Dakar n’est pas Charlie

Au pays de la tolérance religieuse, des Sénégalais ont manifesté contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo et ses provocations.

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Photo : Guillaume Bourgault-Côté

« Ils nous narguent ! Je ne cautionne pas la violence, mais ils nous narguent ! »

Ce « ils » contre lequel peste Abdulaziz Sommaké, Sénégalais d’une soixantaine d’années venu manifester avec quelque 1 500 de ses compatriotes place de l’Obélisque, à Dakar, ce sont les survivants de l’hebdomadaire Charlie Hebdo. Ces survivants qui, une semaine après l’attentat qui a décimé la rédaction, ont commis un numéro tiré à sept millions d’exemplaires. « Charlie Hebdo a blasphémé notre religion en publiant d’autres caricatures. Et en plus, ils en impriment sept millions ! Ils nous narguent ! » répète Abdulaziz Sommaké à L’actualité. Il participe à la manifestation, dit-il, parce qu’il est « musulman et croyant et qu’on ne peut laisser passer ce que Charlie a fait. Il y a des limites à la liberté d’expression. »

Sur la place poussiéreuse qui entoure l’immense monument célébrant l’accession du Sénégal à l’indépendance, en 1960, un prédicateur harangue la foule depuis une estrade en ce 24 janvier. « Allahou akbar [Allah est le plus grand] », hurle-t-il au micro, aussitôt suivi par les manifestants, venus protester contre « la persistance de l’équipe de Charlie Hebdo dans le blasphème, le sacrilège et l’agression de la foi d’autrui », comme le résumait un organisateur. Parmi les dignitaires, on comptait ce jour-là le premier ministre du Sénégal, Mohamed Ben Abdallah Dionne.

Pays modéré sur le plan religieux, où 90 % à 95 % de la population est musulmane, le Sénégal a réagi fortement — mais sans violence — aux nouvelles caricatures publiées par Charlie Hebdo le 14 janvier dernier. Et la décision du président sénégalais, Macky Sall, d’aller marcher aux côtés du président français, François Hollande, le 11 janvier, a aussi alimenté le mécontentement. Le président Sall a certes interdit la diffusion de l’hebdomadaire sur son territoire — « Je ne cautionnerai jamais les pratiques d’un journal qui s’en prend à nos valeurs islamiques et à son plus grand symbole humain, le prophète Mahomet », a-t-il indiqué aux médias nationaux —, mais la grogne ne s’est pas apaisée complètement.

Les Sénégalais rassemblés en ce samedi ensoleillé étaient nombreux à porter des chandails ou des affiches disant « Je ne suis pas Charlie, je suis musulman ». Certains allaient plus loin. « Je suis Kouachi » (du nom des frères auteurs de l’attentat contre l’hebdomadaire satirique), pouvait-on lire sur le t-shirt d’un manifestant, qui a tenu à se faire photographier par un journaliste occidental — lequel s’est par ailleurs fait demander maintes fois, au cours de cette journée, s’il était français, ce qu’il pensait de Charlie Hebdo

La place était jonchée de tracts écrits en vert, la couleur de l’islam, lancés par des bénévoles montés à bord de vieux bus bondés. Des centaines de manifestants agitaient les leurs en proclamant : « J’aime Muhammad [Mahomet]. »

Sur l’estrade, l’ancien ministre Abdoulaye Makhtar Diop, aujourd’hui grand serigne de Dakar (chef de la communauté léboue, concentrée surtout au Cap-Vert), a soulevé la foule en affirmant, la voix déformée par une sonorisation poussée à fond, qu’« il n’y a pas sept millions de lecteurs de Charlie Hebdo en France. Ils les ont achetés et les ont déchirés pour se moquer de nous ! »

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Photo : Guillaume Bourgault-Côté

Pour Mohammed Aissi, ingénieur en hydrocarbures vêtu d’un qamis (tunique portée par de nombreux musulmans) d’une blancheur immaculée, ce numéro des survivants de Charlie Hebdo est un affront. « Les caricatures ne me dérangent pas, dit-il. Mahomet ne peut pas être atteint par ça. Mais je ne peux pas accepter l’attitude de Charlie. C’est une attitude de négation et de haine. Alors je suis ici aujourd’hui pour donner ma part de riposte. »

Quand on lui demande s’il réprouve l’acte terroriste des frères Kouachi, Mohammed Aissi répond d’un ton posé que « les victimes de Charlie ont récolté ce qu’elles ont semé. C’est tout. »

Ce discours ambivalent, nombre de manifestants l’ont repris. Ils condamnent la violence — « L’islam est une religion de paix », entend-on partout —, mais celle contre Charlie Hebdo est presque excusée.

