Dans les coulisses d’un soulèvement

À Barcelone, dans une assemblée d’organisateurs indignés, c’est la pagaille…

À Barcelone, dans une assemblée d’organisateurs indignés, c’est la pagaille...
Photo : PC

La réunion s’étire depuis déjà trois longues heures et l’impatience commence à monter dans la grande salle de conférences. Mais quand une organisatrice suggère – gentiment – à un participant d’abréger sa tirade – interminable – sur la lutte des classes, celui-ci s’insurge. « J’ai le droit de m’exprimer ! C’est la base de la démocratie ! »

Pas facile de diriger une réunion d’indignés…

En cette fin de semaine de septembre, une centaine d’entre eux, délégués par des collectifs étudiants ou sociaux d’une quinzaine de pays d’Europe, se sont donné rendez-vous dans un centre communautaire de Barcelone.

Objectif : planifier des manifestations mondiales pour le 15 octobre et montrer au monde que le mouvement des indignés, né le 15 mai, est toujours bel et bien vivant.

Mais les participants constatent vite qu’au-delà des poncifs, comme « lutter contre l’austérité et la précarité », ils n’arriveront pas aisément à s’entendre sur des revendications communes.

Instauration d’un revenu minimal mensuel, abolition des paradis fiscaux, de la traite des prostituées, de la corruption, de la pauvreté des femmes : les propositions fusent. Comment trancher, quand l’assemblée ne reconnaît aucun leader ? « Nous ne représentons personne et personne ne nous représente ! » répètent des participants.

Certains ont une peur bleue de voir le mouvement récupéré par des « professionnels » de la contestation, souvent d’habiles communicateurs. « Ce mouvement doit rester citoyen », lance d’un ton grave à l’assemblée Hibai Arbide, avocat de Barcelone qui a participé au soulèvement de la plaça de Catalunya. « Le danger, c’est d’être infiltré par l’extrême gauche. »

Après tout, le manifeste des indignés d’Espagne débute par ces mots : « Nous sommes des gens ordinaires. Nous sommes comme vous : des gens qui se lèvent chaque matin pour étudier, travailler ou trouver un emploi, des gens qui ont une famille et des amis. »

Parmi la petite équipe qui gère les comptes du mouvement sur les réseaux sociaux Twitter (#acampadasol, #takethesquare, #spanishrev) et Facebook, on trouve ainsi un journaliste, un informaticien, un philosophe, un scientifique, une créatrice de mode au chômage…

Selon Esther Vivas, chercheuse à l’Université Pompeu Fabra, à Barcelone, le mouvement antimondialisation des années 1990 et 2000, mené par des organisations plus structurées, planifiait ses actions avec beaucoup plus d’aisance. « Les indignés sont un mouvement de masse, plus difficile à coordonner. Mais c’est aussi ce qui fait sa force. »

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