Des armes au rap

Ce n’est pas tous les jours qu’un ex-enfant soldat devient une vedette du rap ! Star montante en Afrique et en Europe, Emmanuel Jal prône la paix avec sa musique. Dans un livre autobiographique qui paraît ces jours-ci (War Child: A Child Soldier’s Story, St. Martin’s Press), il raconte comment il a pris les armes à l’âge de… sept ans !

Né au Soudan au début des années 1980 (il n’a aucune idée de la date…), Emmanuel Jal a un passé digne d’un scénario de film. Parti vers l’âge de six ans en Éthiopie, avec un groupe d’enfants, pour apprendre à lire et à écrire dans un camp de réfugiés de l’ONU, il y sera « recruté » par des rebelles. L’Armée populaire de libération du Soudan, créée quelques années plus tôt, réunit animistes et chrétiens du sud du pays, qui font la guerre au gouvernement musulman de la capitale, Khartoum. Différences ethniques, religion et contrôle du pétrole opposent les deux camps.

Enragé d’avoir vu sa mère tuée, sa tante violée et son père le quitter pour devenir un des dirigeants de l’Armée de libération, Emmanuel Jal s’enrôle à son tour pour venger sa famille et son pays, « parce que personne d’autre au monde n’allait nous aider », explique-t-il.

Après s’être battu pendant près de cinq ans avec un fusil plus grand que lui, Emmanuel Jal réussit à s’enfuir avec d’autres enfants. Ils étaient 400 partis retrouver leur pays ; trois mois plus tard, une douzaine seulement atteignent le Soudan. Une travailleuse humanitaire britannique qu’il a rencontrée par hasard prend Emmanuel sous son aile et l’emmène illégalement au Kenya, où il recevra une éducation, loin des champs de bataille.

Avec trois albums à son actif, le plus récent paru l’été dernier (War Child), le chanteur, qui partage son temps entre Londres et Nairobi, se distingue des rappeurs traditionnels en critiquant la culture rap américaine et sa glorification de la violence. Le slogan « Sexe, drogue et violence », pas pour lui ! Emmanuel Jal a plutôt choisi de prôner la paix, en anglais et dans son dialecte soudanais. « Je crois avoir survécu pour une raison : pour raconter mon histoire, pour toucher des gens… »

 

Les plus populaires