D’ailleurs, quand l’organisateur de la manifestation, Sambou Biagui, président de la Plateforme africaine pour le développement et les droits humains, a lancé sur scène un retentissant « Je ne suis pas Charlie Kouachi » avant d’appeler au dialogue, il s’est fait copieusement huer et invectiver.

Le mouvement de protestation n’a pas étonné Boubacar Boris Diop, ancien directeur du quotidien indépendant Le Matin, maintenant écrivain célébré dans la francophonie. « Cette image d’un Sénégal modéré est en train de changer », estime celui qui est professeur à l’Université Gaston Berger, à Saint-Louis, au nord du pays.

« Les Sénégalais ont un désir irrationnel d’arabité », dit-il au milieu de la librairie qu’il possède à Dakar, tout au bord de la mer. « Ils confondent être musulman et être arabe. » De sa voix délicate, l’écrivain raconte une anecdote qu’il juge révélatrice : durant son cours de littérature wolof (langue la plus largement utilisée au Sénégal), un étudiant a demandé pourquoi Diop parlait tant d’africanisme. « Nous sommes musulmans, nous », lui dit le jeune homme.

Pour Boris Diop, l’islam se vit désormais au Sénégal comme ailleurs dans le monde arabe, alors qu’avant il était interprété par la culture sénégalaise. C’était un islam plus cool, d’une certaine façon. La coupure actuelle entre la religion musulmane et la culture sénégalaise « est porteuse de tous les dangers. Plusieurs prétendent vouloir purifier cet islam à la sénégalaise. »

Il remarque que « les Sénégalaises se voilent de plus en plus jeunes ». Il note aussi que les chefs religieux traditionnels (les marabouts) ont perdu de l’influence aux mains des prédicateurs, notamment avec la multiplication des chaînes privées de radio FM, qui donnent autant de tribunes à ceux-ci.

Dans ces circonstances, difficile de dire si « le modèle sénégalais plutôt cool et sympathique sur le plan religieux, où l’on peut être musulman et avoir un président catholique pendant 20 ans [le légendaire Léopold Sédar Senghor], va encore exister dans 7 ou 8 ans », croit Boris Diop.

Mais pour un manifestant de la place de l’Obélisque, la question immédiate n’est pas là. « On ne remet pas en cause la façon de faire au Sénégal, soutenait cet homme se faisant appeler Abdallah Islam. Chacun respecte la religion de l’autre. Mais ce n’est certainement pas ce que Charlie a fait. »

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Comme je le disais dernièrement sur d’autres tribunes.
Si tu ne vaut pas une risée tu ne vaut pas grand chose.
Ils ont peut-être décidé d’appliquer leur religion de façon « pacifique » mais il en demeure pas moins que cette religion à la base est d’origine barbare et basée sur des croyances complètement dépassées.

Ici, ça n’intéresse plus personne. On a déjà passé à autre chose. Le Superbowl s’en vient… C’est le propre de l’Occident d’avancer sans tenir compte des autres.

Si ces propos sont vrais, ça fait peur toute cette haine propagée par une religion en 2015.

PROVOQUER: Exciter qqn par un comportement agressif, l`inciter à des réactions violentes, défier. Pousser qqn à faire quelque chose. C`est la Petit Larousse illustré, FRANÇAIS, qui dit cela….

C’est ça la liberté? Provoquer, défier afin d’inciter à des réactions violentes!!.C’est ce que voulait Charlie pour remonter ses cotes d’écoute?Le journal était au bord de la faillite ce qui veut dire que le non- respect d’autrui à la longue on s’en lasse.? Fallait-il y laisser sa vie et celle des autres? Je n’y crois pas.

