure majeure visant à protéger les pauvres : une aide mensuelle d’urgence de 600 réaux (environ 140 dollars) pendant la pandémie, ainsi que d’autres outils de relance, comme des marges de crédit pour les PME. Ces mesures ont été approuvées dans le cadre d’un « budget de guerre » qui contournait les limites constitutionnelles aux déficits budgétaires.

Bolsonaro a ensuite présenté cette aide d’urgence comme son propre don au peuple, renforçant ainsi sa popularité.

Cependant, ce programme d’aide au revenu a pris fin en janvier, avec le début de la nouvelle année fiscale, tandis que la dernière vague de la pandémie s’intensifiait. En avril, on lui a substitué une subvention beaucoup plus modeste de 250 réaux par mois pour un maximum de trois mois, une mesure qui sera compensée, promet-on, par des réformes encore plus profondes de l’administration et davantage de coupes budgétaires.

L’absence de soutien fédéral a empêché les États et les municipalités d’imposer des mesures de confinement locales, ce qui a contribué à l’aggravation de la pandémie.

La nécropolitique en action

La situation au Brésil est un excellent exemple de « nécropolitique » appliquée. Ce concept formulé par Achille Mbembe est l’expression ultime du pouvoir social et politique par sa capacité à décider qui pourra vivre et qui doit mourir. Dans cette itération, la COVID est présentée comme un fait de la nature qui ne touche que les faibles.

C’est factuellement faux, mais une telle politique de la rancœur, de la conspiration et de la désinformation est typique de la cohorte actuelle de dirigeants autoritaires dans de nombreux pays, qui répandent des inexactitudes dans le but précis de créer des conflits, de détourner l’attention et de bloquer toute solution.

Bolsonaro a déclaré qu’il évitait les mesures sérieuses contre la pandémie afin de protéger l’économie. Or, ce n’est jamais l’un ou l’autre. L’expérience internationale montre que les économies (par exemple la Corée du Sud ou le Vietnam) qui se sont attaquées de manière décisive au coronavirus ont connu à la fois moins de décès et moins de contraction de l’activité économique. Celles qui ont cherché à éviter les confinements ont subi plus de pertes de vie et plus de recul économique. Actuellement, l’économie brésilienne pique du nez.

Les manquements de Bolsonaro face à la pandémie ont permis au gouvernement de mettre en place, en catimini, une série d’initiatives qui suppriment les protections en matière de travail et d’environnement, ouvrant les territoires indigènes à l’exploitation agricole et minière.

Ils ont également détourné l’attention des scandales de corruption impliquant sa famille.

Dans la tragédie brésilienne, la responsabilité de Bolsonaro va bien au-delà de son incompétence ou de l’hypocrisie de son action. Il a délibérément favorisé la propagation de la COVID pour polariser le jeu politique à son avantage et pour faciliter le déploiement d’un programme gouvernemental totalement destructeur.

Et tandis que la population est laissée à elle-même face au coronavirus, le gouvernement priorise ses réformes néolibérales, le démantèlement de l’État et la destruction de l’environnement. Et c’est ainsi que le Brésil est frappé à la fois par une mortalité explosive et par la pire contraction économique de son histoire dans un chaos social et politique croissant.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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» L’expérience internationale montre que les économies (par exemple la Corée du Sud ou le Vietnam) qui se sont attaquées de manière décisive au coronavirus ont connu à la fois moins de décès et moins de contraction de l’activité économique. »
Il faudrait ajouter la Chine qui est le pays ayant le mieux résisté à l’épidémie de COVID malgré qu’elle a été la première à y faire face.

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Le texte a été écrit pour une personne qui n’a pas aucune idée du cenário politique au Brésil. En mars de 2020 la course suprême du Brésil a délégué aux maires et gouverneurs le pouvoir de décision à les actions pour combattre le virus. Le président n’avait plus que les factures à payer. Il a acheté 58 millions de doses et 41 millions de doses ont été appliquées. La faute de les morts est de qui ont pris les décisions, les mères et gouverneurs.

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Parfaite description du fiasco de la politique d un pervert narcissique au service de l économie du crime en officine a l échelle d un presque continent.
How dare are you
Que fait le voisinage ?
Please 🙏 stop this catastrophe

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Des invectives écrites par quelqu’un qui n’a pas la moindre idée du Brésil. Allez-y, vivez là-bas, puis commencez à répandre vos invectives.
Au fait, j’ai vécu et travaillé au Brésil pendant un an et demi.

Il n’est pas difficile de deviner l’orientation politique des auteurs de l’article: l’extrême gauche, les haineux de Bolsonaro.
Les corrompus sont l’ex-président Lula da Silva (condamné à 9 ans de prison) et sa dauphine Dilma.

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Sans connaitre la politique du Brésil,juste de constater qu’ils ont autant de morts que l’Inde(13 fois plus de population), me montre que le chef n’a pas fait sa job de protéger son peuple.

L’exemple du Brésil de Bolsonaro et des Usa de Trump nous enseigne que les candidats politiques ont des systèmes de valeurs et de croyances qui peuvent avoir un impact dévastateur sur les politiques et leur population. Les électeurs en sont-ils conscients au moment de voter?

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Je suis vraiment surpris et déçu par l’éditorial du magazine L’actualité pour avoir permis de publier le contenu de cet article sans passer par une double vérification des informations. Le contenu est biaisé et notamment rédigé par quelqu’un avec un parti pris de gauche et totalement partial. Nous pouvons l’identifier dans la biographie de M. Saad Filho. Enfin, le rapport est plein de mensonges du début à la fin et ne reflète pas la réalité qui se passe au Brésil.
La publication de ce type de rapport désinforme le public de lecture et dénigre l’image du Brésil. C’est irrespectueux envers le peuple brésilien.
J’espère que l’éditorial repense à qui écrit sur ses pages et transmet un contenu qui reflète la réalité.

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Vous avez raison, ils devraient le faire, mais ils ne le feront pas. Depuis quelques années, on constate un glissement vers la gauche et l’extrême gauche de la rédaction de l’Actualité.
La culture d’annulation et les principes ‘woke’ ont de longs tentacules …