Je me rappelle l’automne 1970. Des milliers de québécois applaudissaient à tout rompre le manifeste du FLQ, alors que ses rédacteurs séquestraient un ministre du gouvernement et un commissaire de Grande-Bretagne. Cet appui pourtant impardonnable à des terroristes qui se disaient tels, était excusé par « l’humiliation du francophone, ce nègre-blanc d’Amérique ». Nous reprochons maintenant à ces Sénégalais une attitude qui fût la nôtre, il n’y a pas si longtemps. La mémoire est une faculté qui oublie.

J’avais 28 ans à cette époque et je me souviens très bien que la majorité de mes amis et collègues professeurs s’opposaient aux idées du FLQ … vous déformez le passé, monsieur St-Cyr!

Le centre sportif de Montréal s’est rempli pour applaudir le manifeste. Vous avez mauvaise mémoire, M. Tanguay.

Et je ne dis pas que les tous les québécois appuyaient les terroristes, je dis des milliers, comme on ne devrait pas dire les musulmans appuient le terrorisme, mais des milliers d’entre eux. L’amalgame, c’est vrai d’un côté comme de l’autre.

Même avis que Richard Tanguay! J’ étais la a cet époque et les felquistes étaient vu comme des hors-la loi!!!!

Le terrorisme était combattu par les gouvernements qui instituèrent les mesures de guerre, appuyés pare une grande majorité de québecois, bien sûr, mais il reste que des milliers, incluant des intellectuels, approuvait les gestes du FLQ. Tout ce que je veux dire, c’est que les musulmans n’ont pas le monopole de la bêtise et du fanatisme. Les québécois aiment se croire vertueux, croyant que leurs valeurs sont supérieures…

J’ avais 20 ans à cette époque, Richard Cross se fait enlevé par des felquistes, les
Rose qui était en auto vers les États-Unis, font demi tour, reviennent au Québec, enléve Pierre Laporte… Pierre Laporte écris une lettre au premier ministre Bourrassa lui faisant remarqué qu’ il n’ y avait que lui qui pouvait lui sauver la vie….Pierre Laporte le porteur d’eau se fait tuer, ça fait peur aux Québécois pendant 25 ans….Quant au gentlemen anglais Cross il s’ en sort les quatre pattes blanches et tout redeviens plat comme avant, Ça ressemble vraiment a une crosse encore contre les Québécois ou à une belle histoire qui fini bien, dépendant de tes opinions politiques….ça se tricote encore comme ça de nos jours l’histoire, de merveilleuses mise en scène.

La radicalisation et la « wahhabisation » de l’islam à travers le monde deviennent de plus en plus dangereuses. L’argent du pétrole saoudien fait son œuvre.

Justement, il y a une limite à la pseudo liberté d’expression. En ce qui me concerne et me désole, c’est que tous médias confondus donnent trop de visibilité à ces préchit-préchat en diffusant à profusion les idioties transmises en public par des tortionnaires sans scupule, qui ne sèment que le chaos.
Quant au projet de loi 51, n’en déplaise à M.Peshard, tout citoyen qui n’a rien à se reprocher et qui n’incite pas à des actes défendus par la loi, n’a rien à craindre des pouvoirs transmis aux autorités.

Les médias font trop de publicité à ce Iman qui se réjouit de voir son image à la télé cinquante fois par jour une pub gratuite quoi..Il lui reste à se trouver un local ailleurs et le tour est joué..Il pourra prêcher à sa guise sans être incommodé…..Comment peut-on accepter de telles choses….

Bien sur, qu’il peut prêcher , cet IMMAN ( en fait il se proclamme!) mais le fait de le dénoncer est déja une victoire pour les gens c » est a dire les personnes normales dans la société qui réfléchissent un peu vont s’ apercevoir que precher contre les MÉCRÉANTS c’ est une une chose et precher pour la liberté est tout a fait logique!!!! Ne CROYEZ-VOUS PAS?

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